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Maigrir sans coup de hache

Le gouvernement conservateur coupe le budget de Radio-Canada: 312 emplois... (Photothèque Le Soleil)

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Photothèque Le Soleil

 

Myriam Ségal
Le Quotidien

Le gouvernement conservateur coupe le budget de Radio-Canada: 312 emplois supprimés au réseau français. Neuf têtes d'affiche de l'information à la télé de Radio-Canada dénoncent les coupes, et témoignent en bloc à «Tout le monde en parle». Parce que neuf vedettes sont plus difficiles à punir qu'une seule. Elles craignent visiblement des sanctions si une seule porte le flambeau.

Je tiens à des émissions comme «Enquête» ou «La Facture». Je tiens aux couvertures internationales, à la vulgarisation politique des «Coulisses du pouvoir». Dans le domaine de l'information, les coupes devraient être prudentes, chirurgicales. Certaines émissions mériteraient un resserrement (ex: «le Club des ex»), certaines, sur des rails depuis trop longtemps, pétries d'automatismes, manquent de sens critique et de renouveau (Découverte).

En région, Radio-Canada a les moyens de mener de laborieuses demandes d'accès à l'information qui étoufferaient d'autres médias.

S'il faut émincer le service de l'information, ce doit être fait avec bienveillance, par un directeur qui aime son produit, pas par un grand boss qui se pavane à Ottawa et flagorne le parti au pouvoir. Mais j'aurais aimé un peu d'auto-critique, d'audace, d'ouverture à des changements de la part des vedettes radio-canadiennes, au lieu d'un péremptoire: «pas touche!». Par exemple, elles déplorent que l'on coupe des jeunes prometteurs qui maîtrisent les nouvelles technologies et modernisent la société d'État. Que ne proposent-elles pas que l'ancienneté cède parfois le pas à la compétence polyvalente?

Transparence

Elles ont cependant raison: un débat doit se faire sur la mission de Radio-Canada, et ses moyens. Mais essayez d'assembler un casse-tête avec seulement la moitié des pièces!

Car il manque des informations pour juger. Radio-Canada garde jalousement le secret sur ses contrats avec les producteurs privés, dont les revenus ne semblent jamais baisser. Impossible de savoir combien coûte le «Bye-bye», ou un téléroman, et combien cela rapporte. Impossible de connaître la facture associée aux Jeux olympiques. Peut-on faire à moins cher? Combien de personnel est déployé? Chacun est-il essentiel?

Si «Infoman» voyage moins, cette adorable émission caustique en souffre-t-elle vraiment? La société d'État invoque toujours le secret d'affaires, si bien qu'on ignore si la partie commerciale pourrait se serrer la ceinture et générer plus de revenus pour la section non rentable mais essentielle, l'information. Si le gouvernement conservateur veut vraiment rationaliser Radio-Canada, et non se livrer à une vendetta politique contre un «nid de souverainistes», il n'a qu'à en exiger une transparence totale.

Le syndicat prétend qu'on embauche plus de cadres pendant qu'on congédie des journalistes.

Le patron lui-même, qui gagne autour de 400 000$ par an, a dû rembourser 30 000$ de dépenses facturées en trop en cinq ans pour ses séjours à Ottawa. Jolie distraction, alors qu'il avait déjà 1500$ de prime par mois à son contrat pour cela. Pourquoi sa prime est-elle trois fois supérieure aux dépenses réelles encourues?

Oser

Marie-Josée Turcotte déplore la disparition des sports qui passent de 76 à une vingtaine d'employés. Elle argue qu'en 1960, Radio-Canada a osé couvrir les olympiques, alors méconnues. Cela ne signifie pas qu'elle doive couvrir les Jeux pour l'éternité, surenchérissant sur le privé avec l'argent public. Pas besoin d'elle pour connaître le score du «CH». Mais une émission sur les sports amateurs ou méconnus cadrerait dans l'autre mission essentielle de Radio-Canada: oser.

La société d'État a risqué une émission comme «Les chefs», remplissant le vacuum télévisuel de l'été, et provoquant une mode. Elle programme un audacieux téléroman quotidien. Chapeau! Son «Club des ex» a inspiré TVA. L'univers glauque d'«Unité 9» n'aurait jamais convaincu un diffuseur privé. Radio-Canada doit oser et informer. Maigrir, probablement, mais pas à coups de hache aveugle et imbécile.

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