(Kaboul) Une centaine de femmes voilées ont manifesté mercredi à Kaboul pour exprimer leur soutien au régime taliban et réclamer le déblocage des avoirs gelés par les pays occidentaux, au moment où l’Afghanistan s’enfonce dans une profonde crise humanitaire.

Publié le 26 janvier
Agence France-Presse

Lors de ce rassemblement organisé par les talibans, la plupart des manifestantes portaient la burqa, un voile intégral grillagé au niveau des yeux, ou le niqab, qui couvre lui aussi le visage, mais laisse apparaître les yeux, a constaté un journaliste de l’AFP.

Rassemblées devant l’ancienne ambassade américaine, elles ont brandi des banderoles en anglais, pachtoune et dari, pour affirmer leur « soutien à l’Émirat islamique », le nom donné par les talibans à leur régime, et réclamer « le déblocage de l’argent gelé ».

Depuis leur prise de pouvoir en août à la faveur du retrait des troupes américaines, les talibans règnent sur un Afghanistan confronté à une grave crise humanitaire.  

L’aide internationale, qui représentait environ 80 % du budget, s’est soudainement arrêtée et les États-Unis ont gelé 9,5 milliards de dollars d’avoirs de la Banque centrale afghane. La famine menace aujourd’hui 55 % de la population, selon l’ONU.

« Les États-Unis devraient immédiatement débloquer l’argent de l’Afghanistan », a déclaré Basri Deedar, une directrice d’école privée en tête du rassemblement.  

« La communauté internationale ne devrait pas prendre les droits des femmes comme prétexte pour harceler les Afghans », a-t-elle ajouté.

Ce rassemblement, encadré par des combattants armés, a eu lieu au lendemain de la visite inédite et controversée d’une délégation talibane en Norvège.

Lors de ce premier déplacement des islamistes en Europe, les diplomaties occidentales ont lié la reprise de l’aide internationale au respect des droits humains, en particulier ceux des femmes.

Aucun État n’a pour l’instant reconnu le régime taliban et la communauté internationale attend de voir comment les islamistes vont gouverner le pays, après avoir largement piétiné les droits humains lors de leur précédent règne entre 1996 et 2001.

Les talibans assurent s’être modernisés, mais les femmes sont largement exclues des emplois de fonctionnaires et les écoles secondaires pour filles restent pour la plupart fermées.

La semaine dernière, deux militantes des droits des femmes ont été enlevées à Kaboul. Le régime nie être impliqué dans ces disparitions.

Ces militantes « qui agissent contre les valeurs islamiques et nationales […] ne sont pas représentatives des femmes afghanes », a estimé Mme Deedar.

Depuis août, les talibans dispersent toutes les manifestations qui ne leur sont pas favorables dans la capitale afghane.