(Kaboul) Après avoir repris en août le pouvoir en Afghanistan, les talibans ont promis de se montrer plus souples à l’égard des femmes que lors de leur premier régime, entre 1996 et 2001, quand elles étaient privées de presque tous leurs droits.

Publié le 15 février
Agence France-Presse

Pour s’attirer les bonnes grâces de la communauté internationale, le nouveau gouvernement a veillé à ne pas édicter de règles trop sévères à l’échelon national. Mais les autorités provinciales ont pris le relais, pour définir les obligations que les femmes doivent désormais respecter.

Voici quelques exemples de la manière dont leur vie s’en trouve chamboulée.  

Emploi

Si les talibans disent autoriser les femmes à travailler dès lors que la ségrégation des sexes est respectée, dans les faits elles n’ont plus accès aux emplois publics, hormis dans des domaines spécialisés, comme la santé et l’éducation.

Dans le privé, les femmes se plaignent d’être harcelées quand elles vont travailler. Les entreprises et commerces sont sous étroite surveillance, les talibans venant souvent s’y assurer que les règles de non-mixité sont respectées.

Dans certains endroits toutefois, de petites coopératives gérées uniquement par des femmes ont été autorisées à continuer leurs opérations, comme cette usine de transformation de fleurs de jasmin à Hérat, dans l’ouest de l’Afghanistan, une ville considérée de longue date comme l’une des plus libérales du pays.

Mais des dizaines de milliers de femmes ont perdu leur emploi depuis le retour au pouvoir des talibans, qui a mis un terme à deux décennies de progrès leur ayant permis d’accéder à toutes sortes de nouveaux métiers, comme par exemple dans la police ou la justice.

Éducation

Les talibans disent considérer que les filles ont aussi le droit d’être éduquées. Mais les portes de la grande majorité des collèges et lycées leur restent fermées depuis août.

Les autorités assurent maintenant que les écoles rouvriront pour tous d’ici fin mars. Mais le manque d’enseignantes et l’interdiction faite aux hommes d’instruire les filles signifient qu’elles auront du mal à remplir cet objectif.

La plupart des universités privées ont rouvert, parfois dès septembre, mais souffrent également d’un manque d’enseignants. La ségrégation en classe est de mise, et il est aussi interdit aux garçons et aux filles de se côtoyer entre les cours.

Les universités publiques ont rouvert il y a deux semaines dans huit provinces, les autres devant suivre le pas le 26 février. Mais très peu de filles sont revenues en cours et elles sont, là aussi, séparées des étudiants masculins.

Libertés individuelles

Sous leur régime précédent, les talibans avaient imposé le port en public de la burqa, un voile intégral grillagé au niveau des yeux. Les agents du ministère de la Promotion de la vertu et de la prévention du vice fouettaient quiconque était surprise sans.

Cette fois-ci, le ministère a fait placarder dans les commerces de Kaboul des affiches affirmant que les femmes « doivent » porter au minimum un hijab, un foulard couvrant la tête, mais laissant apparaître le visage. Ce message était toutefois accompagné de photos de burqa, ce qui suggère que celle-ci est chaudement recommandée.

Un décret dispose également que les femmes doivent désormais être accompagnées d’un homme de leur famille proche lors de longs trajets entre villes. Et les chauffeurs de taxi ont reçu l’ordre de ne pas prendre de femmes dont la tête ne serait pas couverte.

Les salons de beauté et les boutiques de mode étaient extrêmement populaires avant le retour des talibans. Ils ont depuis largement disparu des rues. Les têtes des mannequins ont été enlevées dans les magasins d’Hérat et les panneaux d’affichage faisant apparaître des visages humains ont été décrochés, car considérés comme non respectueux de la loi islamique.

Sport et culture

Les chaînes de télévision ne sont plus autorisées à diffuser de séries incluant des femmes. Et les journalistes femmes doivent porter le hijab à l’écran.

Un haut responsable taliban a estimé qu’il n’était « pas nécessaire » pour les femmes de faire du sport. Mais les islamistes se sont gardés de formaliser cette opinion, car les fonds provenant des fédérations gouvernant le sport mondial, dont le cricket et le football, seraient gelés si les femmes n’étaient pas autorisées à les pratiquer.

