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La route de la collusion?

À la Commission Charbonneau, des fonctionnaires du ministère... ((Archives))

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À la Commission Charbonneau, des fonctionnaires du ministère des Transports ont soupçonné les entrepreneurs de la région de collusion pour expliquer l'explosion des coûts, de 525 millions à 1 milliard $, de la 175 , alias la «route du Parc».

(Archives)

 

Myriam Ségal
Le Quotidien

À la Commission Charbonneau, des fonctionnaires du ministère des Transports ont soupçonné les entrepreneurs de la région de collusion pour expliquer l'explosion des coûts, de 525 millions à 1 milliard $, de la 175 , alias la «route du Parc».

Au lieu de donner un seul immense contrat, on a morcelé les travaux pour permettre aux régionaux de soumissionner. Les premiers tronçons se sont arrachés en bas des pronostics. Les suivants, bien au-dessus. Dans un cas, on a même repris l'appel d'offres en divisant encore plus le travail, dans l'espoir que de jeunes loups tentent de ramasser le pactole. Mais cela a coûté plus encore. Les témoins du ministère insinuent ainsi que donner une chance au régions revient à les subventionner artificiellement, ouvrant la porte à la collusion!

Du luxe

Les entrepreneurs de la région expliquent autrement le phénomène. Lors des premiers contrats, ils ont réalisé la voracité du ministère: il voulait une route ultra-moderne, un chantier chromé, au- delà de toutes les normes coutumières, au bilan écologique au-dessus de tout soupçon. Les exigences environnementales gonflait les coûts. Si on sortait une roche d'un ruisseau, il fallait la laver avant de l'y remettre! Du coup, ils ont pesé sur le crayon, pour parer à ces exigences inhabituelles et parce que le coût du bitume risquait d'exploser, alors qu'il fallait miser 2-3 ans d'avance.Plusieurs grognent que le ministère, hostile au projet depuis toujours, s'est vengé du choix politique en gonflant le chantier artificiellement. Les clôtures à grande faune tout du long, les passages sous-terrains, le terre-plein immense, le pont à arches de Stoneham, l'échangeur à la jonction de la route 169, tout cela ne figurait pas dans le plan de départ à 525 millions. Ni les entrées latérales chromées au camp Mercier ou à la Zec, ni la lenteur des expropriations à Stoneham qui ont permis aux spéculateurs de gonfler les prix.

Aussitôt qu'un entrepreneur entrait dans le Parc, il prenait avantage sur les soumissions suivantes: le concasseur, les camions, les niveleuses, les roulottes étaient rendues, amorties. Mais pourquoi les prix sont-ils restés élevés ensuite?

Un sage disait qu'un désastre n'arrive généralement pas pour une seule raison, mais pour une multitude de facteurs qui s'enchaînent. Ainsi en est-il sans doute de l'explosion des coûts de la route du Parc. Un examen précis, public, tronçon par tronçon, soumission par soumission, permettrait de voir clair et de poser les bonnes questions aux bonnes personnes. Mais la Commission Charbonneau manque de temps: elle commence à peine à cuisiner le troupeau d'autruches des politiciens. En ce qui concerne la route du Parc, elle n'aura servi que de tribune au ministère pour propager la mauvaise presse qu'il fait à cet investissement auquel il a toujours renâclé.

Le beigne

Les ex-ministres Julie Boulet et Guy Chevrette ont présenté une superbe démonstration de la théorie du beigne que m'a résumée un organisateur politique vétéran. Le politicien, c'est le trou du beigne. Il s'entoure d'une pâte épaisse composée d'organisateurs, de conseillers, de «bénévoles» avertis, qui le protège d'abord contre lui-même: on l'habille, on le briefe, on écrit pour lui. Contre l'extérieur ensuite. Quand il se fait embêter, il blâme le beigne: c'est pas moi, c'est mon adjoint, mon agent officiel, etc. Le politicien, ainsi, ne revendique que les bons coups.À la commission Charbonneau, les deux ex-ministres avouent qu'ils allaient dans des cocktails de financement faire des risettes à des inconnus qui payaient cher pour les croiser. Ils ne demandaient jamais qui étaient ces gens, combien et pourquoi ils avaient payé. Ces ministres aguerris n'ont eu ni l'un, ni l' autre, cette curiosité fondamentale. Ils se fiaient au beigne! Pourtant, des rapports du DGE ou un simple calcul soulevaient une tonne de soupçons. Mieux vaut passer pour naïf que pour tricheur.Le festival du beigne commence!

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