Le Québec est le royaume de la piscine en Amérique du Nord. Ce joyau des arrière-cours consomme cependant beaucoup d’eau et d’énergie, en plus de rejeter des produits chimiques dans l’environnement. Comment se rafraîchir tout en minimisant son empreinte carbone… et en soulageant sa conscience environnementale ?

L’incidence écologique d’une piscine n’est pas à négliger, reconnaît d’emblée Jacques Lainé, administrateur de l’Association des commerçants de piscines du Québec (ACPQ), en ajoutant qu’avec un demi-million de piscines (une piscine par tranche de 16 habitants) recensées dans la province, les conséquences sur l’environnement sont décuplées.

Face à ces préoccupations, l’industrie déploie de plus en plus de réels efforts pour fournir des accessoires plus écologiques et écoénergétiques, assure-t-il. « Les manufacturiers tentent de réduire au maximum le recours aux produits chimiques et de maximiser la durée de vie de l’équipement pour ne pas remplir les dépotoirs. »

Jacques Lainé souligne, à titre d’exemple, l’apparition des filtreurs avec cartouches réutilisables « qui peuvent être simplement nettoyées avant d’être remises en place ». Ils évitent le rejet des résidus chimiques dans le réseau de distribution d’eau occasionné par le nettoyage du sable d’un filtreur conventionnel.

Le choix revient ensuite au consommateur, poursuit M. Lainé. « C’est sûr qu’une piscine fabriquée au Québec permet de réduire les émissions de GES du transport et offre une durée de vie supérieure à celle d’un produit importé de Chine, vendu dans les grandes surfaces. Habituellement, la clientèle réagit favorablement à cet argument. »

Enfin, le propriétaire est encouragé à faire une série de gestes, comme l’emploi d’une toile solaire, pour préserver la chaleur de l’eau. « Il y a de l’équipement pour ça », rappelle Jacques Lainé.

Énergivore

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Un demi-million de piscines (une piscine par tranche de 16 habitants) est recensé dans la province.

L’utilisation d’une piscine peut représenter le tiers de la facture d’électricité annuelle d’une maison moyenne, selon Hydro-Québec. Une facture qui varie selon le type d’équipement utilisé, par exemple pour réchauffer l’eau de la piscine.

En été, cette proportion peut monter à 70 % de la consommation d’électricité de la maison. En comparaison, la climatisation de la maison représente 5 % de la consommation d’électricité.

Cendrix Bouchard, conseiller stratégique en communications chez Hydro-Québec

L’installation d’un simple minuteur permet de réduire cette demande d’énergie. « Par exemple, limiter le fonctionnement du système de filtration pendant 6 à 12 heures suffit à garder intacte la qualité de l’eau », suggère M. Bouchard.

Une pompe programmable à vitesse variable offre aussi des économies d’énergie, affirme Jacques Lainé. « Sa vitesse varie selon les besoins de la journée. Durant la nuit, elle tourne simplement au ralenti. »

Côté chauffage, une thermopompe est trois fois plus efficace qu’un chauffe-piscine au gaz naturel. L’abaissement du point de consigne de deux degrés Celsius et l’utilisation d’une toile solaire contribuent aussi beaucoup à diminuer l’impact énergétique, rappelle Cendrix Bouchard.

Les rejets

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Il existe des solutions de rechange pour réduire l’utilisation du chlore.

Le traitement de l’eau provoque le rejet de produits chimiques dans les égouts ou directement dans l’environnement.

Dans un souci écologique, de plus en plus de propriétaires se tournent vers la piscine au sel. Moins irritants pour les baigneurs, ces systèmes (coût variant entre 800 $ et 2000 $) rejettent tout de même environ 100 kg de sel lors des vidanges annuelles, déplore Écohabitation.

Trois options moins dommageables sont apparues sur le marché, signale cet organisme voué à la construction durable : l’ionisation, l’ozonation et le réacteur UV.

L’ionisation fonctionne avec des électrodes qui libèrent des ions métalliques permettant d’éliminer les algues, les bactéries et les virus. Ce système (coût variant entre 500 $ et 2000 $) permet de réduire de 70 à 90 % la quantité de chlore et d’autres produits chimiques.

L’ozonation est un procédé écologique utilisé dans de nombreuses usines de traitement de l’eau potable. Des électrodes ou des rayons UV transforment l’oxygène (O⁠2) en ozone (O⁠3), un puissant oxydant qui est ensuite introduit dans l’eau. Il permet, lui aussi, une réduction des quantités de chlore.

