(Nations unies) Les talibans doivent reconnaître « les droits humains fondamentaux des femmes et des filles » et des fonds afghans gelés doivent être libérés pour que des familles n’aient plus à vendre « leurs bébés pour acheter de la nourriture », a affirmé mercredi le chef de l’ONU, des demandes reprises par le chargé d’affaires afghan aux Nations unies.

Publié le 26 janvier
Agence France-Presse

« Nous exhortons les talibans à saisir ce moment et à gagner la confiance et la bonne volonté de la communauté internationale en reconnaissant — et en défendant — les droits humains fondamentaux qui appartiennent à chaque fille et femme », a dit le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, lors d’une réunion du Conseil de sécurité.

« Je suis profondément préoccupé par les récentes informations faisant état d’arrestations arbitraires et d’enlèvements de militantes » et « je demande fermement leur libération », a ajouté le chef de l’ONU.

PHOTO DAMIR SAGOLJ, ARCHIVES REUTERS

Une fillette afghane assise devant une femme portant la burka, à Kaboul.

Chargé d’affaires à l’ONU pour l’Afghanistan depuis le retrait à la mi-décembre d’un ambassadeur démis de ses fonctions par les talibans, Naseer Ahmad Faiq a pris la parole en fin de réunion, en affirmant parler « au nom du peuple afghan » et non à celui de l’ex-gouvernement renversé par les talibans en août.

« J’appelle les talibans à mettre fin (aux) violations des droits humains » dénoncées par des ONG, « à honorer leur amnistie générale, à permettre aux femmes de travailler et à ouvrir les portes des écoles et des universités aux filles », a-t-il dit. « Je demande aux talibans de fournir des informations sur le sort » des militantes disparues récemment « et de les libérer immédiatement », a aussi souligné Naseer Ahmad Faiq.

Le diplomate a enfin réclamé au Conseil de sécurité de convoquer une conférence internationale pour des discussions inter-afghanes visant à aboutir à « la formation d’un gouvernement inclusif et responsable, à réformer la Constitution et permettre aux Afghans d’élire leurs dirigeants lors d’élections ».

Antonio Guterres avait au préalable réclamé à la communauté internationale de renforcer son soutien au peuple afghan, notamment en libérant des fonds gelés à Washington par la Banque mondiale et les États-Unis, alors que « l’Afghanistan est sur le fil du rasoir ».

Vente de bébés

 « Plus de la moitié des Afghans sont confrontés à des niveaux extrêmes de faim et certaines familles vendent leurs bébés pour acheter de la nourriture », a-t-il affirmé.

L’ambassadeur de la Chine à l’ONU, Zhang Jun, a évoqué à ce propos le cas d’une femme « ayant vendu ses deux filles et un rein » pour pouvoir nourrir sa famille. « C’est une tragédie humaine », a-t-il dénoncé, en réclamant implicitement aux États-Unis la levée des sanctions et d’œuvrer pour un gel des avoirs imposés à l’Afghanistan.

 « Nous devons relancer l’économie afghane avec davantage de liquidités », a aussi fait valoir le secrétaire général de l’ONU, en réclamant à la Banque mondiale de débloquer urgemment 1,2 milliard de dollars d’un fonds qu’elle gère pour la reconstruction de l’Afghanistan et qui a été gelé depuis l’arrivée au pouvoir des talibans en août.

 « Sans action, des vies seront perdues, et le désespoir et l’extrémisme augmenteront, tandis qu’un effondrement de l’économie afghane pourrait entraîner un exode massif de personnes fuyant le pays », a-t-il averti.

L’ONU continue de réclamer un assouplissement des sanctions qui empêchent la fourniture complète des services essentiels et qui continuent de priver l’économie de liquidités, a déclaré de son côté, lors d’une liaison vidéo avec le Conseil, l’émissaire de l’ONU en Afghanistan, Deborah Lyons.

 « En raison de la crise de liquidité et de l’incapacité des banques à fonctionner, nous sommes confrontés à une situation extraordinaire où les gens ont de l’argent en banque, mais n’y ont pas pleinement accès pour nourrir leur famille ou gérer leur entreprise », a-t-elle ajouté.

Présidée par le premier ministre norvégien, Jonas Gahr Store, dont le pays dirige le Conseil de sécurité en janvier, la session de ses 15 membres mercredi vise à préciser les contours du mandat de la mission politique de l’ONU en Afghanistan. Celui-ci arrive à échéance le 17 mars et doit être revu en profondeur pour tenir compte du retour au pouvoir des talibans.