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Combien vaut l'opposition?

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Le chef de l'Équipe du renouveau démocratique (ERD), Paul Grimard, réclame plus d'argent de la ville pour le cabinet de l'opposition.

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Myriam Ségal
Le Quotidien

Le chef de l'Équipe du renouveau démocratique (ERD), Paul Grimard, réclame plus d'argent de la ville pour le cabinet de l'opposition. Le Quotidien en fin de semaine résumait sa missive au maire de Saguenay. Selon l'ERD, le maire a artificiellement réduit son personnel pour diminuer le budget de l'opposition qui, selon la loi, a droit à 30% du budget du cabinet du maire. Il argue que les adjoints politiques continuent leur oeuvre, mais ont été planqués dans la fonction publique. L'ERD estime avoir droit à au moins 80 000$ de plus, mais n'en réclame que 40 000.

Ce réflexe de demander de l'argent parce qu'on y a droit, sans expliquer en quoi cela sert le citoyen, m'a fait grincer publiquement des dents. Paul Grimard m'appelle: «Vous avez raison. Nous devons justifier la demande.»

Je le rencontre au bureau de l'opposition, à la Maison d'accueil de Chicoutimi, rue Racine. Les Fêtes du 175ième occupent encore le premier plancher. Le contraste frappe: de beaux bureaux bien équipés au premier, pour un organisme «privé» qui n'a plus sa raison d'être et refuse de rendre un bilan public. Au second, des meubles disparates, modestes, récupérés au surplus. L'ERD ne s'en plaint pas. Mais on sent que la chasse à l'essentiel, au matériel, a grugé, et gruge encore des énergies.

Juste pour les salaires

-Vous avez 180 000$ et vous en voulez plus?

La loi décrète la part de l'opposition, mais c'est le Comité exécutif de la ville qui décide de l'usage. Et celui-ci exige que tout soit dépensé uniquement en salaires et avantages sociaux. Cela donne trois employés, payés chacun 40 000$ par an en moyenne. Pour les crayons, le papier, la documentation, il faut demander à la pièce des autorisations à même le budget de recherche des conseillères (environ 9000$ chacune), dont pas un cent n'est déboursé sans autorisation préalable.

Ce qui veut dire que le cabinet du maire sait tout du travail de l'opposition, qui coûte 180 000$ aux citoyens, mais que celle-ci n'a pas les moyens de consulter l'historique d'un terrain, se procurer une copie de la loi annotée, consulter un ingénieur ou un avocat indépendant. Le 40 000$, c'est à cela qu'il servirait.

Mais à quoi oeuvrent-ils dans une journée, les trois employés? Ils décortiquent les nouvelles, les procès-verbaux, les ordres du jour, les résolutions, se font expliquer des procédures, bâtissent des dossiers pour que les deux conseillères élues ne soit pas prises au dépourvu, piégées par une résolution sibylline. Car les villes parlent en jargon: «Règlement numéro VS-RU-2013-138 ayant pour objet de modifier le règlement de zonage numéro VS-R-2012-3; consultation publique». Ils traduisent, vérifient, et pointent risques et argumentaire.

Ils permettent aussi au parti de faire des sorties publiques sur des dossiers de fond, bien documentés. La loi reconnaît ce droit à un parti qui a eu plus de 20% des voix. L'ERD en a eu 37%.

Transparence

Ils affirment se heurter souvent à l'absence de réponse et hésitent à recourir à la loi d'accès à l'information, qui oblige un organisme à se faire représenter par avocat devant la Commission. Un jugement récent a ouvert une brèche dans cette obligation, mais la démarche reste longue et fastidieuse. Une ville plus transparente, aux communications conviviales, coûterait moins cher en opposition!

Grimard est un ex-prof de finances, méticuleux, méthodique. Il aime les chiffres précis. Ça lui parle. Il revient toujours sur la dette, le financement. Il «trippe» sur ce qui nous semble aride. Il reste à la tête de l'ERD à la demande de l'exécutif qui trouve prématurée une course à la chefferie, mais si 25 membres l'exigent, il y en aura une. En 2017, il aura 69 ans.

«J'ouvre la trail» pour les suivants, dit-il, pour montrer qu'une opposition, ce n'est ni diabolique, ni destructeur. Cela le rend très prudent, quasi désincarné, loin du concret trivial, de l'exemple bénin mais révélateur pour le public. Accordons encore quelques mois à l'Opposition avant de juger de son rapport qualité-prix.

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