(Genève) Israël est responsable dans la bande de Gaza de crimes contre l’humanité, notamment pour « extermination », a estimé mercredi une commission d’enquête de l’ONU, accusant aussi les autorités israéliennes et les groupes armés palestiniens de crimes de guerre depuis le 7 octobre.

L’ambassade d’Israël à Genève a immédiatement accusé la commission de « discrimination systématique » à son encontre.  

« Les crimes contre l’humanité d’extermination, de meurtre, de persécution fondée sur le genre ciblant les hommes et les garçons palestiniens, de transfert forcé, d’actes de torture et de traitements inhumains et cruels, ont été commis » par Israël, conclut dans un rapport cette commission, créée par le Conseil des droits de l’homme après la guerre de 11 jours que se sont livrés Israël et le Hamas en mai 2021.

La commission d’enquête « a prouvé une fois de plus que ses actions sont toutes au service d’un ordre du jour politique focalisé contre Israël », a dénoncé l’ambassadrice d’Israël auprès de l’ONU à Genève, Meirav Shahar, dans un communiqué.

Interrogé sur ce rapport, Antonio Guterres n’a pas souhaité le commenter. « Mais nous sommes parfaitement conscients du niveau unique de destruction et de victimes au sein de la population palestinienne au cours de ces mois de guerre, qui n’a de précédent dans aucune autre situation que j’ai vécue en tant que secrétaire général des Nations unies », a-t-il dit au cours d’un point de presse à Genève.

À l’inverse du génocide, les crimes contre l’humanité ne doivent pas obligatoirement prendre pour cible un groupe de population particulier mais peuvent viser toute population civile, selon l’ONU. Ils doivent toutefois être commis dans le cadre d’attaques à grande échelle, contrairement aux crimes de guerre qui peuvent être des faits isolés.

Selon les enquêteurs onusiens, les autorités israéliennes et « la branche militaire du Hamas et six autres groupes armés palestiniens » sont « responsables » de « crimes de guerre ».

« Il est impératif que tous ceux qui ont commis des crimes soient tenus pour responsables », a déclaré dans un communiqué la présidente de la commission, la Sud-Africaine Navi Pillay, qui fut Haute-Commissaire aux droits de l’homme, présidente du Tribunal pénal international pour le Rwanda et juge à la Cour pénale internationale (CPI).

La commission accuse les autorités israéliennes d’« entraver » ses investigations et n’a pas accès à Israël et aux territoires occupés. Le rapport s’appuie sur des entretiens avec des victimes, réalisés à distance et au cours d’une mission en Turquie et en Égypte, et des documents, dont des rapports médico-légaux et des images satellite.

« Violences sexuelles »

« Israël doit immédiatement cesser ses opérations militaires et ses attaques à Gaza », a demandé Mme Pillay. « Le Hamas et les groupes armés palestiniens doivent immédiatement cesser leurs tirs de roquettes et libérer tous les otages. La prise d’otages constitue un crime de guerre ».

La commission « tente de justifier l’odieux attentat terroriste du 7 octobre en le contextualisant à travers le prisme du narratif palestinien. Il ne mentionne pas le “terrorisme” qui dure depuis des décennies, ni les tirs de roquettes incessants sur le territoire israélien », a répliqué l’ambassade israélienne.

La guerre, déclenchée par l’attaque du mouvement islamiste palestinien Hamas du 7 octobre sur le sol israélien, a entraîné la mort de 1194 personnes côté israélien, en majorité des civils, selon un comptage de l’AFP effectué à partir de chiffres officiels israéliens. Sur 251  personnes enlevées, 116 sont toujours dans la bande de Gaza, dont 41 sont mortes, selon l’armée israélienne.

Dans ce territoire, plus de 37 200 Palestiniens, en majorité des civils, ont été tués depuis dans les bombardements et les opérations militaires israéliennes terrestres, selon des données du ministère de la Santé de la bande de Gaza dirigé par le Hamas.  

Concernant le 7 octobre, la commission accuse les groupes armés palestiniens d’avoir commis divers crimes de guerre, notamment des attaques contre des civils, des meurtres et des tortures.

Elle a par ailleurs identifié des « violences sexuelles » ayant en particulier visé des femmes israéliennes et conclu qu’il ne s’agissait pas d’incidents isolés.

Concernant l’offensive israélienne dans la bande de Gaza, la commission affirme que les autorités israéliennes sont « responsables de crimes de guerre » : utilisation de la famine comme méthode de guerre, attaques intentionnellement dirigées contre des civils, violences sexuelles, tortures et transferts forcés.

En Cisjordanie, elle assure que les forces israéliennes ont « commis des actes de violence sexuelle, de torture, des traitements inhumains ou cruels et des atteintes à la dignité de la personne, qui constituent tous des crimes de guerre ».  Sur les violences sexuelles, Israël dénonce une « fausse équivalence ».

La commission affirme que le gouvernement israélien et les forces israéliennes « ont permis, encouragé et incité à une campagne de violence des colons ».

Le rapport souligne aussi que les déclarations de responsables israéliens – « y compris celles reflétant la politique consistant à infliger des destructions généralisées et à tuer un grand nombre de civils » -peuvent constituer des crimes internationaux graves, tels que l’incitation au génocide ou aux discriminations et à la violence.