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Patrimoine: un an sur les traces des Décarie

Danielle Bonneau se tient exactement où se trouvait... (PHOTO IVANOH DEMERS, archives LA PRESSE)

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Danielle Bonneau se tient exactement où se trouvait la maison ancestrale des Décarie, sur le site du Centre universitaire de santé McGill, dans Notre-Dame-de-Grâce. Elle tient un tableau que lui a légué sa grand-mère Alice Décarie, où l'on voit la demeure, détruite en 1912.

PHOTO IVANOH DEMERS, archives LA PRESSE

Une maison disparue depuis longtemps, où vécurent des ancêtres dont l'histoire est étroitement liée à celle de Montréal... Notre journaliste Danielle Bonneau s'est lancée il y a exactement un an sur les traces de ses aïeuls appartenant à la famille Décarie. Suivons-la dans sa quête, qui n'aurait pas été possible il y a 10 ans à peine.

Ma grand-mère Alice et ses soeurs ont été... (PHOTO fournie par DANIELLE BONNEAU) - image 1.0

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Ma grand-mère Alice et ses soeurs ont été photographiées chez l'oncle Alphonse-Édouard, vers 1918. Mon aïeule se trouve à droite près de sa mère Alexina Lafleur.

PHOTO fournie par DANIELLE BONNEAU

Un trésor dans la chambre froide

Depuis plus de deux décennies, les photos de ma grand-mère Alice dormaient dans des classeurs dans la chambre froide de mon sous-sol. Il a fallu le touchant film Coco, de Disney, pour m'amener à les sortir de leur cachette afin de perpétuer le souvenir de mon aïeule.

Je me souvenais d'un cliché en particulier, pris en 1918, où on la voyait avec ses cinq soeurs, habillées de façon identique, un grand ruban blanc noué dans leurs cheveux. Si je ne faisais rien, les six fillettes tomberaient dans l'anonymat et la photo n'aurait plus aucune valeur sentimentale, puisque je suis pratiquement la seule à pouvoir les identifier. J'ai décidé de passer à l'action.

C'était il y a exactement un an. J'ai sorti une centaine de photos et des dizaines de documents de leur cachette. En les examinant, j'ai découvert des indices sur la vie de ma grand-mère et de ses parents.

J'ai été prise d'une folle envie d'explorer plus loin, sans me douter que je me lançais dans une aventure ô combien exaltante.

Ma grand-mère Alice, devrais-je préciser, s'appelait Alice Décarie. Comme le boulevard Décarie.

Je savais trois choses sur cette branche de mon arbre généalogique : 

1. Une bonne partie des terres qui bordent le boulevard Décarie, dans Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal, a appartenu au grand-père de ma grand-mère.

2. Ces terres étaient réputées pour leur melon.

3. Je suis issue du fils aîné de Michelle Artus et du colon Jean Descaris dit Le Houx, arrivé ici en 1650 avec Jeanne Mance. Ce bébé eut pour marraine Jeanne Mance et pour parrain Paul de Chomedey de Maisonneuve.

Un fascinant récit

Était-ce exact ? Grâce à la magie de l'internet, je me suis mise à fouiller, mot-clé par mot-clé, et je suis rapidement tombée sur un ouvrage extraordinaire intitulé Les familles Descary, Descarries, Décary et Décarie, réalisé par E.-Z. Massicotte et publié en 1910.

Le récit de l'ancien journaliste et avocat est fascinant. Avec moult détails, il raconte les nombreux défis que devaient relever les vaillants habitants de Ville-Marie, mettant en scène la famille de Jean Descaris et expliquant comment ce dernier s'était retrouvé avec les 80 arpents de terre de profondeur sur 3 arpents de front, qu'il légua à Paul, son aîné.

M. Massicotte décrit les événements marquants de la vie des descendants du colon. Puis il répertorie tous les mariages, baptêmes et enterrements de Jean Descaris et de sa lignée, particulièrement nombreuse, de 1654 à 1909. Un travail colossal !

À l'aide de cet outil, je me suis astreinte pendant deux jours à faire ma propre généalogie, remontant de génération en génération, jusqu'au moment de vérité.

Étais-je véritablement issue de Marie Heurtebise et de Paul Décari, mariés le 4 février 1686 ?

