Porté par une curiosité insatiable pour l’art, un jeune couple montréalais a fait de sa maison un terrain de jeux surprenant où de gigantesques cubes de bois s’entrechoquent. L’architecte Jean Verville a relevé pour lui un casse-tête structural qui a permis de donner forme à un intérieur sculptural ouvrant la porte à une multitude d’expériences nouvelles.

Publié le 12 avril
Muriel Françoise
Muriel Françoise Collaboration spéciale

Un jour de l’hiver 2019, Mathieu Denécheau et Benjamin Boller sont arrivés au bureau de l’architecte Jean Verville un cadeau sous le bras : une maquette en Lego de leur future maison rêvée avec lui, soit un assemblage de cubes dans un cube. « Une rotule permettait de voir l’intérieur. C’était fabuleux ! Je me suis mis à pleurer », raconte-t-il.

Pour la rénovation de sa maison du Plateau-Mont-Royal, le jeune couple a laissé sa passion pour l’art prendre le dessus sur les considérations fonctionnelles d’usage. L’intérieur aux pièces étroites et aux boiseries rustiques s’est mué en sculpture à vivre, une œuvre unique de 1500 pi2 modelée par sa fantaisie.

Cette idée de composition artistique à l’échelle architecturale a été le moteur des discussions.

Jean Verville, architecte

Jusqu’à l’obtention de cinq volumes de bois oscillant entre le jeu d’enfant et la performance d’artiste. Le mot « sculpture » a surgi dès les premiers échanges entre l’architecte et les propriétaires à la recherche d’une expérience de vie nouvelle. « J’ai découvert au fur et mesure qu’ils avaient vraiment envie d’un objet radical brisant les codes domestiques », rapporte celui qui a guidé leur réflexion, ravi de cette audace.

Œuvre monumentale

Avec l’aide d’ingénieurs, l’architecte imagine pour eux un décor en trompe-l’œil reposant sur la soustraction d’aires du sol de l’étage. Des cloisons sont également supprimées et remplacées par des murs latéraux pouvant supporter une charpente de toit à laquelle sont suspendues des pièces « flottant » dans le vide.

Cette soustraction et l’accumulation de nouveaux éléments donnent un assemblage à l’allure sculpturale comme si on avait pris un grand bloc de bois massif et qu’on l’avait taillé savamment pour générer des interstices.

Jean Verville, architecte

Des demi-murs, passerelles et garde-corps contribuent ainsi au découpage visuel accrocheur de l’espace. Un habillage en panneaux de merisier québécois vernis en usine pour mieux traverser le temps accentue l’impression monumentale qui s’en dégage.

La finition apporte en outre une chaleur bienvenue à un espace aux formes géométriques rigoureuses. Entre ouvertures et fermetures, pleins et creux, ombres et lumières, cet intérieur singulier donne un autre relief au quotidien. « Il y a une beauté dans la déambulation des corps dans l’espace, une légèreté, presque comme dans une chorégraphie de danse contemporaine », s’émerveille l’architecte.

Consultez le site de Jean Verville