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Un bébé mais à quel prix?

Merci à Joël Legendre. En achetant des ovules,... ((Archives))

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Merci à Joël Legendre. En achetant des ovules, en faisant payer leur fécondation in vitro par l'assurance-maladie, en engageant une mère porteuse, il nous oblige à faire face à des questions éthiques éludées.

(Archives)

 

Myriam Ségal
Le Quotidien

Merci à Joël Legendre. En achetant des ovules, en faisant payer leur fécondation in vitro par l'assurance-maladie, en engageant une mère porteuse, il nous oblige à faire face à des questions éthiques éludées.

Lorsque Julie Snyder et d'autres personnalités ont plaidé pour le financement par l'État de la fécondation in vitro, portés par la compassion, nous avons naïvement imaginé qu'on aiderait le spermatozoïde du papa à féconder l'ovule de la maman qu'on réimplantait dans l'utérus de celle-ci. D'autant plus que le commerce de mères porteuses, d'ovules et de sperme sont interdits ici. Nous nous sommes voilés les yeux devant la mondialisation, la technologie, l'industrie de la génétique.

Les couples gays adoptaient jusqu'ici à l'étranger. Mieux vaut deux papas, deux mamans ou seulement un parent que d'être orphelin dans un pays de misère. Mais les pays ont fermé l'adoption aux hommes seuls ou gays, incapables de démêler les bons pères des prédateurs en quête de viande fraîche.

Joël Legendre veut des bébés. Est-ce un droit absolu d'avoir un enfant? Un désir ardent de paternité devient-il un besoin irrépressible dont la société doit favoriser le contentement?

Il dénonce la discrimination: une lesbienne peut bien se faire implanter un ovule fécondé. La nature est inéquitable et discriminatoire. La vie est injuste. Elle ne nous fait pas tous pareils, et nous vivons avec des limites. Il faut en combattre certaines, comme les maladies génétiques, les handicaps: cécité, surdité, paralysie... infertilité. Il faut en accepter d'autres: taille, penchants, talents, intelligence. L'homosexualité n'est ni un choix, ni un handicap, mais une condition génétique. Le fait de n'avoir pas d'utérus constitue-t-il une infirmité que nous devons par solidarité compenser?

Magasiner bébé...

Legendre se sentait mal devant le catalogue d'ovules, à choisir la race, les caractéristiques physiques et sociales de la donneuse. Difficile de vérifier la marchandise... Mais dans la nature et sur Facebook aussi, on se choisit mutuellement sur des critères physiques et sociaux.

Il a trouvé une mère porteuse, une amie, qu'il présentera à ses filles comme «la matante» spéciale qui vous a portées dans son ventre». Une intrigue juridique suit. Un des deux pères sera inscrit officiellement sur le certificat de naissance. Comment la «mère» se déchoira-t-elle de ses droits et devoirs parentaux au profit de l'autre père sans en découdre avec les services sociaux?

Au-delà de l'attachement que nous inspire le sincère et sympathique Joël Legendre, il faut penser aux portes que l'on ouvre, aux boites de Pandore. La location d'un utérus, gratuite dans le cas de Legendre, pourrait bien devenir lucrative. Comment vérifier? En quoi cela se distingue-t-il de la prostitution? On monnaye le corps de la femme, qui s'en sort un peu amochée, dans les deux cas.

L'enfant ne risque-t-il pas devenir une marchandise que l'on magasine comme on choisit un animal de compagnie? J'avais déjà un malaise à voir Céline Dion décongeler ses ovules au moment jugé opportun pour sa carrière. Comme si l'enfant devenait une acquisition insérée dans une planification, au lieu d'une belle tempête qui balaie nos conforts et nos certitudes. Mais je suis une indécrottable romantique. Je dois évoluer.

Et puis il y a le rôle de l'État, qui doit aider les individus, non pour leur bien, mais pour le bien collectif. La société a besoin d'enfants. Au point de défrayer le traitement de l'infertilité, y compris le coup de pouce de la fécondation in vitro?

Ok pour n'importe qui, y compris des gens fertiles qui ne sont pas attirés par l'autre sexe? Peut-être. Au risque de développer un commerce qui monnaye le corps des femmes et les caractéristiques génétiques? Pas sûr...

Mais à quoi bon interdire ici ce que le web et un petit voyage rendent possible ailleurs?

Je n'ai pas de réponses. Seulement des questions. À sentir le malaise quand le sujet affleure dans une conversation, je ne suis pas seule...

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