Avec une certaine fébrilité, je suis parvenue au but. Eh oui, je compte ce couple parmi mes ancêtres.

Ma mémoire, par ailleurs, ne m'a pas fait défaut. C'est écrit en toutes lettres dans le volume : Paul a eu pour marraine et parrain les cofondateurs de Montréal.

En parcourant l'ouvrage, une autre chose a aiguisé ma curiosité : la photo d'une maison manifestement abandonnée, liée à la branche aînée de la famille Descaris, à Notre-Dame-de-Grâce. Une maison léguée de père en fils jusqu'à Alphonse-Édouard Décarie, l'un des frères de mon arrière-grand-père.

J'avais trouvé parmi mes documents une carte postale montrant la même maison, en bien meilleur état. Que s'était-il passé ?

On voit ici rassemblés cinq fils d'Hypolite Gougeon... (PHOTO TIRÉE DU FONDS DE LA FAMILLE DÉCARIE, ARCHIVES MONTRÉAL) - image 2.0

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On voit ici rassemblés cinq fils d'Hypolite Gougeon et Jérémie Décarie. De gauche à droite, on voit Gervais, Benjamin, Léon (au centre), Daniel-Jérémie et Barthélémi-Télesphore.

PHOTO TIRÉE DU FONDS DE LA FAMILLE DÉCARIE, ARCHIVES MONTRÉAL

La maison ancestrale de 1680

Ma quête ne faisait que commencer. De lecture en lecture, j'ai commencé à comprendre le rôle marquant qu'ont joué les Décarie (Decary, Descarries, etc.) dans le développement de Notre-Dame-de-Grâce. Sous la plume d'Annette Bleau*, différents membres de la famille ont pris vie, comme Jérémie, maire de l'ancienne municipalité en 1868, et son fils Daniel-Jérémie, maire de 1877 jusqu'à sa mort, en 1904, et député à l'Assemblée nationale du Québec. Sa femme, Philomène Leduc, la grand-mère de ma grand-mère, s'est imposée dans mon imaginaire. Inspirée par son parcours, je me suis mise à écrire un roman.

Où habitait la famille ? Un nouveau mot, « rotonde », glané au fil de mes lectures, a ouvert d'autres portes. La maison Décarie se trouvait apparemment près d'une rotonde, où étaient remisées des locomotives. Au tournant du XXe siècle, il y avait une forte activité ferroviaire dans un secteur jouxtant Westmount, près de l'actuelle station de métro Vendôme.

Une tache jaune

En quelques clics, j'ai résolu le mystère. Sous mes yeux ébahis, la maison patrimoniale des Décarie est sortie de l'ombre : le potentiel archéologique du site où elle se trouvait était clairement expliqué dans un document réalisé avant la construction du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Sur une carte, dans un immense rectangle d'un rouge écarlate représentant le terrain du futur complexe hospitalier, la tache jaune la plus à l'ouest montrait sans aucun doute l'emplacement de la maison en pierre dont la partie la plus ancienne remontait à 1680, ainsi que ses dépendances, dont une grange, une verrière et un caveau en pierre.

Ainsi donc, la maison se trouvait à l'est du boulevard Décarie, au nord de la rue Saint-Jacques. Il n'en fallait pas plus pour que je me rende sur place.

J'ai été renversée par la beauté des lieux... lorsque j'ai fait abstraction de la construction sur l'échangeur Turcot, des cônes orange dans la rue Saint-Jacques et de la mer d'asphalte entourant le centre hospitalier. Le terrain s'étend jusqu'à la falaise Saint-Jacques, d'où l'on a une vue incroyable sur les environs. Je me suis transportée vers 1902 et j'ai imaginé mon arrière-grand-père Jacques-Armand désirant surprendre sa future femme Alexina en l'amenant admirer le paysage. De leur position, cette dernière pouvait voir clairement l'église et les usines de sa propre municipalité, Saint-Henri, à leurs pieds...

Le lot 184

C'est dans cette même étude de potentiel archéologique** que j'ai vu pour la première fois une référence au lot 184.

Ce lot, d'environ 75 arpents de profondeur, s'étendait de la rue Saint-Jacques (anciennement Upper Lachine Road) jusqu'au chemin de la Côte-Saint-Antoine, du boulevard Décarie presque jusqu'à l'avenue Vendôme.