Comme leurs homologues masculins, la plupart des principales chanteuses, musiciennes, artistes ou photographes afghanes ont fui leur pays dans les semaines ayant suivi le retour des talibans à Kaboul. Celles qui n’ont pas pu fuir à temps se cachent ou se font les plus discrètes possible.

PHOTO ÉLISE BLANCHARD, AGENCE FRANCE-PRESSE

Récits de femmes dans l’Afghanistan taliban

Emma CLARK Agence France-Presse

Le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan en août a mis un terme à vingt ans de guerre d’usure dans le pays. Si la fin des combats est un soulagement pour de nombreuses femmes, les restrictions imposées par les fondamentalistes islamistes causent aussi du désespoir.

À travers l’histoire de trois Afghanes, l’AFP offre un aperçu de l’impact du nouveau règne taliban sur la vie des femmes.

La mère

PHOTO WAKIL KOHSAR, AGENCE FRANCE-PRESSE

Friba en compagnie de sa fille Frishta et de son fils Ezatullah.

Dans un village à flanc de colline non loin de Kaboul, des enfants courent entre les maisons basses. Friba, elle, profite d’une vie qu’elle juge paisible, maintenant que les troupes américaines sont parties.

« Avant, il y avait des avions dans le ciel et des bombardements », remarque cette mère de trois enfants, à Charikar, dans la province de Parwan.

Dans de nombreuses régions rurales, la victoire des talibans et le retrait américain représentent surtout la fin d’un conflit meurtrier aux dizaines de milliers de victimes, et celle d’une classe politique largement corrompue.

Friba, qui comme beaucoup d’Afghans n’a pas de nom de famille, a perdu plusieurs proches pendant la guerre. Et l’inquiétude pour ceux qui sillonnaient le pays en quête d’un travail ne la quittait jamais.

« Nous sommes contents que les talibans aient pris le pouvoir et que la paix soit là », explique-t-elle. « Maintenant, j’ai l’esprit plus tranquille à la maison ».

Mais si la sécurité s’est largement améliorée, la lutte quotidienne pour survivre reste la même.

« Rien n’a changé, rien du tout. Nous n’avons pas d’argent », soupire Friba.

Seuls les petits travaux agricoles et les dons de nourriture permettent à son mari et à ses enfants de s’en sortir.

Leur vulnérabilité continue de l’inquiéter « jour et nuit », lâche-t-elle. « Mais la situation est meilleure désormais ».

L’étudiante

PHOTO WAKIL KOHSAR, AGENCE FRANCE-PRESSE

Zakia a abandonné ses études en économie.

Zakia était en cours d’économie à l’université privée Kateb le 15 août, lorsque son professeur a annoncé que les talibans étaient aux portes de Kaboul.

« Mes mains se sont mises à trembler. J’ai sorti mon téléphone de mon sac pour appeler mon mari […] et je l’ai fait tomber plusieurs fois », raconte-t-elle.

Étudiante en troisième année, elle n’est plus retournée en classe depuis.

Malgré la réouverture rapide des universités privées, puis celle de leurs homologues publiques dans une poignée de provinces il y a deux semaines, de nombreuses étudiantes ont renoncé aux cours.

Pour Zakia, payer les frais de scolarité s’avère désormais difficile, à cause de la réduction drastique du salaire de son mari fonctionnaire, imposée par des talibans qui ont hérité de caisses quasiment vides.

Mais c’est surtout la peur panique de sa famille face aux combattants islamistes qui l’empêche de retourner en cours. Depuis août, elle s’aventure rarement dehors et préfère rester à la maison, avec sa fille en bas âge et sa belle-famille.

Ils « pensent que je vais me faire arrêter et peut-être tabasser par un taliban », explique Zakia, ce qui serait « une honte terrible. »

À 24 ans, elle se souvient avec mélancolie de ses années universitaires dans un pays où la guerre minait pourtant le système éducatif.

« Je comparais ma situation, le soutien de ma famille, à celle des gens illettrés, qui ne recevaient aucune éducation », se rappelle-t-elle. « J’étais fière, je me sentais chanceuse ».

