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Mettre fin à la terre brûlée

Le festival de la déchiqueteuse a lieu après... ((Archives))

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Le festival de la déchiqueteuse a lieu après chaque élection dans les bureaux d'élus battus.

(Archives)

 

Myriam Ségal
Le Quotidien

Le festival de la déchiqueteuse a lieu après chaque élection dans les bureaux d'élus battus. Ceux-ci pratiquent la technique de la terre brûlée. Comme le conseiller Fabien Hovington, battu à Shipshaw, qui n'a rien laissé à la nouvelle élue.

L'exemple vient de haut. La nouvelle députée libérale de Charlevoix entre dans un bureau totalement vidé par Pauline Marois; ni note, ni dossier. Pas même ceux des citoyens pris dans les «craques» du plancher de la bureaucratie qui recourent à leur député en désespoir de cause. Certains projets avancent à pas de tortue: nulle trace de ces petits pas, ni lettre, ni compte-rendu de rencontres ou de conversation.

On paie donc un nouveau député et son personnel pour refaire un travail déjà exécuté, reconstituer des démarches déjà faites, réécouter le citoyen mal pris, s'il ne s'écoeure pas de déballer pour la «xième» fois ses doléances et ses preuves.

Pourtant le contribuable, via l'État, paie le député et ses adjoints. Le fruit de leur travail ne devrait-il pas appartenir au contribuable? Quand les ouvriers de RTA produisent un lingot, celui-ci appartient à la compagnie!

Le parti d'abord!

Les partis préfèrent que tout soit détruit pour se protéger, quitte à bazarder tout le boulot accompli. Ils craignent qu'une note, un jugement lapidaire écrit à la va-vite, revienne les hanter si l'affaire a été méjugée.

Imaginons un entrepreneur qui se plaint au bureau du député parce qu'il pense que ses rivaux complotent. Mais il a un dossier criminel et semble peu fiable à l'adjoint qui le rencontre. Ce dernier écrit dans l'agenda: «pas crédible». Deux ans plus tard, le scandale éclate par un autre chemin. Le nouveau député brandit la note de son prédécesseur et l'accuse de négligence. Alors, au diable le service public! Le parti avant la patrie: vive la déchiqueteuse!

L'autre problème du bureau de député, ce sont ses adjoints de comté, surtout si comme ministre, il vit des marathons étourdissants. Certains consomment plus d'adjoints que de toasts le matin. Mal payés, précaires, soumis à des heures et à une pression infernales, les gens sensés ne restent guère dans ce job. À moins de rêver eux-mêmes d'accéder à l'Assemblée nationale par le chemin de croix de Pauline Marois, adjointe, puis attachée de presse. Ou, qu'ayant fini tôt leur carrière, sécurisés par un fonds de pension, ils fassent quelques années par conviction et pour améliorer leur «prime vieillesse». Sinon, dur de recruter de bons adjoints qui ne laisseront rien d'incriminant dans leur sillage.

L'ancien député bloquiste Robert Bouchard a passé élégamment le relais à celui qui l'a battu. Quelques caquistes à Québec et Léo Bureau-Blouin aussi. Le nouveau et ex-député de Dubuc, Serge Simard, a tout détruit en 2012, et a refusé la main tendue de Jean-Marie Claveau récemment. Pas seulement par fanfaronnade. Les successeurs craignent de tomber dans un panneau, dans l'agenda de leur rival, sans un sas pour décompresser et juger à tête reposée un dossier. On craint une sournoiserie sous couvert de gentilhommerie, et on préfère tout reprendre à zéro que de tomber dans un traquenard politique.

Changez maintenant!

C'est maintenant, alors que les nouveaux entrent en fonction, qu'il faut agir pour que cesse ce gaspillage mesquin. Les chefs n'ont qu'à ordonner aux bureaux de députés de garder un dossier intact, composé des documents et démarches officielles pour la postérité. Et de constituer des dossiers plus personnels avec leurs notes à main levée, qu'ils pourront détruire. Ainsi, le citoyen désespéré n'aura pas à tout recommencer chaque fois qu'on change de député, et le nouvel élu saura facilement à quelle étape officielle un dossier politique est rendu.

Si la consigne est donnée maintenant, les bureaux de députés s'organiseront en conséquence, au lieu d'avoir à choisir entre un grand ménage fastidieux dans quatre ans ou la traditionnelle politique de la terre brûlée, qui induit bien du cynisme dans le public qui paie en double.

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