Selon la chaîne de titres (en annexe du document), les héritiers de Daniel-Jérémie ont vendu les parcelles de terrain situées près de la rotonde en 1911. Celles-ci ont été achetées par deux compagnies ferroviaires.

Daniel-Jérémie avait hérité du lot en 1866, trois ans avant de se marier. 

Outre la maison en pierre et les bâtiments de ferme, il avait tout en main pour faire fructifier sa terre : vaches, veaux du printemps, taure de deux ans, boeuf, jument aux poils rouges, deux chevaux aux poils blancs, deux poulains, trois charrues, une petite herse ronde pour les patates, une voiture à quatre roues pour le marché, une grande charrette, une sleigh propre, une sleigh de travail, un attelage propre, etc.

Dans la maison, il avait l'usage d'un poêle double à deux fourneaux, d'une table à deux volets, de six chaises de bois et d'une commode en acajou.

Toutes ces nouvelles informations ont fait naître en moi de nouvelles questions : à quoi ressemblait l'intérieur de cette maison ? Ayant été construite en partie en 1680, au plus fort de la lutte contre les Amérindiens, avait-elle été conçue de façon à se protéger contre des attaques ? Y avait-il des meurtrières dans les murs de la fondation ?

* Montréal : activités, habitants, quartiers, Société historique de Montréal, publié en 1984

** Centre universitaire de santé McGill, site de la cour Glen, Étude de potentiel archéologique, ethnoscop, février 2005

De la cave au grenier

Dans cette quête, deux maisons patrimoniales ont attiré mon attention le long du chemin de la Côte-Saint-Antoine. Situées au nord-est de la maison ancestrale Décarie, elles ont été construites sensiblement à la même époque. Je voulais donc les visiter pour m'imprégner de l'atmosphère, ajouter de la couleur à mon récit. Si on m'accueillait, je ferais en outre des reportages pour la section Maison. D'une pierre deux coups !

J'ai d'abord exploré la Maison Hurtubise, dans Westmount, construite en 1739 et habitée par six générations de la famille Hurtubise. Rescapée d'une démolition certaine en 1956, elle défie le temps grâce aux bons soins d'Héritage canadien du Québec. J'ai suivi Jacques Archambault, directeur général de l'organisme, de la cave au grenier. Littéralement. Dans la cuisine, j'ai vu la trappe qui était utilisée jusqu'à ce qu'un escalier abrupt et étroit mène au sous-sol, de même que l'évier en pierre peu profond collé contre le mur extérieur pour que l'eau s'écoule dehors. Mais c'est ma plongée dans la noirceur de la cave, au sol de terre battue, qui m'a le plus impressionnée. 

C'était incroyable de voir ces énormes troncs d'arbres qui soutiennent la maison depuis près de 300 ans ! 

Contrairement à la croyance populaire, les ouvertures percées dans l'épais mur de pierres à l'avant de la maison sont des trous d'aération et non des meurtrières, a indiqué M. Archambault. Le traité de la Grande Paix avait déjà été signé lors de la construction de la maison, a-t-il fait remarquer.

À l'ouest, à l'intersection de la rue Vendôme, dans Notre-Dame-de-Grâce, la maison rose m'intriguait pour des raisons personnelles. Ma Philomène (la grand-mère paternelle de ma grand-mère), comme je l'appelais maintenant affectueusement, y était souvent allée. Je l'imaginais même très amie avec Rose de Lima Hurtubise, femme de Félix Décarie, qui avait hérité de la propriété en 1870. Le fils de l'une (Alphonse-Édouard) s'est en effet marié avec la fille de l'autre (Bernadette), en 1899. Ils ont été les derniers à habiter dans la maison ancestrale Décarie avec leurs enfants.

J'ai expliqué tout cela dans la missive que j'ai glissée dans la boîte aux lettres de la maison rose, en croisant les doigts. J'ai touché une corde sensible. Patricia Claxton, deux fois lauréate d'un prix du Gouverneur général pour la traduction anglaise de deux ouvrages liés à Gabrielle Roy, m'a chaleureusement accueillie chez elle.

Résidant dans la demeure rose bonbon depuis près de 60 ans, elle m'a entraînée à sa suite à la découverte des particularités qui font le charme de son logis. 