Zakia n’a pas abandonné ses rêves de diplômes. Comme quelques centaines d’Afghanes, elle bénéficie d’une bourse attribuée par « l’Université du peuple », une organisation internationale proposant des cours en ligne.

Elle se connecte chaque semaine pour étudier la gestion d’entreprise. De quoi occuper son cerveau entre deux insomnies. Mais l’avenir la tourmente, particulièrement celui de sa fille.

« Comment vais-je l’élever dans une société pareille ? », souffle-t-elle.

L’ex-entrepreneuse

PHOTO WAKIL KOHSAR, AGENCE FRANCE-PRESSE

L'école de couture de Roya a fermé lorsque les talibans sont entrés dans Kaboul.

Roya avait l’habitude de débouler chaque matin dans le centre de Kaboul, pour enseigner la broderie à des dizaines d’élèves. Le soir, elle confectionnait des robes et des chemisiers pour la future boutique qu’elle rêvait d’ouvrir avec ses filles.

Ses revenus lui permettaient de payer les factures et les frais de scolarité de sa progéniture.

« La couture n’a pas de secret pour moi. Tout ce que les gens voulaient, je pouvais le faire », explique-t-elle dans sa maison de la capitale afghane.

« Je croyais fermement avoir besoin de travailler, être une femme forte, nourrir mes enfants et les élever grâce à ma couture », détaille-t-elle.

Mais son école, financée par des fonds étrangers, a fermé lorsque les talibans sont entrés dans Kaboul. Elle n’a vu aucune élève depuis.

Roya passe désormais ses journées chez elle, avec ses enfants qui ont perdu leur travail ou cessé leurs études. Le foyer repose entièrement sur le revenu de son mari, un vigile à mi-temps payé quelques dollars par semaine.

« Je me sens impuissante », confie-t-elle. « J’ai tellement peur que nous n’allons même plus en ville ou au marché ».

Grâce à Artijaan, une entreprise sociale qui aide les artisans afghans, elle reçoit parfois quelques commandes pour des nappes brodées. Mais ses placards restent remplis des robes et vestes colorées qui faisaient autrefois sa fierté.

« Je suis cloîtrée à la maison, avec tous ces espoirs et ces rêves », désespère-t-elle.

PHOTO WAKIL KOHSAR, AGENCE FRANCE-PRESSE

Une poignée de résistantes défient les talibans

Rouba EL HUSSEINI Agence France-Presse

Le pas rapide, la tête baissée pour ne pas attirer l’attention, quelques femmes s’engouffrent prudemment l’une après l’autre dans un petit appartement de Kaboul.

Au mépris du danger, elles viennent préparer leur prochaine action contre les talibans qui ont repris le pouvoir en Afghanistan le 15 août après deux décennies d’insurrection et fait voler en éclats leurs acquis et leurs rêves.

Au début, elles n’étaient qu’une quinzaine à participer à ce mouvement naissant de résistance civile. Surtout des jeunes filles d’une vingtaine d’années.

Depuis leur première action en septembre, le réseau s’est élargi à des dizaines de femmes, auparavant étudiantes, enseignantes, humanitaires ou femmes au foyer qui aujourd’hui œuvrent en secret à la défense de leurs droits.

« Je me suis dit pourquoi ne pas les rejoindre plutôt que de rester à la maison, déprimée, à ruminer sur tout ce que nous avons perdu », raconte à l’AFP l’une d’elles, âgée de 20 ans.

Elles ont conscience du danger : plusieurs camarades ont disparu.

Mais elles sont déterminées à poursuivre le combat contre les talibans qui, lors de leur premier passage au pouvoir, ont piétiné leurs libertés fondamentales et qui, après leur retour, n’ont pas tardé à les réprimer à nouveau.

Des journalistes de l’AFP ont pu assister à deux de leurs réunions en janvier.

Bravant le risque d’être arrêtées, ostracisées ou de voir leur famille menacée, plus de 40 femmes, parfois des mères avec leurs filles, sont venues à la première. La plupart s’expriment sous couvert d’anonymat pour raisons de sécurité.

