(Ryad) La coalition dirigée par l’Arabie saoudite au Yémen a nié samedi toute responsabilité dans une frappe contre une prison tenue par les rebelles houthis qui a fait au moins 70 morts et une centaine de blessés, une attaque condamnée par l’ONU.

Mis à jour le 22 janvier
Agence France-Presse

Depuis 2015, Riyad est à la tête d’une coalition militaire qui appuie les forces progouvernementales yéménites face aux houthis proches de l’Iran. Les rebelles, qui contrôlent une large partie du nord du pays, ont accusé la coalition du bombardement.

La frappe menée vendredi contre une prison de Saada, fief des houthis dans le Nord, a tué au moins 70 personnes et en a blessé 138, selon l’ONG Médecins sans frontières (MSF).

Ce bilan ne concerne qu’un seul hôpital de Saada, « deux autres établissements ayant accueilli de nombreux blessés ». « Des recherches se poursuivent dans les décombres », a ajouté MSF.  

« Désinformation »

PHOTO ANSAR ALLAH MEDIA OFFICE VIA AP

Un homme au visage ensanglanté reçoit de l’aide pour sortir de la prison.

Huit ONG, notamment Action contre la Faim, Oxfam et Save the Children, ont indiqué dans un communiqué commun que parmi les morts figureraient des migrants, dénonçant une « indifférence flagrante » pour la vie des civils.

La coalition, dont les Émirats arabes unis font partie, a nié avoir ciblé le centre de détention de Saada, accusant les houthis de « désinformation ».

Dans un communiqué, cité par l’agence de presse officielle saoudienne SPA, elle a dit avoir examiné les allégations rebelles, avant de conclure qu’elles étaient « fausses ».

Les insurgés ont de leur côté diffusé une vidéo montrant des images présentées comme les conséquences de la frappe à Saada : bâtiments détruits, secouristes dégageant des corps et cadavres mutilés.  

Les États-Unis ont appelé à la « désescalade ». Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a lui condamné « les frappes de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite » et réclamé « des enquêtes efficaces ».

L’Iran a aussi condamné les frappes et averti que ces bombardements rendraient le processus de paix « plus difficile ».

En plus de sept ans de guerre, toutes les parties au conflit ont été accusées de « crimes de guerre » par des experts de l’ONU.  Mise en cause pour de multiples « bavures », la coalition a reconnu des « erreurs » et accuse les rebelles d’utiliser les civils comme boucliers humains.

L’ONU tente en vain depuis plusieurs années de mettre fin à ce conflit dévastateur qui a fait, selon elle, 377 000 morts et poussé une population de 30 millions d’habitants au bord d’une famine à grande échelle.

Jeudi, la coalition a en revanche confirmé avoir ciblé la ville portuaire de Hodeïda aux mains des houthis, par où transite la majeure partie de l’aide internationale destinée au pays, confronté à l’une des pires crises humanitaires au monde.

Au moins trois enfants ont été tués alors qu’« ils jouaient apparemment sur un terrain de football », selon l’ONG Save the Children.

internet toujours coupé

La coalition a déclaré avoir frappé à Hodeïda une « plaque tournante de la piraterie et du crime organisé ». Après le raid, l’internet a été coupé dans le pays et n’avait toujours pas été rétabli samedi soir.

L’organisation NetBlocks a parlé d’une coupure « à l’échelle nationale ». « Il n’y a aucun signe de son rétablissement », a-t-elle déclaré à l’AFP.

En Arabie saoudite, les forces de défense antiaérienne ont intercepté et détruit vendredi soir un missile tiré de Saada vers la région de Khamis Mushait (sud), qui abrite une grande base aérienne, d’après la coalition.

Les raids de la coalition se sont intensifiés ces derniers jours au Yémen après la revendication par les houthis d’attaques qui ont fait trois morts à Abou Dabi, capitale des Émirats. Le pays du Golfe avait averti qu’il riposterait.

Le 3 janvier, les houthis, qui contrôlent de vastes pans du territoire yéménite, avaient détourné un navire battant pavillon des Émirats en mer Rouge, aggravant davantage les tensions alors que la coalition gagne du terrain dans des provinces disputées.

La coalition avait ensuite averti qu’elle bombarderait les ports de Hodeïda qui ont été, selon elle, militarisés par les rebelles et leurs partenaires iraniens.