(Cameroon) Les Nations Unies ont reçu des « allégations crédibles » selon lesquelles plus de 100 anciens membres du gouvernement afghan, ses forces de sécurité et ceux qui travaillaient avec les troupes internationales ont été tués depuis que les talibans ont pris le contrôle du pays le 15 août, a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres.

Publié le 30 janvier
Edith M. Lederer Associated Press

Dans un rapport obtenu dimanche par l’Associated Press, M. Guterres a déclaré que « plus des deux tiers » des victimes résulteraient d’exécutions extrajudiciaires commises par les talibans ou leurs affiliés, malgré l’annonce par les talibans d’« amnisties générales » pour les personnes liées à l’ancien gouvernement et les forces de la coalition dirigée par les États-Unis.

La mission politique de l’ONU en Afghanistan a également reçu « des allégations crédibles d’exécutions extrajudiciaires d’au moins 50 personnes soupçonnées d’être affiliées à l’ISIL-KP », un groupe extrémiste de l’État islamique opérant en Afghanistan, a déclaré António Guterres dans le rapport au Conseil de sécurité de l’ONU.

Il a ajouté qu’en dépit des assurances des talibans, la mission politique de l’ONU a également reçu des allégations crédibles « de disparitions forcées et d’autres violations portant atteinte au droit à la vie et à l’intégrité physique » d’anciens membres du gouvernement et de la coalition.

António Guterres a déclaré que les défenseurs des droits de la personne et les travailleurs des médias continuent également « d’être attaqués, intimidés, harcelés, arrêtés arbitrairement, maltraités et tués ».

Huit militants de la société civile ont été tués, dont trois par les talibans et trois par des extrémistes de l’État islamique, et 10 ont fait l’objet d’arrestations temporaires, de coups et de menaces de la part des talibans, a déclaré M. Guterres. Deux journalistes ont été tués – un par l’EI – et deux ont été blessés par des inconnus armés.

Le Secrétaire général a ajouté que les missions de l’ONU avaient documenté 44 cas d’arrestations temporaires, de violences physiques et de menaces d’intimidation, dont 42 perpétrées par les talibans.

Les talibans ont envahi la majeure partie de l’Afghanistan alors que les forces américaines et de l’OTAN en étaient aux dernières étapes de leur retrait chaotique du pays après 20 ans. Les talibans sont entrés à Kaboul le 15 août sans aucune résistance de la part de l’armée afghane ou du président du pays, Ashraf Ghani, qui a pris la fuite.

Les talibans ont initialement promis une amnistie générale pour les personnes liées à l’ancien gouvernement et aux forces internationales, ainsi que la tolérance et l’inclusion envers les femmes et les minorités ethniques. Cependant, ils ont renouvelé les restrictions imposées aux femmes et nommé un gouvernement entièrement masculin, ce qui a suscité la consternation de la communauté internationale.

L’économie afghane, dépendante de l’aide internationale, trébuchait déjà lorsque les talibans ont pris le pouvoir, et la communauté internationale a gelé les avoirs de l’Afghanistan à l’étranger et interrompu son soutien économique, rappelant la réputation de brutalité des talibans pendant leur règne de 1996-2001 et leur refus d’éduquer les filles ainsi que de permettre aux femmes de travailler.

Selon António Guterres, « La situation en Afghanistan reste précaire et incertaine six mois après la prise de pouvoir des talibans alors que les multiples chocs politiques, socio-économiques et humanitaires se répercutent dans tout le pays. »

Il a affirmé que l’Afghanistan est confronté à de multiples crises : une urgence humanitaire croissante, une contraction économique massive, la paralysie de ses systèmes bancaires et financiers, la pire sécheresse en 27 ans et l’incapacité des talibans à former un gouvernement inclusif et à rétablir le droit des filles à l’éducation et les femmes au travail.

« On estime que 22,8 millions de personnes seront en situation d’insécurité alimentaire et d’urgence jusqu’en mars 2022, a déclaré le Secrétaire général de l’ONU. Près de 9 millions d’entre eux seront à des niveaux d’insécurité alimentaire “d’urgence” –le nombre le plus élevé au monde. La moitié des enfants de moins de cinq ans sont confrontés à une malnutrition aiguë. »

Sur une note positive, António Guterres a signalé « une baisse significative » du nombre total d’incidents de sécurité liés au conflit ainsi que de victimes civiles depuis la prise de pouvoir des talibans. L’ONU a enregistré 985 incidents liés à la sécurité entre le 19 août et le 31 décembre, soit une diminution de 91 % par rapport à la même période en 2020, a-t-il précisé.

Les régions de l’est, du centre, du sud et de l’ouest ont représenté 75 % de tous les incidents enregistrés, a ajouté le Secrétaire général de l’ONU. Nangarhar, Kaboul, Kunar et Kandahar étant les provinces les plus touchées par le conflit

Malgré la réduction de la violence, António Guterres a déclaré que les talibans sont confrontés à plusieurs défis, notamment l’augmentation des attaques contre leurs membres.

« Certaines sont attribuées au Front national de résistance, composé de personnalités de l’opposition afghane, et à ceux associés à l’ancien gouvernement, a-t-il déclaré. Ces groupes opèrent principalement dans la province du Panjshir et dans le district d’Andarab à Baghlan, mais n’ont pas fait de percées territoriales significatives », bien que « des affrontements armés soient régulièrement documentés, ainsi que des déplacements forcés et des pannes de communication ».

António Guterres a déclaré que les tensions intratalibanes selon des critères ethniques et la concurrence pour les emplois ont également entraîné des violences, soulignant des affrontements armés le 4 novembre entre les forces talibanes dans la ville de Bamyan.

Dans le rapport, le Secrétaire général a proposé des priorités pour la mission politique de l’ONU dans l’environnement actuel, a appelé à un soutien international pour prévenir la faim généralisée et l’effondrement économique du pays, et a exhorté les talibans à garantir les droits des femmes et les droits de la personne.