Lors de la seconde, quelques militantes préparent la prochaine manifestation. Portable dans une main, stylo dans l’autre, une activiste lance un œil sur une banderole réclamant l’égalité de traitement pour les femmes : « Ce sont nos seules armes », dit-elle.

Être un exemple

Entre 1996 et 2001, les talibans ont interdit aux femmes de travailler, d’étudier, de faire du sport ou de sortir seules dans la rue. Aujourd’hui, ils assurent s’être modernisés.

Mais ils ont imposé une stricte ségrégation entre les sexes sur la plupart des lieux de travail, largement exclu les femmes des emplois publics, fermé la plupart des collèges et lycées publics aux adolescentes et modifié les programmes des universités pour qu’ils reflètent leur interprétation stricte de la charia, la loi islamique.

Encore hantées par le souvenir du précédent régime taliban, nombre d’Afghanes sont trop effrayées pour sortir manifester ou restent soumises à la pression de leur famille qui leur demande de rester à la maison.

Une jeune femme de 24 ans raconte comment elle a dû tenir tête à sa famille conservatrice – dont un oncle qui jetait ses livres pour l’empêcher de s’instruire. « Je ne veux pas laisser la peur me contrôler et m’empêcher de parler », dit-elle.

Ces vingt dernières années, les Afghanes, surtout dans les grandes villes, ont pu faire de longues études universitaires, devenir cheffes d’entreprise, occuper des postes ministériels.

Que les filles et femmes se retrouvent à nouveau complètement confinées chez elles, c’est la plus grande peur de Shala, ancienne employée gouvernementale d’une quarantaine d’années qui a perdu son emploi depuis le retour des talibans.

La nuit parfois, cette mère de quatre enfants se glisse dehors pour peindre sur les murs de la capitale des slogans comme « Vive l’égalité ». « Je veux juste être un exemple pour les jeunes femmes, leur montrer que je n’abandonnerai pas le combat », dit-elle d’une voix douce.

Elle a le soutien de son mari – et de ses enfants qui parcourent la maison en scandant « Éducation ! Éducation ! »

Précautions

Pour mener leurs actions, ces militantes prennent un maximum de précautions.

Avant d’intégrer de nouvelles venues, Hoda Kamosh, poétesse de 26 ans, ex-employée d’une ONG œuvrant à renforcer l’autonomie des femmes, s’assure que l’on puisse leur faire confiance, qu’elles soient engagées.

Un des tests consiste à leur demander de préparer rapidement banderoles ou slogans. Les plus rapides sont souvent les plus déterminées, pense Hoda, au regard vif et au tempérament énergique.

Une fois, elles ont donné à une postulante un faux rendez-vous pour manifester. Les talibans sont arrivés sur place en avance, elles ont coupé les ponts avec cette femme soupçonnée de les avoir prévenus.

Le noyau dur des activistes utilise un numéro de téléphone dédié pour se coordonner avant chaque action. Ce numéro est ensuite déconnecté pour s’assurer qu’il ne soit pas tracé. Hoda, dont le mari a été menacé, a déjà dû changer plusieurs fois de numéro.

Le message n’est envoyé au plus grand nombre que quelques heures avant le rendez-vous. Les femmes arrivent par groupes de deux ou trois, se postent devant des magasins faisant mine d’être des clientes. Avant de se rassembler précipitamment à la dernière minute en déployant des banderoles et en entonnant des slogans : « Égalité ! Égalité ! Assez des restrictions ».

Immanquablement, elles sont vite encerclées par des combattants talibans qui les refoulent, leur crient dessus ou pointent leurs armes sur elles.

L’une d’elles se souvient avoir donné une claque à un taliban. Une autre d’avoir continué à scander des slogans une arme dans le dos.

« Quand la manifestation est terminée, on se change pour ne pas être reconnues avec un voile et une robe que nous emportons généralement avec nous », explique Hoda.

Raids de nuit

Mais cela devient de plus en plus dangereux.

Les talibans « ne tolèrent pas la contestation. Ils ont battu d’autres manifestants, tabassé très brutalement des journalistes couvrant les rassemblements. Ils ont recherché des manifestantes et organisatrices de manifestations après-coup », énumère Heather Barr, chercheuse spécialisée dans les droits des femmes chez Human Rights Watch (HWR).

