En ce temps de confinement, de nombreux Québécois découvrent les joies du télétravail. Pour certains, il a fallu improviser dans leur domicile un espace professionnel fonctionnel, avec les moyens du bord. Mais implanter un bureau imprévu dans une habitation, surtout si elle est exiguë, a de quoi donner du fil (d’ordinateur) à retordre. Des experts nous livrent des pistes pour une installation optimale.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Vive le séparatisme

PHOTO FOURNIE PAR HENRY MYERS

L’idéal reste d’avoir une pièce fermée. Mais ce n’est pas toujours possible. Dans ce cas, on crée un espace en le délimitant avec un paravent ou une bibliothèque, comme l’a fait ce travailleur. Il devra toutefois faire respecter les lieux, car c’est la salle de jeux de ses enfants qui se trouve de l’autre côté ! 

Dissocier le professionnel du personnel reste un des plus grands défis du travail à domicile. Les experts que nous avons sondés sont unanimes : une pièce fermée exclusivement vouée au boulot reste l’idéal. Mais tout le monde n’a pas le luxe d’avoir une pièce d’appoint ou une chambre d’amis à convertir. « À chaque espace sa vocation, à chaque chose sa place, rappelle l’organisatrice Jocelyne Vien. En l’absence de pièce déjà réservée pour un espace bureau à la maison, il faut délimiter, créer un espace bien précis. » La designer Sophie Tremblay, de ST Design, abonde, suggérant d’utiliser un paravent ou une bibliothèque, qui pourrait alors servir aussi de rangement. « Certains auront tendance à s’installer sur la table de la salle à manger, mais il vaut mieux, si possible, créer une distance par rapport à la vie familiale et personnelle », prévient-elle.

Aménager ou réaménager

PHOTO FOURNIE PAR NICOLE BEAUSÉJOUR

Chaque habitation et configuration est différente. Cette personne a choisi de s’installer sur le comptoir de la cuisine, tirant profit de l’espace bien dégagé et de la bonne lumière. À noter : la biographie de Steve Jobs pour rehausser un PC. Sacrilège !

Selon la configuration d’une habitation, une réorganisation des pièces pourrait être nécessaire. Se terrer au sous-sol ? Pourquoi pas ? « Si une personne habite seule, c’est moins problématique, mais s’il y a des enfants à la maison, ce serait peut-être mieux d’aller au sous-sol, isolé, en mettant des éclairages appropriés et créant un espace de travail intéressant », suggère Mme Tremblay. Mais chaque cas est unique, appelant des solutions différentes. Jocelyne Vien propose éventuellement d’inverser les rôles, en transformant le sous-sol en espace de loisirs, et de réaménager l’étage pour créer son bureau, afin de bénéficier de l’éclairage naturel. « Cela dépend des circonstances. Mais l’idée, c’est d’avoir un espace agréable dans lequel on se sent bien, surtout dans la situation actuelle », commente celle qui évoque aussi l’idée d’un bureau éphémère, par exemple un comptoir de cuisine qui pourra être débarrassé de nos affaires une fois la journée terminée.

Règle d’or universelle : s’installer loin de toutes sources de distraction, telles que téléviseurs et autres consoles de jeu vidéo…

À l’étroit sous son toit ?

PHOTO FOURNIE PAR JEAN-MICHEL BOISVERT

Il faut être malin pour se faufiler dans les espaces exigus. Ce travailleur met à profit ce petit espace intégré dans son armoire. 

Outre les stratégies de délimitation évoquées précédemment, d’autres astuces peuvent être envisagées dans un lieu exigu. Sophie Tremblay, rompue à la maximisation des petits espaces, propose d’installer le bureau dans un grand placard peu ou pas utilisé, en ôtant les portes et en fixant aux murs porte-documents ou tablettes de rangement. La partie inférieure du bureau pourrait aussi être exploitée, avec des filières ou des meubles à tiroirs.

Un espace efficace…

PHOTO FOURNIE

Cet employé a pu récupérer ses outils de travail habituels, dont les trois écrans et une tablette, ce qui lui procure un espace 100 % fonctionnel. Lumière, rangements, rehausseurs, chaise ajustable : un modèle à suivre.  

Déterminer ses besoins puis sélectionner rigoureusement ses équipements permettra d’obtenir un bureau optimal. « On commence par faire un tri, en écartant les objets non nécessaires pour nos tâches, pour pouvoir disposer ceux qui le sont », préconise l’organisatrice Jocelyne Vien, conseillant de garder tous nos outils à portée de main : classeurs, imprimante, écouteurs, prises électriques, etc. Ainsi, des surfaces supplémentaires s’avéreront sans doute utiles, pour éviter la surcharge sur le bureau de base. « Rien ne doit traîner, l’espace de travail principal doit servir pour le laptop et quelques autres éléments seulement », nuance la propriétaire de ST Design.