Elle m'a aussi permis de voir tous les documents en sa possession, remontant jusqu'au testament de Joseph Decary Senior, faisant don de ses terres à ses deux fils Joseph et Félix, le 16 février 1870.

Au fil de mes recherches, j'ai fait deux découvertes étonnantes.

La première : j'ignorais que j'avais un tableau de la maison ancestrale Décarie... dans ma salle de lavage. La pauvre peinture a eu la vie dure, transpercée par un crayon à un certain moment lorsqu'elle se trouvait dans la salle de jeux. Mais je l'ai toujours conservée. Ma grand-mère l'avait extirpé de sous son lit, il y a une éternité, en me disant qu'il s'agissait de la maison Valois, où sa famille s'était établie après avoir quitté Notre-Dame-de-Grâce. C'est ma belle-soeur Antoinette, avec ses yeux de lynx, qui a fait le lien.

La seconde surprise : les Décarie (Décary, Descarries, etc., selon la fantaisie de chaque notaire) s'intermariaient. Trois des quatre frères de mon arrière-grand-père Jacques-Armand ont épousé des membres de la famille. Alphonse-Édouard s'est marié avec Bernadette Décarie. Les deux aînés, Jérémie Louis (en premières noces) et Léandre-Joseph ont même épousé deux soeurs, Rose Alba et Corinne Décary, respectivement en 1898 et en 1894.

Ces unions au sein d'une même famille élargie étaient-elles fréquentes à l'époque ?

En avril 1889, Alida Décarie a reçu pour... (PHOTO FOURNIE PAR ANN ASCOLI) - image 4.0

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En avril 1889, Alida Décarie a reçu pour dot une maison de pierres entièrement meublée à l'intersection du boulevard De Maisonneuve Ouest (anciennement Western) et de la rue Sainte-Catherine, où se trouve maintenant un terrain vacant.

PHOTO FOURNIE PAR ANN ASCOLI

De nouveaux liens de parenté

Dans le cadre de mes recherches, j'ai eu le privilège de faire la connaissance de deux cousines et de deux cousins, qui ont accepté avec plaisir de fouiller dans leurs souvenirs.

Jean Décarie, urbaniste à la retraite, rencontré au tout début de ma quête, m'a amenée à élargir mes horizons en laissant tomber cinq mots : « Les Décarie formaient un clan. »

Descendant de Félix-Noël, l'aîné de Rose de Lima Hurtubise et de Félix Décarie, il a largement contribué à aiguiser ma curiosité envers la maison rose et ses habitants. Grâce à lui, j'ai frénétiquement recommencé à scruter le livre d'E.-Z. Massicotte afin d'ajouter des branches à mon arbre.

Ann Ascoli, petite-fille d'Alida Décarie (fille de Joseph Décarie Jr, frère de Félix), m'a fait entrer dans un univers où les avocats, les notaires, les médecins et les politiciens en menaient large, au tournant du XXe siècle. Sa grand-mère a reçu pour dot une maison de pierres entièrement meublée à l'intersection du boulevard De Maisonneuve (anciennement Western) et de la rue Sainte-Catherine, où se trouve maintenant un terrain vacant. Alida et son mari, Joseph Letourneux, l'ont vendu pour s'installer en 1912 au 400, chemin de la Côte-Saint-Antoine. Ils avaient trois domestiques et organisaient de splendides soirées avec des musiciens. « Ma mère, petite, adorait regarder les femmes bien habillées arriver », se rappelle Mme Ascoli. Ses grands-parents ont tout perdu lors de la crise de 1929.

Les jeunes filles Décarie

Lise Décarie, arrière-petite-fille de François-Xavier Décarie (un cousin du grand-père de ma grand-mère, Daniel-Jérémie), m'a quant à elle amenée à explorer l'univers des jeunes filles Décarie, dont un grand nombre a fréquenté le pensionnat Villa Maria dès sa création en 1854. Ma grand-mère Alice et ses cinq soeurs y ont étudié. Lise, en plus d'y être allée, y a enseigné pendant 35 ans !

C'est avec elle que je suis allée fouiller dans les archives de la Congrégation de Notre-Dame, rue Sherbrooke Ouest. Je voulais voir les noms des finissantes des premières cohortes à Villa Maria. 

