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Manifestations et dérives

Les syndiqués des villes, y compris Saguenay, manifestent leur colère contre la... (archives photo la presse)

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Myriam Ségal
Le Quotidien

Les syndiqués des villes, y compris Saguenay, manifestent leur colère contre la loi sur les régimes de retraite avec des autocollants: «Au voleur!». Qu'ils les apposent sur leur voiture personnelle, leurs maisons, leur boite à lunch; qu'ils en plantent sur leur gazon; qu'ils en épinglent sur les tableaux d'affichage au travail. Vive la liberté d'expression!

Mais voilà que les voitures de police de Saguenay se retrouvent placardées, couvertes d'autocollants, comme les murs des lieux des "manifs".

Ces voitures appartiennent aux citoyens, pas aux policiers. Les édifices qui abritent les bureaux de députés sont privés. Placarder ou salir le bien d'autrui, c'est du vandalisme, comme détériorer délibérément le matériel de son employeur. Le job de policier importe trop dans la société pour le ternir en posant comme gardien de l'ordre des gestes illégaux qu'on est chargé de réprimer.

Comment ces mêmes policiers pourront-ils arrêter l'imbécile qui placarde les lieux publics d'autocollants racistes, s'ils s'autorisent, eux, à pareil vandalisme? Avec quel zèle enquêteront-ils sur les infractions d'autres syndiqués? Comment pourraient-ils sévir contre des citoyens qui colleraient sur les voitures-patrouilles des autocollants "Écoeurés de payer», à partir du moment où elles servent de panneau publicitaire à leur propre profit? Ils viennent de banaliser le vandalisme, de faire passer leurs intérêts avant leur mission sociale, leur métier.

Leur colère, même en la supposant légitime, ne peut justifier cette dérive. Le syndicat doit se ressaisir, faire nettoyer les voitures de police, et donner à ses membres des consignes respectueuses des lois et des citoyens qui paient.

Les quotas

Récemment, j'entendais qu'en 2013, la police de Saguenay a battu ses records de contraventions données. Je crains que par voracité financière, la ville ait transformé ses policiers en vils percepteurs d'impôt, plutôt qu'en gardiens de la sécurité du public. Les compilations officielles ne permettent pas de bien évaluer l'impact préventif des contraventions; de savoir, par exemple, combien de fois on a sévi dans les quartiers résidentiels, le soir ou la nuit, autour des écoles, ou dans les secteurs ruraux, qui servent de voie de contournement aux ivrognes et de piste de course aux écervelés.

Il faudrait retrancher du bilan officiel les nombreuses contraventions données dans les classiques pièges à automobilistes. Comme le boulevard de l'Université, où on pince les voitures dans l'accélération de la montée, là où aucune entrée ne borde la chaussée. Idem sur la rue Bégin, dans une légère descente avant le Centre Georges-Vézina. Ou sur le boulevard Saguenay: entre les rues Price et Montcalm, où la limite baisse à 50 km/h et où il est le plus large et le plus dégagé; plus loin, devant l'usine RTA, ou près de René-Lévesque dans la zone large bordée de terrains vagues. Ou à Shipshaw, sur la route Saint-Léonard dans une descente sans entrée privée. On mène ces opérations de jour, par temps sec, quand la vitesse est optimale, et le danger minimal.

Financement

Ce sont des activités de financement, pas de prévention. Ne blâmez pas les policiers: ils obéissent aux ordres, comblent leur quota. Certains s'en écoeurent, d'ailleurs, et laissent parfois une chance au citoyen de bonne foi.

Questionnons plutôt la ville et son fantomatique et silencieux chef de police. Le Comité de sécurité publique, où siègent quatre conseillers, indique ses préoccupations à l'état-major. Lui a-t-il demandé de combler un déficit financier, pour que le chef envoie ainsi ses hommes détrousser légalement les citoyens?

Les quotas de contraventions évitent que les tire-aux-flancs laissent toujours le sale boulot aux autres. Mais on pourrait les moduler: une contravention tard le soir, dans un rang ou un quartier résidentiel, ou un feu rouge brûlé, devraient peser plus lourd dans le quota, et ces nuances devraient figurer au rapport annuel, démontrant que le souci de sécurité surpasse l'avidité financière.

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