… mais aussi agréable

PHOTO FOURNIE PAR​ PATRICIA MAHEU

Cette professionnelle du tourisme a improvisé un coin agréable, ce qui est essentiel. « Même si j’habite un petit studio et que l’espace est limité, j’ai tout de même réussi à créer un petit coin zen. Cette expérience de télétravail est nouvelle pour moi et je dois dire que je m’y plais beaucoup », nous confie-t-elle.

Nos deux expertes insistent sur le soin apporté à l’environnement, qui doit être inspirant, en s’entourant par exemple de couleurs claires (blanc, gris, beige…) accentuées de tons plus vifs (le vert et le mauve favoriseraient la concentration). Pour Mme Tremblay, il doit refléter la personnalité, et nos accessoires doivent être source de plaisir… tout en respectant la frontière quotidien/travail. Attention notamment aux visioconférences, qui nécessiteront un arrière-plan plus professionnel que votre pile de vaisselle sale.

Aussi, « les personnes qui vivent avec vous doivent savoir que vous êtes dans votre travail et il faut faire respecter cet environnement-là », indique Mme Vien, tandis que Sophie Tremblay recommande un bruit de fond, comme un ventilateur, pour masquer les bruits dans la maison.

Rien ne se perd, tout se transforme

PHOTO FOURNIE PAR PHILIPPE ALLARD

Avant d’investir, pensez récupération. Nous avons ici une illustration de maître : porte de garde-robe soutenue par un réfrigérateur et une table de chevet. Le tout avec petit vase japonais pour les crayons et fauteuil prêté par les enfants pour relaxer.

Là encore, nos expertes parlent d’une même voix : avant d’investir dans des meubles, surtout pour une situation temporaire, mieux vaut passer en revue nos objets déjà à disposition et miser sur la réutilisation.. Une table trop basse ? On lui installe des cales. Des planches qui traînent au sous-sol ? Deux équerres et voilà une étagère. Un pot de fleurs qui se languit du printemps ? Il sera pot à crayons, range-papiers ou même corbeille. De nombreux lecteurs de La Presse ont rivalisé d’imagination pour leurs installations : planche à repasser, plaque de verre, porte de garde-robe non installée depuis deux ans (« Une chance que je procrastine ! », nous écrit ce bricoleur) soutenue par un frigo et une table de chevet… tout est permis, du moment que cela respecte… (voir les photos dans l’écran suivant).

L’ergonomie, à tout prix !

PHOTO FOURNIE PAR ÉDITH RICHARD

Pour cette table de travail improvisée avec des tréteaux, on remarque qu’un souci d’ergonomie minimal a été respecté : chaise rehaussée, coussin, planche supplémentaire pour avoir les pieds au sol, clavier externe branché sur le portable. Des solutions simples pour ceux qui ne désirent pas ou ne peuvent pas investir dans du mobilier neuf dans une situation temporaire. 

La chaise et la table restent les deux figures de proue de votre installation. Pas question de s’effondrer dans le sofa, ordinateur portable sur les genoux. « S’il y a un article pour lequel j’investirais, c’est la chaise, qui doit être ajustable. On va la garder longtemps, de toute façon », lance la designer Sophie Tremblay, louant aussi les bureaux « assis-debout », comme le Skarsta d’IKEA (239 $). La table, ajustée et solide, doit être assez grande pour pouvoir y reposer ses poignets.

PHOTO TIRÉE DU SITE DE IKEA

La table ajustable Skarsta, qui est dotée d’une manivelle, permet de passer de la position assise à la position debout.

Mais tout le monde ne souhaite ou ne peut investir dans le mobilier, surtout pour du provisoire. D’abord, pourquoi ne pas emprunter la chaise de votre employeur ? Sinon, des ajustements peuvent être effectués. « Pour une chaise trop basse, on peut ajouter des coussins sous nos fesses ou dans le dos. Si nos pieds ne touchent pas à terre, un coffre à outil ou autre permet de les reposer », suggère Jean-Philippe Lamonde, coordonnateur en prévention à l’APSSAP, une association de santé et sécurité au travail. Aussi, l’adjonction d’une souris et d’un clavier externe sera bien plus ergonomique si l’on utilise un ordinateur portable. Une foule de conseils a été publiée sur le site de l’organisme.

La fine fleur du conseil : « Évitez d’être inactifs », rappelle M. Lamonde.

> Consultez le guide de l’APSSAP : https://apssap.qc.ca/article/le-coronavirus-et-notre-quotidien-teletravail/

Et la lumière fut

PHOTO FOURNIE PAR DAPHNÉ CHOQUETTE

Une coiffeuse transformée en bureau ? Et pourquoi pas ! Elle profite notamment du beau complément entre l’éclairage d’appoint et la lumière naturelle. 

Ne laissez pas un éclairage inadéquat faire ombrage à votre bon travail. La lumière naturelle demeure toujours préférable, mais, en l’absence d’une telle source, on peut recourir à des DEL à température chaude (entre 2200 et 3000 kelvins) avec, si possible, un variateur d’intensité. Sur ce, on souhaite que tous ces conseils soient éclairants.