(Sanaa) Au moins 14 personnes ont été tuées à Sanaa dans la nuit de lundi à mardi dans des raids de la coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite en riposte à une attaque meurtrière des rebelles yéménites aux Émirats arabes unis.

Publié le 18 janvier
Agence France-Presse

L’attaque menée lundi à l’aide de drones et revendiquée par les rebelles houthis, la première à faire des morts sur le sol émirati, a été vivement condamnée à l’étranger, notamment par les États-Unis et la France.

En riposte, la coalition — dont les Émirats sont membres — qui combat depuis 2015 les insurgés yéménites a multiplié depuis lundi soir les raids de représailles sur la capitale du Yémen, contrôlée par les rebelles.

« Le nombre de victimes des bombardements est passé à 14 morts et 11 blessés » a indiqué à l’AFP une source médicale à Sanaa. Le bilan précédent faisait état de 11 morts.

Des habitants de la capitale dégageaient mardi les gravats dans l’espoir de retrouver des survivants dans les décombres, alors que deux bâtiments ont été soufflés par les raids.

Un témoin a dit à l’AFP avoir vu 11 cadavres alors qu’il était à la recherche de proches et qu’un bulldozer déblayait les lieux.  

« Nous continuons de chercher des blessés et des martyrs dans les décombres », a déclaré à l’AFP ce témoin, Akram al-Ahdal.  

Les rebelles ont de leur côté annoncé la mort d’un général, Abdallah Qassem Al-Jounaid, directeur de la faculté d’aviation et de défense aérienne.  

Ce responsable a été tué « avec des membres de sa famille, un crime odieux commis par l’aviation de l’agresseur (la coalition) qui a visé son domicile lundi soir », selon l’agence de presse des rebelles Saba.

La coalition, qui avait menacé lundi de « riposter » à l’acte « terroriste » des rebelles yéménites, a lancé de nouvelles frappes mardi sur la capitale, disant viser « des camps et des quartiers généraux des houthis », a tweeté la chaîne de télévision publique saoudienne Al-Ekhbariya.

Nouveaux fronts

Les houthis ont affirmé lundi sur leur chaîne Al-Massira avoir « ciblé des installations et site émiratis importants et sensibles » à l’aide de missiles balistiques et de drones.

A Abou Dabi, trois camions-citernes ont explosé « près des réservoirs de stockage » de la compagnie pétrolière d’Abou Dabi, entraînant la mort de deux ressortissants indiens et d’un pakistanais, avait pour sa part indiqué lundi l’agence officielle émiratie WAM, faisant état de six blessés.

L’attaque des rebelles a ouvert un nouveau front dans la guerre au Yémen et réduit encore un peu plus les espoirs d’un règlement du conflit, qui a déplacé des millions de personnes dans ce qui était déjà le pays le plus pauvre de la péninsule arabique.  

« Il n’y a pas de fin en vue pour la guerre au Yémen », a déclaré à l’AFP Elisabeth Kendall, chercheuse spécialisée à l’Université britannique d’Oxford.  

« Au contraire, le conflit s’intensifie et de nouveaux fronts s’ouvrent, à la fois au niveau national et maintenant au niveau régional », observe-t-elle.

Les États-Unis ont promis de « faire rendre des comptes » aux insurgés, tandis que le Royaume-Uni, la France et l’Union européenne ont également condamné ces attaques.  

« Ces attaques menacent la sécurité des Émirats arabes unis et la stabilité régionale », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.  

Revers pour les rebelles

L’attaque contre Abou Dabi fait suite à une recrudescence des combats au Yémen, où la Brigade des Géants, formée par les Émirats arabes unis, a opéré des avancées, chassant les rebelles de la province de Chabwa (sud).  

Ce revers a porté un coup à une campagne lancée il y a plusieurs mois par les houthis pour prendre le contrôle de Marib, chef-lieu de la province voisine et dernier bastion du gouvernement dans le nord du Yémen largement contrôlé par les rebelles.  

Au début du mois, les houthis ont saisi en mer Rouge un bateau battant pavillon des Émirats arabes unis, qui transportait selon eux du matériel militaire, une affirmation contestée par la coalition et Abou Dabi. Les 11 membres d’équipage, dont sept ressortissants indiens, sont toujours retenus en otage.

La coalition intervient au Yémen pour appuyer les forces gouvernementales contre les rebelles, qui s’étaient emparés de la capitale Sanaa en 2014.

Selon l’ONU, le conflit a fait 377 000 morts, victimes directes et indirectes d’une guerre qui dure depuis plus de sept ans.