Nous sommes tombées sur une merveilleuse lettre écrite par ma grand-tante Jeanne le 12 juin 1924, où elle décrit avec émotion la mort de son père, Jacques-Armand, en 1918. J'en avais la chair de poule !

Richard Descarries, quant à lui, a ravivé mon désir d'en savoir davantage sur son aïeul Léon DesCarries, l'un des frères de mon ancêtre Daniel-Jérémie. Son nom m'était familier puisqu'il était apparu à plusieurs reprises au cours de mes recherches. Très respecté dans la communauté, il a fait partie du détachement des Zouaves pontificaux canadiens en 1868, a été secrétaire-trésorier de Notre-Dame-de-Grâce de 1885 à 1910 et a été fait Chevalier de l'Ordre de Saint-Grégoire le Grand en 1901. En plus, il était maître de poste et tenait le magasin général.

Ce commerce, ai-je découvert au printemps en consultant le Fonds de la famille Décarie, aux Archives de Montréal, était situé à l'intersection du boulevard Décarie et du chemin de la Côte-Saint-Antoine. Grâce à la diligence d'Anatole Décarie (fils de Barthélémi-Télésphore et cousin de mon arrière-grand-père Jacques-Armand), dont les fameux melons ont été servis dans les grands hôtels de New York et Montréal, et dans l'assiette du roi Édouard VII, la mémoire des générations précédentes pourra se perpétuer.

Une adresse

Parmi les photos qu'il a conservées se trouvait celle d'une maison où ont habité nos aïeuls communs, Hypolite Gougeon et Jérémie Décarie, située tout près du magasin général de Léon DesCarries. Il ne me restait qu'à utiliser d'autres outils pour déterminer l'emplacement exact des deux bâtiments. J'en ai profité pour trouver où avaient demeuré les grands-parents de ma grand-mère et ses parents, de 1903 à environ 1915. J'avais une adresse : 826, chemin de la Côte-Saint-Antoine. J'ai cherché à différents endroits, j'ai arpenté le boulevard Décarie et le chemin de la Côte-Saint-Antoine, et j'ai été guidée pour finalement obtenir ma réponse à la mi-décembre. Un an après le début de mon aventure...

Au départ, je ne voulais que préserver le souvenir de ma grand-mère Alice, éviter qu'elle ne tombe dans l'oubli. 

C'est tout un pan de l'histoire de Montréal que j'ai patiemment déterré grâce à l'apport incroyablement généreux de tous ceux que j'ai contactés. 

Les impératifs de mon roman, qui se déroule dans Notre-Dame-de-Grâce et Saint-Henri, entre 1879 et 1912, m'ont entraînée toujours plus loin sur des pistes insoupçonnées. Les archives de La Presse, entièrement numérisées et accessibles sur le site de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), me nourrissent et m'inspirent. Je suis rendue en mars 1905. Mon arrière-grand-oncle Jérémie Louis Décarie a été élu à son tour à l'Assemblée nationale du Québec et se fait remarquer pendant la crise qui secoue le gouvernement. Les automobiles commencent à attirer l'attention. Mes arrière-grands-parents ? Ils s'adaptent à leur vie de jeunes mariés. Alexina est enceinte, tout comme sa belle-soeur Bernadette, qui accouchera dans deux mois (merci, E.-Z. Massicotte).

Certains entendent l'appel du large. Dans mon cas, c'est la présence de mes ancêtres que je sens quand je me trouve dans les environs du lot 184. Ma tête est plus haute, mes yeux plus lumineux, mon sourire plus grand. Je suis en communion avec le passé.

La magie de l'internet

Au fil de mes découvertes, j'ai réussi à déterminer où mes aïeuls ont habité à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Différents outils accessibles en quelques clics ont été d'une aide inestimable. Le grand avantage ? J'ai pu les consulter dans le confort de ma maison. Voici un petit guide des ressources offertes. À vous maintenant d'explorer !