Le réacteur UV, lui, fait circuler l’eau dans un cylindre muni d’une lampe UV. Il permettrait d’éliminer 99,9 % des bactéries, des algues et des virus. Ce système a moins de répercussions négatives sur l’eau que les autres modes de traitement et il offre un beau rapport qualité-prix, selon Écohabitation.

Le générateur d’ozone avec UV combine ces deux procédés. Il ne dérègle pas l’équilibre de l’eau (pH), son entartrage est limité et il ne crée pas de corrosion. Il permet aussi de limiter les irritations à la peau, aux yeux et au système respiratoire, affirme Écohabitation. Ce système (coût de 1200 à 2000 $) exige un entretien régulier, et il faut remplacer les lampes UV environ tous les deux ans (125 $).

Les matériaux

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Les pires piscines seraient les piscines gonflables en plastique, non recyclables et à la durée de vie limitée.

Chaque type de piscine n’a pas la même empreinte carbone. Chacune se distingue par son matériau, sa conception et sa durée de vie.

Une piscine creusée aura une durée de vie presque deux fois plus longue que celle d’une piscine hors terre, indique Jacques Lainé. « Des manufacturiers québécois fabriquent des piscines en fibre de verre, facilement installables, qui ne nécessitent pas de béton », dit-il avant de souligner qu’une piscine hors terre en acier ou en résine de synthèse peut durer jusqu’à 15 ans.

« Les pires sont les piscines hors terre gonflables », affirme Emmanuel Cosgrove, cofondateur et directeur général d’Écohabitation. « Elles sont faites entièrement en plastique non recyclable et elles ne durent qu’un été, deux au maximum. C’est une technologie jetable qui finit vite au dépotoir. »

Les autres options

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Une piscine creusée aura une durée de vie presque deux fois plus longue que celle d’une piscine hors terre.

Les spas de relaxation et de nage peuvent sembler de bonnes solutions de rechange à la piscine, surtout pour les propriétaires de petits terrains. « Ils sont cependant munis de plusieurs pompes », fait remarquer M. Lainé.

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La meilleure option d’un point de vue environnemental : les piscines municipales

La piscine parfaite n’existe pas, croit Emmanuel Cosgrove. Néanmoins, la petite piscine à l’européenne, longue et étroite, se veut une bonne option. « Elle consomme moins d’eau et, en conséquence, elle nécessite moins d’énergie pour sa filtration et son chauffage », dit-il.

Les jeux d’eau et les brumisateurs sont aussi des solutions à envisager pour combattre la chaleur, ajoute-t-il. Le meilleur choix demeure cependant les piscines municipales, selon lui.

La piscine la plus écologique est celle qui n’existe pas. Les piscines municipales sont moins onéreuses, moins dommageables pour l’environnement et plus sûres pour les enfants.

Emmanuel Cosgrove, cofondateur, directeur général et porte-parole de Cohabitation

La taxe piscine

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Plusieurs municipalités imposent une taxe piscine.

Depuis 2017, plusieurs municipalités québécoises imposent une taxe sur les piscines dans une volonté de limiter les comportements néfastes à l’environnement. Cette taxe s’élève très souvent à quelques dizaines de dollars par année, indépendamment du type et du volume de la piscine.

Cette mesure d’écofiscalité est considérée comme « imparfaite » par Tommy Gagné-Dubé, professeur adjoint en fiscalité à l’Université de Sherbrooke.

« Quand on écoute les débats aux conseils municipaux, on se rend compte que l’objectif des élus n’est pas d’éliminer les piscines ou de limiter leur taille. Ils visent simplement à faire payer [les propriétaires] pour le coût du traitement de l’eau », souligne ce chercheur à la Chaire en fiscalité et en finances publiques.

« Cette taxe s’inscrit donc davantage dans une logique d’utilisateur-payeur plutôt que dans une volonté de modifier les comportements », poursuit-il.

Pour que la mesure d’écofiscalité touche sa cible, selon M. Gagné-Dubé, des solutions de rechange doivent être offertes aux citoyens. « Si on impose une taxe sur les piscines, qu’est-ce qu’on offre aux gens pour qu’ils puissent se rafraîchir durant les vagues de chaleur ? », conclut-il.