Il est beaucoup question du port du masque et de la distanciation physique pour diminuer le risque de propager la COVID-19. Mais très peu d’information circule sur ce qui peut être fait chez soi pour se protéger, déplore l’ingénieur Daniel Robert, vice-président du comité de transfert technologique de l’American Society of Heating, Refrigerating and Air-Conditioning Engineers (ASHRAE), qui, par ses recherches, ses normes et ses publications, promeut notamment la qualité de l’air intérieur. Pour mettre toutes les chances de son côté, certaines précautions assez simples peuvent être prises, indique celui qui est également vice-président de l’entreprise Kolostat, spécialisée dans la conception et la fabrication de systèmes de chauffage et de climatisation.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

Y a-t-il un principe de base à respecter dans le domaine résidentiel ?

Il faut augmenter l’apport d’air frais pour entraîner une dilution du virus, puisque celui-ci peut voyager dans l’air. Cela veut dire ouvrir les fenêtres pour aérer et faire circuler l’air. Dans une habitation avec des plinthes électriques ou chauffées à l’eau chaude, mieux vaut créer un semblant de changement d’air en actionnant le ventilateur dans la salle de bains et en faisant fonctionner la hotte dans la cuisine à basse vitesse, idéalement tout le temps, sinon le plus longtemps possible. En évacuant de l’air à l’extérieur, de l’air frais entrera par les fentes dans les portes et dans les murs. C’est le seul moyen de créer un environnement un peu plus sain, où l’air ne sera pas stagnant. C’est mieux que de ne rien faire, même si cela va faire augmenter la facture énergétique. Il ne faut pas prendre de risque.

Que faire si la maison est dotée d’un système central, comme une thermopompe ?

Dans ce cas-là, le ventilateur devrait fonctionner en mode continu, donc en mode « ON » plutôt qu’automatique. L’échangeur d’air devrait quant à lui fonctionner en mode « air frais ». La filtration de l’air, par ailleurs, est un élément-clé. Il faut de préférence utiliser des filtres de qualité. Dans les quincailleries, il y en a de toutes les sortes, à des prix qui varient de 7 $ à 30 $. Malheureusement, ceux qui ont le plus haut taux de filtration sont les plus chers. Des filtres de qualité sont plus susceptibles d’arrêter de petites particules. Mieux vaut les changer tous les trois mois, à chaque changement de saison.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Si la maison est dotée d’un système central, comme une thermopompe, le ventilateur devrait fonctionner en mode continu, donc en mode « ON » plutôt qu’automatique. L’échangeur d’air devrait quant à lui fonctionner en mode « air frais ».

Qu’en est-il pour ceux qui ont un appareil mural de chauffage ou de climatisation ?

Il est conseillé d’orienter les lattes vers le haut, et non vers le bas, pour éviter que l’air soit poussé dans le visage des occupants et circule d’une personne à l’autre.

Faut-il aussi faire attention au taux d’humidité à l’intérieur ?

Il est essentiel de maintenir un taux d’humidité adéquat. À l’automne, au printemps et à l’été, cela veut dire un taux d’humidité variant entre 40 et 60 %. Ce taux, l’hiver, devrait varier entre 20 et 30 %. Dès qu’il y a de la condensation dans les fenêtres, cela veut dire que le taux d’humidité est trop élevé. Il faut le réduire pour éviter d’autres problèmes comme les moisissures. C’est l’élément le plus difficile à gérer pour le commun des mortels. Quant à la température, elle devrait être maintenue entre 20 et 25 °C.

Qu’est-ce qui peut être fait pour améliorer la qualité de l’air dans les copropriétés ?

Autant dans les tours de bureaux, dans les centres commerciaux que dans les tours de condos, la qualité des filtres change. Des filtres MERV-13 devraient être utilisés. Avec l’arrivée du temps froid, alors qu’il est plus difficile d’ouvrir les fenêtres, il faudrait demander si l’apport d’air frais a été augmenté. Il faudrait aussi voir si l’immeuble est équipé d’un système d’humidification.

Qu’est-ce que ces mesures peuvent faire ?

L’importance d’une bonne qualité de l’air est peu comprise. C’est intangible. Quand on met le ventilateur à « ON », on ne voit rien. Quand on utilise des filtres de qualité, on ne voit rien. Mais le virus non plus ne se voit pas. Les gens doivent prendre conscience qu’ils peuvent faire quelque chose pour avoir une meilleure qualité d’air et réduire les risques potentiels. De nouvelles technologies existent, que ce soit la purification de l’air par les ultraviolets, l’ionisation ou la photohydroionisation. Ces systèmes deviendront de plus en plus communs, comme les thermopompes, qui ont beaucoup évolué depuis 30 ans et sont installées dans un nombre grandissant de maisons.

Gare à la COVID-19 à l’intérieur

Le 7 août, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a publié un document faisant état des connaissances sur la viabilité et la transmission du virus SRAS-CoV-2 (virus causant la COVID-19), dans un environnement intérieur, qui n’est pas celui des établissements de santé. « Jusqu’à tout récemment, l’air intérieur n’était pas considéré comme un vecteur par lequel le virus pouvait se propager dans l’environnement, puisque le virus peut y être rapidement désactivé. Cependant, de plus en plus d’auteurs sont d’avis que la propagation par des aérosols infectieux est plausible », a notamment relaté le comité d’experts COVID-19 en santé environnementale de l’INSPQ. « Il est largement reconnu qu’une ventilation adéquate des milieux intérieurs constitue une mesure de gestion efficace des contaminants de l’air intérieur », est-il notamment précisé. Certaines mesures préventives sont entre autres recommandées.