(Doha) Le secrétaire d’État américain Antony Blinken s’est dit déterminé mercredi à faire pression pour un cessez-le-feu à Gaza, émettant l’espoir que les divergences entre le mouvement islamiste palestinien Hamas et Israël pourront être comblées, après huit mois de guerre.

Sur le terrain, des bombardements israéliens meurtriers ont continué de viser plusieurs secteurs du territoire palestinien, où des habitants crient leur désespoir.

« Le Hamas ne voit pas que nous sommes fatigués ? Nous sommes morts, détruits […] La guerre doit cesser à n’importe quel prix. Nous n’en pouvons plus », a lancé à l’AFP Abou Chaker, un habitant de Gaza dans le nord du territoire assiégé par l’armée israélienne.

« Assez ! nous sommes exténués ! Chaque jour nous sommes forcés à nous déplacer. Nos enfants sont privés de nourriture et d’eau », s’est écrié Ezzedine al-Belbissi du camp de Bureij (centre).

Concluant à Doha une tournée dans quatre pays, dont Israël, M. Blinken a affirmé que son pays travaillerait avec les autres pays médiateurs – Qatar et Égypte –, afin de parvenir à un accord de cessez-le-feu.

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Le secrétaire d’État américain Antony Blinken, au centre, avant de quitter Doha, au Qatar, le mercredi 12 juin 2024

« Plus cela [la guerre] dure, plus les gens souffriront, et il est temps de cesser les marchandages », a-t-il dit.

Mardi, le Hamas a annoncé avoir remis au Qatar et à l’Égypte sa réponse au plan annoncé le 31 mai par le président américain Joe Biden.

Ce plan prévoit, dans une première phase, un cessez-le-feu de six semaines accompagné d’un retrait israélien des zones densément peuplées de Gaza, de la libération de certains otages retenus à Gaza depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre contre Israël, et de la libération de Palestiniens emprisonnés par Israël.

« Pression » sur Israël

Le contenu de la réponse du Hamas n’a pas été révélé. Mais M. Blinken a déclaré à Doha que « certains changements » réclamés par le Hamas étaient « réalisables, d’autres pas ». « Je pense que ce fossé peut être comblé », a-t-il ajouté.

En annonçant le plan de cessez-le-feu, M. Biden l’avait présenté comme une proposition israélienne.

Mais le premier ministre Benyamin Nétanyahou affirme qu’il poursuivra la guerre jusqu’à la défaite du Hamas.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken « continue de parler de l’accord d’Israël à la dernière proposition [de cessez-le-feu], mais nous n’avons entendu aucun responsable israélien s’exprimer à ce sujet », a plus tard indiqué le Hamas dans un communiqué. « Dans ce contexte, nous appelons M. Blinken et le gouvernement Biden à faire pression directement » sur Israël, a ajouté le mouvement dans son communiqué.

Selon une source proche des discussions, la réponse du Hamas contient des « amendements » au plan annoncé par Joe Biden, « notamment un calendrier pour un cessez-le-feu permanent et le retrait total des troupes israéliennes de Gaza ».

Des exigences déjà formulées par le mouvement palestinien et rejetées par Israël.

Le bureau de M. Nétanyahou a annoncé la tenue d’une réunion de responsables de la sécurité mercredi soir après « la réponse négative du Hamas au sujet de la libération des otages », sans donner plus de détails.

Le Forum des familles, principale association de proches d’otages, a exhorté le gouvernement à agir vite, car « tout délai pourrait mettre gravement en danger les otages ».

À Doha, M. Blinken a affirmé que les États-Unis présenteraient « dans les semaines à venir les éléments clés » pour l’après-guerre, « y compris des idées concrètes sur la manière de gérer la gouvernance, la sécurité et la reconstruction » à Gaza.

Bombardements israéliens

La guerre a été déclenchée par une attaque le 7 octobre de commandos du Hamas infiltrés à partir de Gaza dans le sud d’Israël, qui a entraîné la mort de 1194 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l’AFP établi à partir de données officielles israéliennes. Sur 251  personnes enlevées, 116 sont toujours retenues en otages à Gaza, dont 41 sont mortes, selon l’armée.

En riposte, Israël a juré de détruire le Hamas qui a pris le pouvoir à Gaza en 2007 et qu’il considère comme une organisation terroriste de même que les États-Unis et l’Union européenne.

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Les opérations israéliennes ne connaissent pas de répit. Mercredi, sept personnes ont été tuées à Gaza et un enfant a été tué à Rafah dans le Sud, selon des médecins.

Son armée a lancé une offensive d’envergure à Gaza qui a fait jusqu’à présent 37 202  morts, en majorité des civils, selon des données du ministère de la Santé du gouvernement de Gaza, dirigé par le Hamas.

Les opérations israéliennes ne connaissent pas de répit. Mercredi, sept personnes ont été tuées à Gaza et un enfant a été tué à Rafah dans le Sud, selon des médecins.

« Crimes contre l’humanité »

À Genève, une commission d’enquête de l’ONU a estimé qu’Israël était responsable de « crimes contre l’humanité », notamment pour « extermination », dans le territoire palestinien. Elle a aussi accusé les autorités israéliennes et sept groupes armés palestiniens, dont le Hamas, de crimes de guerre.

L’ambassade d’Israël à Genève a accusé la commission de « discrimination systématique » à l’encontre d’Israël.

L’ONU s’inquiète des risques de famine à Gaza, où au moins 1,7 million de Palestiniens, sur environ 2,4 millions d’habitants, ont été déplacés à plusieurs reprises par la guerre.

Plus de 8000 enfants âgés de moins de 5 ans ont été soignés à Gaza pour malnutrition aiguë, « dont 1600 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère » et 28 sont morts, a révélé l’Organisation mondiale de la santé.

Frontière israélo-libanaise

La guerre a aussi entraîné une flambée de violences à la frontière nord d’Israël avec le Liban, où les échanges de tirs se sont intensifiés entre l’armée israélienne et le Hezbollah libanais, allié du Hamas.

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Des buissons en feu après des tirs de roquettes vers Israël à partir du Liban, dans le cadre des hostilités transfrontalières entre le Hezbollah et les forces israéliennes, dans le nord d’Israël, le 12 juin 2024.

L’armée a indiqué que 160 roquettes avaient été tirées du Liban sur Israël mercredi, après qu’une frappe israélienne a tué un important commandant du Hezbollah mardi dans le sud du Liban. Elle n’a pas fait état de victimes.

Le Hezbollah a revendiqué les tirs de « dizaines de Katioucha » ainsi que de missiles guidés, promettant d’« accroître » ses attaques contre Israël.

Et les rebelles yéménites houthis, alliés aussi du Hamas palestinien, ont revendiqué une attaque en mer Rouge contre un vraquier soupçonné selon eux de liens avec Israël.