(Kaboul) Les talibans ont organisé dimanche à Kaboul leur premier grand rallye de victoire, une démonstration de force ternie par un attentat à la bombe, qui a fait plusieurs morts aux abords de l’une des principales mosquées de la capitale.  

Emal HAIDARY et James EDGAR à Kaboul Agence France-Presse

Un responsable gouvernemental, qui a requis l’anonymat, a fait état auprès de l’AFP d’au moins cinq personnes tuées et de 11 blessées. Parmi les victimes se trouvaient des civils et des talibans.  

« Nous avons aussi arrêté trois personnes liées à l’explosion », a ajouté cette source.

L’attaque a eu lieu à l’entrée de la mosquée Id Gah, la deuxième mosquée de la ville, où se tenait une prière funéraire pour la mère d’un haut responsable taliban, Zabihullah Mujahid, porte-parole du gouvernement et figure du mouvement.  

Le porte-parole a fait état de l’explosion sur Twitter, sans faire néanmoins de lien avec sa cérémonie familiale. La veille, les talibans avaient largement relayé sur les réseaux sociaux le lieu et l’heure de la cérémonie.

Selon le responsable gouvernemental, la bombe, placée à l’entrée de la mosquée, a été activée au moment où les fidèles quittaient l’édifice après avoir présenté leurs condoléances à M. Mujahid et ses proches.  

La dernière attaque mortelle à Kaboul, remonte au 26 août : 72 personnes avaient été tuées et plus de 150 blessées dans un attentat perpétré à l’aéroport, revendiqué par le groupe État islamique (EI).

Sous le nom EI-K (État islamique Province du Khorasan), l’EI a revendiqué certaines des attaques les plus sanglantes commises ces dernières années en Afghanistan et voue une haine tenace et réciproque aux talibans.  

Rallye de victoire

Plus tôt dans la journée, les talibans avaient organisé un premier grand rallye de la victoire dans la capitale, sur un terrain situé dans un faubourg de Kaboul.

À l’extérieur, des dizaines de gardes lourdement armés encadraient le rassemblement, tandis qu’arrivaient en camionnette les combattants talibans, accueillis sur leur passage par des banderoles en hommage au martyr, a constaté un journaliste de l’AFP.

PHOTO JORGE SILVA, REUTERS

Un membre des talibans s’est installé dans la boîte d’une camionnette qui circule dans les rues de Kaboul, le 3 octobre

« L’Amérique vaincue. Impossible. Impossible. Mais possible ! », claironnait l’un des chants diffusés pour les accueillir dans une rare manifestation de musique, théoriquement prohibée par le mouvement islamiste.

Environ 1500 sympathisants du mouvement, uniquement des hommes ou des garçons, désarmés pour la majorité, avaient pris place pour écouter près de quatre heures de discours.  

PHOTO HOSHANG HASHIMI, AGENCE FRANCE-PRESSE

Des sympathisants talibans assistant au rassemblement

« C’est le jour que nous attendions », a déclaré à la tribune Khalil Haqqani, le nouveau ministre des Réfugiés qui en 2011 avait été placé par les États-Unis sur la liste des terroristes recherchés, avec une prime de 5 millions de dollars. Il est un éminent dirigeant du réseau de combattants taliban dit Haqqani fondé par son frère Jalaluddin.

« Nous avons atteint notre objectif, mais cela nécessite une protection », a-t-il déclaré lors de ce rassemblement qui s’est tenu dans la commune de Kohdaman. Son fusil appuyé contre le pupitre, il a assuré un « avenir radieux » pour le pays malgré la réprobation quasi unanime de la communauté internationale.  

« Mon conseil au monde est qu’ils laissent l’Afghanistan à l’Afghanistan », a-t-il conclu.

Évacuations vers le Qatar

Sept semaines après la prise de pouvoir éclair des combattants islamistes, « l’Émirat islamique », le nouveau régime décrété par les talibans, lutte pour asseoir sa légitimité auprès de la population, comme du reste des nations.

En face de ces démonstrations de force orchestrées par les talibans, l’opposition civile aux talibans est devenue impossible en Afghanistan où les manifestations sont interdites et celles de femmes, violemment reprimées.  

Aucun pays n’a pour le moment reconnu le nouveau régime, même si le Pakistan, la Chine ou encore le Qatar ont pu montrer quelques signes d’ouverture.  

Alors que les évacuations se font désormais au compte-goutte, un cinquième vol affrété par le Qatar, avec à son bord 235 personnes a ainsi pu quitter Kaboul dimanche pour Doha, a annoncé le gouvernement qatari dans un communiqué.  

Doha, qui a joué un rôle diplomatique de premier plan dans les affaires afghanes ces dernières années, s’est aussi dit « entièrement engagé pour l’avenir de l’Afghanistan et les efforts pour une amélioration significative de la situation dans le pays ».