C’est une sacrée tuile qui est tombée sur la tête des exposants, organisateurs et visiteurs du Salon national de l’habitation, qui devait se tenir sur quatre jours au Palais des congrès de Montréal dès jeudi. Seulement une heure après l’ouverture des portes, l’événement a été annulé afin de se conformer aux directives données par le gouvernement du Québec qui interdit tout rassemblement intérieur de plus de 250 personnes.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
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Isabelle Morin Isabelle Morin
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« L’événement est annulé pour les quatre jours, a confirmé à La Presse Robert Johnstone, l’un des responsables du salon. La santé et la sécurité sont devenues la priorité. On va s’occuper de tous nos exposants dès la semaine prochaine », promet-il.

L’information a cependant mis un certain temps à circuler au Palais des congrès, les organisateurs passant d’un kiosque à l’autre pour répandre la mauvaise nouvelle. Le but du salon étant d’attirer des clients potentiels pour plus de 400 exposants, l’annulation rend les retombées quasi nulles.

L’événement ayant ouvert ses portes à midi, tel que prévu initialement, laissant ainsi de premiers visiteurs butiner au gré des allées, la confusion a d’abord régné parmi les exposants. Certains restaient dans l’expectative, tandis que d’autres n’ont pas attendu pour remplir leurs boîtes.

Nicolas Lizotte, propriétaire d’Atelier Jacob, qui occupe l’un des plus gros kiosques, apprenait les directives des promoteurs de l’événement en direct. « L’information rentre au compte-gouttes, dit-il, inquiet. L’espace a été réservé il y a un an. Ça fait des semaines qu’on travaille sur le projet de conception du kiosque et l’équipe s’affaire au montage depuis trois jours. C’est fâchant. Ce sont des dizaines de milliers de dollars qui s’envolent », confiait, déçu, sans savoir, à ce moment, quelles seraient les mesures déployées pour dédommager les exposants.

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Nicolas Lizotte, propriétaire d’Atelier Jacob.

« Ça fait partie de la vie, c’est pour la santé de tout un chacun », se résigne Michel Guilbault, directeur des ventes de l’entreprise manufacturière Duchesne et fils, tout en pliant son kiosque avec l’aide d’un collègue. « C’est certain qu’on aura des pertes. On vient de Trois-Rivières, il a fallu payer le déplacement, l’hôtel, etc. », se désole-t-il néanmoins.

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Les tenants du kiosque Duchesne et fils furent parmi les premiers à plier bagage.

« C’est 2012 ! », lancent à la plaisanterie un groupe d’exposants, attablé juste derrière, en référence au film-catastrophe de Roland Emmerich. Mais d’autres avaient moins le cœur à rire, comme Norm Paul, représentant pour Century Aluminum Railings, arrivé lundi de Winnipeg.

« Je n’arrête pas de texter avec mon supérieur. Est-ce que l’événement sera reporté ou cancellé ? On est dans le néant. Je me disais, en venant ici, que ce [la COVID-19] n’était pas un gros enjeu. Je pense que je n’ai pas accordé assez de valeur à ce qui se passe présentement, dit-il en précisant qu’un seul cas a été déclaré dans sa province. C’est beaucoup d’argent, d’énergie et de temps perdu. »

Pour JC Perreault, qui avait aménagé un vaste espace de 6000 pi2, les pertes directes encourues s’élèvent à environ 500 000 $, estime Luc Massie, directeur des ventes des électroménagers et des barbecues.

« On a assumé le coût du transport et de la main-d’œuvre pour monter le kiosque. Tout déplacement de marchandise entraîne des bris. Il y aura une surcharge de travail. On a eu trois jours pour tout aménager. Il faudra maintenant tout sortir en moins de 48 heures. Le manque à gagner, en pertes futures, se chiffre quant à lui en millions de dollars », estime-t-il.

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Luc Massie, directeur des ventes des électroménagers et des barbecues chez JC Perreault.

C’est désastreux pour nous, mais c’est probablement pire pour les petits exposants. La seule façon de récupérer, c’est en organisant une campagne via les réseaux sociaux.

Luc Massie,

Le Salon national de l’habitation de Montréal est l’un des préférés de l’architecte Maryse Leduc, qui y réserve une place depuis 27 ans. « J’adore être au salon, explique-t-elle. Je fais beaucoup de réseautage. Je fais aussi de l’éducation. Les retombées sont à court, moyen et long terme. Nous ne sommes pas les seuls touchés. L’impact économique se fera sentir partout au Québec. C’est peut-être mieux comme cela pour éviter toute propagation. »

Visiteurs bredouilles

Tandis que les lumières commencent à s’éteindre, les visiteurs sont guidés vers la sortie. Guylaine Chevalier et son conjoint, qui étaient venus s’informer sur certains produits, repartent quasi bredouilles. « On a hésité à venir aujourd’hui, mais on avait choisi d’y assister en prenant nos précautions. C’est un désagrément, c’est certain, mais c’est compréhensible. »

Même son de cloche du côté de Jean et Claude, un couple de retraités de la Rive-Sud. « On comprend l’urgence, même si c’est décevant. On ferme ici, mais je me questionne sur d’autres endroits, mentionne Jean. Que fera-t-on des gyms, par exemple ? Il faudrait être inclusif dans nos exclusions. »