Imaginez une maison chauffée essentiellement par le soleil, la chaleur dégagée par les occupants et celle des appareils électriques. Et qui, en été, conserve naturellement sa fraîcheur. Utopique? Pas tant que ça: le standard Passivhaus, d'origine allemande, atteint presque cet idéal thermique. Depuis peu disponible au Canada, la certification sera bientôt décernée à un coquet bungalow de Montebello.

Carole Thibaudeau LA PRESSE

«Je voulais une habitation qui soit un modèle sur trois plans: l'empreinte environnementale, la santé et l'accessibilité aux personnes handicapées. On construit souvent avec l'une ou l'autre de ces intentions. Je tenais à les réunir toutes.»

Rachel Thibeault, propriétaire de ce qui sera dans quelques semaines la première maison québécoise certifiée «passive», à Montebello, enseigne la réadaptation à l'Université d'Ottawa, avec un intérêt particulier pour les populations fragilisées. «Cela m'a rendu très sensible à la protection de l'environnement, car le travail humanitaire ne peut aller sans un habitat décent», affirme-t-elle.

Mais quel modèle écologique choisir? «La maison passive (Passivhaus)», ont répondu d'un commun accord des amis à la fine pointe environnementale, «car ce standard allemand demeure inégalé au plan de l'économie d'énergie.» Le chauffage et la climatisation comptent en effet pour 75% à 85% de l'empreinte écologique d'un bâtiment, d'un bout à l'autre de son cycle de vie. «Tu vas juste avoir de la difficulté à trouver un constructeur», avaient-ils ajouté.

«J'ai eu une chance extraordinaire, relate l'heureuse propriétaire. Malcolm Isaacs, de l'Institut canadien de la maison passive, se trouvait à 40 km de chez moi, et le meilleur entrepreneur de la région, Luc Beauchamp (Les entreprises de Construction et rénovation Luc Beauchamp), a montré pour ce projet un enthousiasme et une curiosité formidables.»

Solaire, isolée, étanche

La maison, dessinée par John Abboud, présente au sud une façade généreusement fenestrée, typique des bâtiments de conception solaire passive. Les fenêtres sont de qualité «Passivhaus», à triple vitrage, avec des espaceurs très isolants. La résidence contient deux chambres à coucher et abrite 1500 pieds carrés. Pour satisfaire à l'exigence d'accessibilité, il est conçu sur un seul étage, ce qui s'écarte un peu du critère «compacité» associé aux normes «Passivhaus». «Il a fallu travailler un peu plus fort pour atteindre l' objectif d'efficacité énergétique», commente Luc Beauchamp.

Les profondes embrasures de fenêtre témoignent de 16 pouces de laine de roche (Roxul) dans les murs, pour un facteur isolant de R-65. Le plancher, également isolé à R-65, est doté du chauffage radiant hydronique, «qui ne devrait pas servir souvent», prédit M. Isaacs. On chauffe avec 3 kilowatts (l'équivalent de deux séchoirs à cheveux), livrés par une minuscule fournaise électrique.

Le toit à un versant n'est pas en reste, avec un facteur isolant R-82 et, au-dessus des 21 pouces de laine minérale, une cavité de ventilation de 12 pouces. À l'intérieur, le plafond s'élève de 7 pieds et six pouces jusqu'à 14 pieds. Les fondations ont été coulées dans des coffrages de polystyrène (technique ICF). La cave de service, dallée mais non chauffée, peut servir de rangement.

Photo: Malcolm Isaacs

Les fenêtres triple vitrage (Thermotech), ont un cadre isolé de fibre de verre. Le ruban calfeutrant blanc et bleu, gonflant, est importé d'Allemagne, de même que le pare-vapeur (ProClima Intello), qui laisse diffuser l'humidité.

Deux tests plutôt qu'un

Au test d'infiltrométrie, qui mesure l'étanchéité d'une maison, le bâtiment «passif» doit présenter moins de 0,6 changement d'air à l'heure à 50 pascals de pression, ce qui est quatre fois plus exigeant que la norme Novoclimat, fixée à 2,5 CAH. Ébahi devant le résultat de 0,36 CAH obtenu par la maison qu'il avait construite, Luc Beauchamp a payé de sa poche une deuxième agence d'évaluation énergétique pour faire refaire le test... avec exactement le même résultat.

Une personne en fauteuil roulant peut circuler aisément dans la maison, sauf sur la petite mezzanine. Une portion du comptoir de cuisine se trouve à hauteur de fauteuil.

Les poignées de porte sont à bec de cane, faciles à ouvrir même avec les mains pleines. Une rampe d'accès sera bientôt fabriquée pour mener à la galerie puis une des portes d'entrée.

Touche finale

Véritable amante de la nature, Rachel Thibeault évoque avec bonheur les vignes qui, dans trois ou quatre ans, donneront à sa résidence son volume et son cachet définitifs. La plante - le cultivar Dutchman's pipe, aux large feuilles de 15 centimètres de diamètre - couvrira toute la façade, sur un treillis, et apportera, en été, ombre et fraîcheur.

Satisfaite, l'ergothérapeute caresse encore un rêve: que la maison passive rejoigne les populations démunies, via Architecture sans frontière ou Habitat pour l'humanité. «Les gens seraient tellement mieux dans des habitations bien isolées.»

Photo: Malcolm Isaacs

Les murs sont constitués de deux ossatures, une première, extérieure, en deux par six, et une seconde, intérieure, en deux par quatre, un procédé qui bloque les ponts thermiques. Les structures sont distantes de cinq pouces, ce qui porte à 16 pouces l'épaisseur totale de laine minérale (Roxul), pour un facteur isolant de R-65.