(Jérusalem) Israël a annoncé dimanche la construction prévue de 1355 nouveaux logements dans des colonies juives de Cisjordanie occupée, une décision dénoncée par les Palestiniens et qui témoigne des difficultés d’arbitrage de la nouvelle coalition au pouvoir.

Michael BLUM Agence France-Presse

Le ministre de la Construction Zeev Elkin a indiqué dans un communiqué avoir lancé des appels d’offres pour ces nouveaux logements dans différentes colonies en Cisjordanie, territoire occupé par Israël depuis 1967.

Ces nouveaux logements doivent s’ajouter aux quelque 2000 annoncés en août par les autorités et qui doivent obtenir cette semaine un feu vert définitif du ministère de la Défense.

« Le renforcement de la présence juive (en Cisjordanie) est essentiel dans la vision sioniste », a déclaré M. Elkin, membre du parti de droite Nouvel Espoir, membre de la coalition gouvernementale dirigée par Naftali Bennett, chef du parti de droite nationaliste Yamina.

Le gouvernement, qui regroupe des formations de droite, du centre, de gauche et un parti arabe, a mis fin en juin à douze ans de règne de Benyamin Nétanyahou.

Ces nouveaux logements doivent être construits dans sept colonies, notamment 729 à Ariel (nord), 346 à Beit-El (près de Ramallah) et 102 à Elkana (nord-ouest), ont détaillé les autorités israéliennes.

Le premier ministre palestinien Mohammed Shtayyeh a rapidement dénoncé ce projet, appelant la communauté internationale à « faire payer à Israël le prix de ses agressions » contre les Palestiniens, « particulièrement après cette vague de construction dans les colonies ».

Au moins 675 000 Israéliens habitent aujourd’hui dans des colonies à Jérusalem-Est et en Cisjordanie occupée, où vivent au total plus de trois millions de Palestiniens. Or ces colonies sont contraires au droit international.  

La Jordanie, pays voisin d’Israël où plus de la moitié de la population est d’origine palestinienne, a elle dénoncé « une violation du droit international » qui « met en péril la solution à deux États et la chance d’arriver à une paix juste ».

« Équilibre fragile »

L’ONG israélienne anti-colonisation « La paix maintenant » s’est aussi opposée cette annonce, affirmant que le nouveau gouvernement n’était « pas un gouvernement de changement ».

« Il est triste de constater que quand l’extrême droite se félicite de la quasi-annexion de la Palestine par l’État d’Israël, les partisans au sein du gouvernement de la solution à deux États (une Palestine indépendante aux côtés de l’État hébreu, NDLR) restent muets », a commenté l’ONG.

Cette annonce intervient alors que le gouvernement a pris parallèlement des mesures pour améliorer le quotidien des Palestiniens, sans toutefois aborder la question délicate de la relance du processus de paix.

De plus, la coalition doit faire adopter d’ici la mi-novembre un budget d’État par les parlementaires, sans quoi de nouvelles élections seront déclenchées.

Or, selon les derniers sondages, de nouvelles élections pourraient notamment mener à une réduction du nombre de sièges pour des partis de droite membre de cette coalition hétéroclite.  

Pour Moshé Hellinger, professeur de sciences politiques à l’Université Bar Ilan, près de Tel-Aviv, « les partis de droite au sein du gouvernement ont besoin de prouver à leurs électeurs qu’ils défendent leurs intérêts malgré l’union avec des partis de gauche ».

« L’existence de ce gouvernement tient à un équilibre fragile qui oblige chaque parti à avaler des couleuvres pour maintenir l’unité au-delà des divergences idéologiques », a déclaré M. Hellinger dimanche à l’AFP.

« Ce gouvernement ne signera pas d’accord de paix avec les Palestiniens, mais n’ira pas trop loin non plus dans le développement des colonies afin de rester au pouvoir », a-t-il ajouté.

Peu après l’annonce de nouvelles constructions dans les colonies, l’État hébreu a annoncé en soirée l’octroi de 9000 nouveaux permis de travail en Israël pour des Palestiniens.