Annuaires Lovell

L'ancêtre des Pages Jaunes est une mine d'or. Les annuaires sont accessibles sur le site de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) et révèlent l'adresse des particuliers et des entreprises à Montréal et dans la banlieue à compter de 1842. On peut trouver de l'information, selon l'année, en cherchant par nom (alphabetical directory) ou par rue (street directory). J'ai trouvé de cette façon l'emplacement exact du bureau de poste jouxtant la maison de Léon DesCarries, ainsi que le nom des propriétaires des maisons voisines, le long de l'avenue Décarie. J'ai aussi découvert où ont déménagé mes aïeuls Philomène Leduc et Daniel-Jérémie Décarie, quand ils ont légué la maison ancestrale : au 826, chemin de la Côte-Saint-Antoine (du côté sud, entre l'avenue Northcliffe et le boulevard Décarie). Les parents de ma grand-mère y ont aussi habité avec leur progéniture, ai-je constaté en remontant jusqu'en 1911-1912.

Pour ceux dont les ancêtres ont habité dans la région de Québec, les annuaires Marcotte sont également extrêmement intéressants. Les plus vieux documents remontent à 1822.

Recensements

En 1881, 10 personnes habitaient dans la maison ancestrale Décarie, révèle le Recensement du Dominion du Canada 1881. On y a identifié Daniel-Jérémie Décarie, jardinier-maraîcher (45 ans), sa femme Philomène Décarie (43 ans), leurs enfants Jérémie (10 ans), Joseph (9 ans), Jean (7 ans), Alphonse (3 ans), Armand (1 an), ainsi que leurs domestiques Adèle Bergeron (18 ans), Ignace Lebeau (21 ans) et Théodule Archambault (17 ans). Les recensements effectués depuis 1825 jusqu'en 1921 sont accessibles en ligne sur le site de Bibliothèque et Archives Canada. Il faut faire preuve de patience et examiner les documents page par page, à partir des informations qu'on possède déjà, puisque des noms sont souvent mal écrits. Mais les efforts sont souvent récompensés. On peut obtenir de cette façon une précieuse adresse.

Registre foncier du Québec

Le registre foncier du Québec permet d'avoir accès à tous les documents juridiques liés à l'achat et à la vente d'une propriété. Mieux vaut s'inscrire. Chaque transaction coûte 1 $. Mais j'ai de cette façon pu avoir accès au testament du grand-père de ma grand-mère, Daniel-Jérémie Décarie, en cherchant à avoir de l'information sur le lot 184. 

J'ai consulté (en haut à gauche) l'Index des immeubles. Sous la circonscription foncière de Montréal, sous le cadastre de la municipalité de la paroisse de Montréal, j'ai eu accès à toute l'information concernant le lot en question, avant qu'il soit subdivisé. Des documents anciens, numérisés, sont alors devenus instantanément à ma portée.

J'ai ainsi appris que mon arrière-grand-père Jacques-Armand a vendu son terrain situé entre la gare de triage de la société ferroviaire Ontario & Québec et la rue Saint-Jacques (Upper Lachine Road), à l'est de l'avenue Décarie, d'une superficie de 225 350 pi2, pour 56 337,50 $, le 17 juillet 1911. Il a obtenu 25 cents le pied carré. Son frère Alphonse-Édouard a vendu sa part du terrain voisin juste après, chez le même notaire, pour 52 356,25 $. Il avait deux conditions : effectuer la récolte à l'automne et demeurer dans la maison (ancestrale) jusqu'au 1er mai 1912.

J'aimerais signaler l'aide fort appréciée qui m'a été fournie au téléphone pour me guider (1 866 226-0977).

Sociétés généalogiques et historiques

Toutes les quêtes d'information ne peuvent se faire à distance. Les membres des sociétés généalogiques et historiques s'avèrent des alliés hors pair pour mener à bien des recherches. 

Je suis devenue membre de la Société généalogique canadienne-française, établie dans l'est de Montréal, cet automne. J'ai obtenu du soutien sur place pour apprendre à naviguer dans un univers inconnu et avoir accès à des banques de données notariales d'une immense richesse, dont Ancestry et Parchemin. J'ai également assisté à des ateliers, qui m'ont ouvert d'autres horizons.

On m'a guidée, par ailleurs, avec une infinie patience au magnifique immeuble de BAnQ du Vieux-Montréal, où j'ai pu effectuer des recherches dans la base de données d'Ancestry. S'y trouve un premier lot de documents notariés du XVIIe au XXe siècle issus des collections de BAnQ. L'information est accessible gratuitement dans les 12 édifices de BAnQ au Québec.




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