Un des rares artisans à sculpter à la main des enseignes en bois, Ghyslain Grenier, a récemment vu sa longue carrière couronnée : deux de ses oeuvres viennent de passer à la postérité, alors que le Musée de la civilisation a choisi de les ajouter à sa collection.

Publié le 14 oct. 2010
Anne Drolet LE SOLEIL

«Qu'un musée demande de ses pièces à un peintre d'enseignes, de son vivant, c'est sûr que moi, ça me fait un petit velours», affirme M. Grenier. Le fondateur de l'Enseignerie pratique cet art «sérieusement» depuis une trentaine d'années, mais il gravite dans le milieu depuis environ 40 ans. L'intérêt du Musée de la civilisation est un juste retour du balancier, selon M. Grenier, qui comprend mal pourquoi les enseignes n'intéressent pas plus les historiens. «S'il y a quelque chose qui illustre bien la mémoire du temps, c'est une enseigne. Tu as les formes de typographie, les couleurs, le nom du gars et le métier qu'il fait, tout ça sur un petit panneau.»

Deux des oeuvres de M. Grenier ont été sélectionnées. L'une d'elles, qui date d'une vingtaine d'années, marque une importante transition dans la carrière de M. Grenier. «Je suis passé du pinceau au ciseau», dit-il. En effet, l'artisan a commencé sa carrière un seau et un pinceau à la main. À l'époque, le travail était beaucoup moins élaboré qu'aujourd'hui. Parfois, il ne suffisait que de peindre des lettres sur un camion d'entreprise. Ou d'inscrire quelques mots sur une planche de bois.

Mais au début des années 80, se rappelle M. Grenier, la machine vient concurrencer le travail artisanal. Des lettres de vinyle découpées par de la machinerie prennent le pas sur le lettrage peint. L'artisan doit contre-attaquer pour survivre. M. Grenier convertit sa production : il ne fera plus que des enseignes sculptées en bois, auxquelles il intègre des feuilles d'or et des éléments 3D. Depuis quelques années, de la machinerie toujours plus perfectionnée vient encore jouer dans ses plates-bandes, en permettant de graver les lettres dans le bois. Mais l'artisan de Saint-Michel-de-Bellechasse continue de croire que ses oeuvres artisanales ont une âme et souvent une complexité que la robotisation ne peut égaler.

De La Sarre à la Suisse

M. Grenier propose des enseignes autant pour des résidences que pour des commerces, ou même des municipalités. À Québec, il a fabriqué les célèbres enseignes de l'épicerie J.A. Moisan, de la rue Saint-Jean. Rougemont, Montmagny et La Sarre sont parmi les municipalités qui accueillent les visiteurs avec une enseigne qu'il a signée. Les pièces de M. Grenier ont été maintes fois primées. À sept reprises, l'artisan a décroché la plus haute distinction de sa catégorie au Congrès annuel de la Sign Association of Canada. Et il compte bien en mettre plein la vue au prochain rendez-vous, avec une oeuvre créée pour le vignoble L'Orpailleur. L'enseigne, qui représente un chercheur d'or, comptera des effets techniques impressionnants. Entre autres, de la fumée s'échappera du cigare de l'homme et de l'eau coulera pour recréer l'effet de la collecte de paillettes d'or dans la rivière. Car si on parle d'enseignes sculptées en bois, de nombreux autres matériaux entrent dans la fabrication des pièces : résine, feuilles d'or, acier, aluminium, etc.

Certaines des pièces de M. Grenier voyagent : en plus d'en trouver qui ornent des résidences et des commerces au pays et aux États-Unis, certaines ont traversé l'Atlantique jusqu'en France et en Belgique. Une oeuvre prendra aussi bientôt le chemin de la Suisse.

Par ailleurs, un livre sur la carrière de M. Grenier sera publié en 2011. www.lenseignerie.com