(Vienne) « Aucune avancée » : le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), revenu la veille de Téhéran, a livré mercredi un constat alarmant, alors que l’escalade du programme nucléaire iranien et la restriction des inspections inquiètent la communauté internationale.

À quelques jours de la reprise prévue lundi à Vienne des négociations pour sauver l’accord censé empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique, suspendues depuis juin, l’ambiance est très tendue.

« Les discussions ont été constructives, mais nous n’avons pas pu parvenir à un accord malgré tous mes efforts », a déclaré aux journalistes Rafael Grossi, au premier jour d’un Conseil des gouverneurs de l’AIEA dans la capitale autrichienne.

Après des semaines d’un « silence » qu’il avait qualifié de « stupéfiant », il espérait faire des progrès sur plusieurs sujets de contentieux avec Téhéran. Mais « clairement, non, nous n’avons pas pu avancer », a-t-il lâché.

Du côté iranien, on souligne toutefois que « le travail va continuer » après d’intenses efforts jusqu’au dernier moment, selon l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA). Le ministre des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian s’est même montré positif, évoquant « la publication d’une déclaration commune dès que possible », selon des propos rapportés par l’agence officielle Irna.

« Incompatibles »

L’AIEA s’inquiète de la restriction des inspections depuis février par le gouvernement iranien, qui « entrave sérieusement » les activités de vérification, selon un récent rapport.

Autre question en suspens : la situation de quatre sites non déclarés, où des matières nucléaires ont été détectées.

Le traitement des inspecteurs de l’AIEA fait aussi l’objet de préoccupations, alors que plusieurs d’entre eux ont été « soumis à des fouilles excessivement intrusives par des agents de sécurité », selon l’instance.

Chaque pays s’engage légalement à « protéger les agents de toute intimidation », a précisé le chef de l’AIEA. « Mais nos collègues iraniens », invoquant des raisons de sécurité, « ont mis en place une série de mesures qui sont tout simplement incompatibles avec cela ».

« Le sujet a été abordé et j’espère que de tels incidents ne se reproduiront pas », a souligné Rafael Grossi.

Arrivé lundi soir à Téhéran, il avait rencontré le directeur de l’OIEA, Mohammad Eslami, et le chef de la diplomatie iranienne.

« Au vu de l’issue des consultations », il a préféré annuler à la dernière minute le point presse prévu mardi soir à son retour à l’aéroport de Vienne.

L’Union européenne (UE) s’est déclarée « profondément inquiète de ces discussions non concluantes », dans une déclaration devant le Conseil des gouverneurs.

« Pas les bras croisés »

« Nous approchons du point où je ne pourrai plus garantir la continuité des connaissances » sur le programme nucléaire iranien, a averti le directeur général de l’AIEA.

Or il s’agit d’un élément-clé de l’accord international sur le nucléaire iranien, conclu en 2015 à Vienne, mais moribond à la suite du retrait en 2018 des États-Unis.

Après cinq mois de suspension, les négociations indirectes entre Téhéran et Washington, par l’intermédiaire des autres pays encore parties à l’accord (Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni, Russie), doivent reprendre lundi.

« La décision de l’Iran de ne pas coopérer » avec l’AIEA « est un mauvais signe s’agissant de leur volonté réelle de négocier pour aboutir à une entente », a estimé un porte-parole de la diplomatie américaine. Il a toutefois estimé qu’il était encore possible de sauver « rapidement » l’accord de 2015.

Ce texte offrait à Téhéran la levée d’une partie des sanctions qui étouffent son économie en échange d’une réduction drastique de son programme nucléaire, placé sous un strict contrôle de l’ONU.

Mais les États-Unis ont quitté unilatéralement le pacte sous la présidence de Donald Trump et rétabli les mesures punitives.

En retour, l’Iran a progressivement abandonné ses engagements et son stock d’uranium hautement enrichi a nettement augmenté depuis le début de l’année.

L’émissaire américain Rob Malley a jugé, selon les extraits d’un entretien à la radio publique américaine NPR publiés mercredi, que les actes iraniens au cours des derniers mois n’étaient « pas de bon augure pour les négociations ».

Ce fervent partisan de l’accord de 2015, qu’il a contribué à négocier, prévient : « S’ils traînent des pieds à la table des négociations, tout en accélérant le rythme avec leur programme nucléaire […], alors, bien entendu, nous ne serions pas prêts à rester les bras croisés ».

« Les options dont dispose l’Amérique sont, vous le savez, connues de tous », a-t-il ajouté, laissant à nouveau planer la menace d’une action militaire.