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À vitesse variable...

Robert Poëti, ministre des Transports.... (PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE)

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Robert Poëti, ministre des Transports.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

 

Myriam Ségal
Le Quotidien

(Chicoutimi) Le ministre des Transports, Robert Poëti, veut des vitesses variables sur les routes. Hélas, voici une bonne décision, pour le mauvais motif, de la mauvaise manière.

Au lieu de rendre le trafic plus fluide, d'éliminer les «trappes à tickets», au lieu de saisir l'occasion pour fixer des limites respectables et respectées, le ministre veut encore réduire la vitesse, ajouter des radars, bref, augmenter nos emmerdes et les traquenards par lesquels l'État s'engraisse plutôt que d'assurer la sécurité du citoyen. En plus, il veut faire joujou avec la technologie: dépassements de coûts et contrats suspects prévisibles. Une fois le gadget choisi, la compagnie qui le détient nous prendra en otage.

Logique

Dommage: les vitesses variables, j'aime. J'arrive de l'Utah. On roule à 75 milles à l'heure (121 km/h) sur des routes qui croisent. Parfois, lors d'un carrefour ou d'un virage, un panneau prévient: «reduced speed ahead». On descend par paliers de 10 milles à l'heure, mais toujours avec des panneaux annonciateurs. Pas de piège. La vitesse permise est respectée parce qu'elle est logique, réaliste, prévisible.

Sur chaque chantier routier, une voiture de shérif scintille, tous phares clignotants, juste à l'endroit où des ouvriers s'activent. Pas embusquée derrière un ponceau pour pincer l'automobiliste; bien visible, pour protéger le travailleur.

Au ministère des Transports du Québec, engoncé dans ses normes, les gestionnaires semblent tétanisés par l'imputabilité. Il faut changer cette mentalité timorée. Le concept des vitesses variables les obligerait à prendre des décisions, parfois discutables.

Par exemple, sur une route à quatre voies divisées comme celle du «Parc des Laurentides», il a fallu qu'un ministre se fâche et impose la limite de 100 km/h, pourtant modeste. Celle entre Jonquière et Saint-Bruno, affiche un pénible 90 km/h que nul ne respecte. Sur la 175, les sections à 90 commençaient brutalement sans annonce préalable. Un ministre a exigé des panneaux qui avisent l'automobiliste d'avance, malgré la norme qui stipule qu'il faut un écart de 30km/h entre les deux zones pour que le ministère daigne prévenir les conducteurs.

Les limites de vitesse au Québec sont si basses que nul ne les respecte, pas même les policiers qui gardent un flou artistique et arbitraire de 15 à 20 km/h dans l'application de la loi. Si bien que dès leur jeune âge, nos enfants apprennent en nous observant au volant, que la loi n'est pas la loi, qu'on peut toujours la forcer. Commençons donc par des limites cohérentes et applicables.

La techno

Le ministre veut des panneaux électroniques à message variable, pour modifier les limites selon le jour, l'heure, le trafic et la température. Avant de plonger dans ce gouffre techno, commençons par nous servir intelligemment des panneaux à message variables actuels. Tant que la 175 ne ferme pas, on s'acharne à nous y afficher des slogans insignifiants. Parfois même, on nous incite à nous enquérir de l'état de la route par cellulaire, au lieu de nous l'indiquer directement, ou d'en profiter pour exiger des pneus d'hiver certains jours.

Dans beaucoup de pays, il y a une limite par temps sec et une autre par gros temps et cela, sans un réseau électrique et informatisé sur de terribles distances.

Deux expériences ont réduit les accidents en maintenant l'attention de l'automobiliste. Le Montana a aboli les limites de vitesse sur une route, constatant que l'automobiliste conduit alors à une vitesse qui sollicite toute son attention. Il ne boit pas son café, ni ne joue avec son GPS ou son téléphone. Au Pays-Bas, une ville a éliminé toute signalisation, remplacée par la courtoisie. Sans tomber dans ces excès, les vitesses variables, adaptées à la qualité de la chaussée, à la configuration de la route, maintiennent la concentration.

Dommage que le ministre des Transports dévie ce concept au profit des prêcheurs d'abstinence routière, des empêcheurs de rouler, et de l'État cupide qui veut plus notre fric que notre bien.

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