Ils «chassent» les maisons et les appartements, mais aussi les restos, les entrepôts, les hôtels... Bref, tous les lieux de tournage à l'extérieur des studios. Des «chasseurs de maisons» nous font entrer dans les coulisses du métier.

Publié le 29 sept. 2014
Lucie Lavigne LA PRESSE

Ils ont d'abord porté le titre de régisseur d'extérieurs (location manager, en anglais). Aujourd'hui, on les appelle directeurs des lieux de tournage, et on en dénombre 59 parmi les membres de l'Alliance québécoise des techniciens de l'image et du son (AQTIS).

Selon l'ampleur d'un film ou d'une télésérie, un directeur des lieux de tournage, un travailleur pigiste qui est embauché par la maison de production, s'entourera d'assistant(s) directeur(s) des lieux de tournage et de recherchiste(s). Il lui arrive aussi de faire lui-même du repérage.

«Dès que les caméras sortent d'un studio, nous entrons en action, explique Denis Paquette, directeur des lieux de tournage. Notre rôle est de développer et de régir les liens avec les propriétaires, leurs voisins... Nous sommes responsables du lieu pendant toute la durée du tournage, et nous veillons à obtenir les permissions et les autorisations requises.»

La maison idéale

Le travail du directeur des lieux de tournage commence avec la lecture du scénario, suivie d'une rencontre avec le réalisateur et le directeur artistique. C'est à cette étape que les ambiances et les caractéristiques des lieux, dont les maisons, sont établies. Aucun style d'habitat n'est ignoré, car c'est le scénario qui dicte la maison idéale à trouver, rappelle Michèle St-Arnaud, directrice des lieux de tournage, qui travaille principalement pour les tournages américains au Québec.

Porte-à-porte

Dès que le repérage commence, les «chasseurs» se plongent dans leur banque de photos. Sans oublier Google Maps et Google Earth, de précieux outils. Dans la foulée, recherchistes, assistants et même parfois directeurs partent sur la route et déposent des lettres. «Pour une maison particulièrement intéressante, on peut y retourner le soir afin d'observer l'intérieur. Et quand le propriétaire d'une maison que l'on convoite ne nous rappelle pas, on peut (c'est déjà arrivé) se garer devant la propriété, à l'heure du souper, afin de pouvoir lui parler», admet Mélanie Lessard, directrice des lieux de tournage.

Visites

Lorsqu'un propriétaire rappelle et qu'il se montre intéressé, le recherchiste ou l'assistant revient faire des photos. Dès qu'une maison semble appropriée, une deuxième visite et même une troisième, dite technique, sont organisées. «Il faut alors prévoir l'arrivée d'une quinzaine de personnes», calcule Mélanie Lessard. Enfin, si cette dernière visite s'avère concluante, une entente de location est signée entre le propriétaire et la maison de production, qui est représentée par le directeur des lieux de tournage.

Attention à ma maison!

Parquets, murs, objets précieux... Pendant le tournage, des tapis et parfois même des cartons sont installés pour protéger l'intérieur. Mais un accident est vite arrivé. «Malheureusement, on entend encore des histoires d'horreur, déplore Denis Paquette. Mais dans notre métier, comme dans tous les métiers, il y a des gens qui travaillent moins bien que d'autres.» Il rappelle que l'ultime objectif d'un directeur des lieux de tournage est de ramener un lieu dans son état d'origine. «Je rassure les gens en leur rappelant que je les accompagnerai du début à la fin. Dans le fond, on prend soin de leur maison comme si c'était la nôtre», ajoute Suzanne Laverdure, directrice des lieux de tournage.

Les voisins

Un tournage demeure une expérience envahissante non seulement pour les occupants, mais aussi pour le voisinage, qui peut être importuné par l'arrivée de toute une équipe. Places de stationnement occupées, roulottes, camions... C'est d'ailleurs le directeur des lieux de tournage qui veille à distribuer une lettre circulaire (comportant ses coordonnées) aux voisins, afin de les avertir des dates et heures du tournage.

«Ma principale crainte était le dérangement des voisins, surtout pendant un tournage en soirée ou de nuit. J'ai insisté pour que le voisinage immédiat soit dédommagé», témoigne Sabine Karsenti, propriétaire de la maison Ecologia Montréal, qui a servi de lieu de tournage.

À Montréal, dans le cas d'un tournage de nuit ou d'envergure (qui limiterait l'accès à des commerces ou des résidences, par exemple), le Bureau du cinéma et de la télévision de Montréal requerra le consentement du voisinage.

Diminuer l'effet d'envahissement n'est pas sans préoccuper les producteurs. «Pour la production de la télésérie Nouvelle adresse, on a loué une maison à proximité de celle du personnage principal afin d'y loger l'équipe, le matériel, etc. Ainsi, on a pu éliminer des roulottes et des camions dans la rue et minimiser l'impact sur le voisinage», affirme Gilles Legaré, producteur délégué.