Mi-janvier, les talibans ont pour la première fois usé de gaz lacrymogène contre des militantes qui avaient peint des taches rouge sang sur une burka blanche pour protester contre le port de ce voile intégral grillagé au niveau des yeux, symbole de l’oppression des femmes dans ce pays.

Quelques jours plus tard, deux des manifestantes – Tamana Zaryabi Paryani et Parwana Ibrahimkhel – étaient appréhendées lors d’une série de raids menés dans la nuit du 19 janvier, selon les activistes.

Dans une vidéo dramatique diffusée sur les réseaux sociaux juste avant que l’on ne s’empare d’elle, Mme Paryani appelle à l’aide : « S’il vous plaît, aidez-moi ! Les talibans sont venus chez nous. […] Mes sœurs sont là », s’affole-t-elle.

On la voit ensuite conjurer à travers la porte de ne pas entrer chez elle. « Si vous voulez discuter, nous discuterons demain. Je ne peux pas vous voir en pleine nuit avec les filles (à la maison). Je ne veux pas (ouvrir)… S’il vous plaît ! Aidez-moi, aidez-moi ! »

L’ONU et HRW ont appelé le nouveau régime à enquêter sur leur disparition. La Haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Michelle Bachelet a exprimé son inquiétude.

Dimanche, près d’un mois après leur arrestation, la mission de l’ONU en Afghanistan (Manua) a annoncé la libération, « par les autorités » talibanes, de Tamana Zaryabi Paryani et Parwana Ibrahimkhel, ainsi que de deux autres militantes, Mursal Ayar et Zahra Mohammadi, arrêtées elles début février.

Le porte-parole du gouvernement, Zabihullah Mujahid, a nié toute implication des talibans. Tout en précisant que les autorités avaient « le droit d’arrêter et d’écrouer les opposants ou ceux qui violent la loi ».

Plusieurs des femmes interviewées par l’AFP avant ces disparitions ont décidé depuis de se cacher, faisant état de « menaces ininterrompues ».

Réseaux sociaux

« Ces femmes […] ont dû créer quelque chose à partir de rien », souligne Heather Barr de HWR. « Il y a beaucoup de militantes très expérimentées qui ont travaillé en Afghanistan pendant des années […], mais presque toutes sont parties après le 15 août. »

Au fil des mois, elles ont appris à s’adapter. Au début, les manifestations prenaient fin dès qu’une femme était agressée. Maintenant, explique Hoda, dans de tels cas deux militantes s’occupent de la victime et les autres continuent leur action.

Comme les talibans empêchent les journalistes de couvrir ces rassemblements, elles utilisent des téléphones intelligents haut de gamme pour prendre photos et vidéos qu’elles postent ensuite sur les réseaux sociaux.

Les images, où on les voit souvent montrer leur visage en un geste de défiance, sont ensuite relayées dans le monde entier.

Un autre groupe de femmes, plus modeste, cherche à se concentrer sur des formes de protestation qui évitent la confrontation directe avec les islamistes.

« Quand je suis dehors dans les rues, mon cœur et mon corps tremblent », explique Wahida Amiri, ex-bibliothécaire de 33 ans déjà engagée contre la corruption sous l’ancien gouvernement.

La jeune femme retrouve parfois des amies dans le secret d’une maison où elles filment et postent des images de veillées à la chandelle au cours desquelles elles déploient des banderoles demandant le droit à l’éducation et au travail.

À coups aussi d’articles et de débats sur Twitter ou sur l’application de conversations audio Clubhouse, elles ont l’espoir que les réseaux sociaux permettront au monde de prendre conscience de leur sort.

Ailleurs dans le pays, des manifestations plus sporadiques ont été organisées comme à Bamiyan (centre), à Hérat (nord-ouest) ou à Mazar-i-Sharif (nord).

« Il se peut qu’on échoue. Tout ce que nous voulons, c’est faire résonner la voix de l’équité et qu’au lieu de cinq femmes, des milliers nous rejoignent », explique Wahida Amiri.

Car « si nous ne nous battons pas pour notre avenir aujourd’hui », dit Hoda Kamosh, « l’histoire de l’Afghanistan se répètera. »