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Une gifle pour la justice

Un homme passera 60 jours discontinus en prison pour avoir... tué sa fille de... (ARCHIVES)

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Myriam Gauthier
Le Quotidien

Un homme passera 60 jours discontinus en prison pour avoir... tué sa fille de 13 ans en la giflant brutalement. Pas au Nigéria, ou dans une de ces peuplades éloignées qui traitent des filles comme des chameaux. Au Québec. Chez nous.

Eh oui!

Un juge a estimé qu'un père qui gifle sa fille au point de la tuer ne devrait perdre sa liberté que 60 jours, des lundis et des mardis. Il jouira même de ses fins de semaine! Il ne suffit pas d'être nommé juge pour avoir du jugement...

Le coupable a 74 ans et vient de la Guinée, où la gifle constitue encore une méthode d'éducation. La jeune fille avait lavé la cuisine comme son père le lui intimait, mais avait osé grommeler en terminant le travail. Vlan! Vlan! Deux coups à la tête. Elle s'est effondrée quelques secondes plus tard.

D'ailleurs, comment deux gifles peuvent-elles tuer? Rupture de l'artère vertébrale par rotation, a-t-on confirmé au tribunal : la claque lui a cassé le cou. Quelle baffe! Son cerveau était-il fragilisé par des chocs précédents? L'homme est sans antécédents... Il a dû commencer ça à 70 ans!

D'ailleurs, le juge émet ses doutes à sa manière sur l'unicité de l'événement, en reconnaissant lui-même que c'est comme ça que ça marche en Guinée; gifler les enfants, cela fait partie des coutumes. Il passe ainsi un message épouvantable aux immigrants : notre justice s'ajustera à vos moeurs, même si elles sont barbares, même si elles affectent des gens fragiles et vulnérables. Pas besoin de prendre connaissance des méthodes éducatives acceptées ici ni de vous ajuster à nos lois et nos coutumes. Nous prétendons protéger les enfants, mais si vous venez d'un pays où on les bat, on ne vous punira pas vraiment. On acceptera vos larmes, on prendra en pitié votre âge, on vous traitera avec déférence malgré l'odieux du geste. La charia après ça? Au moment des faits, en 2010, l'homme avait 70 ans, pas 74. Il a fallu quatre ans à notre justice pour procéder. Sans procès. Il a plaidé coupable.

Message compris?

Le juge est conscient de l'effet pervers de sa sentence. Il s'en défend en affirmant que le reste de la communauté guinéenne aura bien compris le message avec ces 30 " fins de semaine " de prison... En Guinée, le tiers des prisonniers souffrent de malnutrition, et 40 % sont déshydratés. Ils sont 1000 dans des salles insalubres conçues pour 300, avec un bout de tapis élimé jeté sur le sol comme paillasse. Soixante jours de prison là-bas, c'est l'enfer.

Mais ici? Bien nourri, bien logé, dans une prison équipée pour le loisir et l'hygiène, le message est-il si clair? Aura-il droit à un allègement en cours de route s'il se conduit bien? Il le fera : il n'a plus d'adolescente de 13 ans à gifler. Message passé? Vraiment?

Logique?

Des experts juridiques estiment la sentence logique. L'homicide involontaire laisse toute latitude au juge, et le vieil homme n'avait pas l'intention de faire du mal, mais d'éduquer sa fille. Pourtant, le pompier qui a tué accidentellement sa partenaire de jeux sadomasochistes a écopé d'un an. Lui non plus ne voulait que du bien à sa victime adulte et consentante.

On dénonce souvent les conservateurs qui imposent par des lois des peines minimales pour certaines offenses. Mais si les juges ne durcissent pas le ton devant les crimes inacceptables pour le public, le gouvernement le fera, à sa manière. Et on se demandera ensuite avec perplexité, si on est pas un peu trop sévère avec un amoureux de 21 ans qui purge 16 mois de prison minimum pour être sorti avec une fille de 14 ans consentante, dont la mère approuvait la relation...

La justice ne peut pas, ne doit pas adapter sa sévérité aux moeurs culturelles des immigrants. Ajuster une sentence à des coutumes étrangères, c'est bien pire que le port d'un turban ou d'un voile dans la fonction publique, bien plus dévastateur pour l'identité québécoise, bien plus porteur de xénophobie. Cela revient à instituer une justice à deux vitesses : une pour ceux qui sont nés ici, une pour ceux qui sont nés ailleurs.

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