(Kaboul) Les talibans semblent avoir fermé vendredi le ministère des Affaires féminines pour le remplacer par celui de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice, craint pour son fondamentalisme durant leur premier règne, il y a vingt ans.

Agence France-Presse

Des ouvriers ont été vus en train d’installer un panneau à l’effigie du ministère de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice dans l’ancien bâtiment des Affaires féminines de la capitale.

Plusieurs messages étaient apparus sur les réseaux sociaux ces dernières 24 heures, montrant des salariées du ministère manifestant devant le bâtiment, parce qu’elles affirmaient avoir perdu leur emploi.

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Des militantes afghanes avaient manifesté à Kaboul le 3 septembre 2021 pour appeler les talibans à respecter leurs droits acquis durant l’ancien régime soutenu par l’Occident.

« Personne n’entend nos femmes », s’est insurgée une internaute sur Twitter, tandis qu’un autre s’interrogeait : « Que pouvons-nous attendre d’autre de ces animaux ? ».

Aucun responsable taliban n’a répondu vendredi aux demandes de commentaires de l’AFP sur cette affaire.

Bien qu’ils aient insisté sur le fait qu’ils gouverneraient de manière plus modérée que lorsqu’ils ont gouverné l’Afghanistan de 1996 à 2001, les talibans n’ont pas autorisé la plupart des femmes à reprendre le travail. Aucune femme ne faisait partie des ministres du nouveau gouvernement taliban annoncé il y a deux semaines.

Vendredi, le ministère de l’Éducation a annoncé dans un communiqué la réouverture des collèges et lycées pour garçons, et le retour au travail des professeurs hommes.  

« Tous les professeurs hommes et les élèves doivent retrouver leurs établissements », a-t-il fait savoir, sans aucune mention des enseignantes ou des collégiennes et lycéennes.

Sous le précédent régime, garçons et filles ne partageaient les mêmes bancs que dans certaines écoles primaires et à l’université.

Dans l’enseignement supérieur, la ségrégation des genres sera la règle, ont déjà annoncé les talibans, qui ont introduit des règles concernant ce que les étudiantes sont autorisées à porter.

Bien que toujours marginalisées, les femmes afghanes ont acquis des droits fondamentaux ces 20 dernières années, notamment dans les villes, devenant parlementaires, juges, pilotes ou encore policières.

Des centaines de milliers d’entre elles ont intégré le marché du travail – souvent par nécessité, car beaucoup sont veuves ou soutiennent des maris désormais invalides après des décennies de conflit.

Mais depuis leur retour au pouvoir le 15 août, les talibans n’ont montré aucune volonté de garantir leurs droits. Les islamistes affirment que les femmes ont reçu l’ordre de rester à la maison pour leur propre sécurité, mais qu’elles seront autorisées à travailler une fois qu’une ségrégation adéquate aura été mise en place.

Pendant le premier règne des talibans, les femmes étaient largement exclues de la vie publique. Elles ne pouvaient quitter leur domicile que si elles étaient accompagnées d’un chaperon.

Les agents du ministère de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice étaient connus pour avoir fouetté des femmes qui marchaient seules.

Ils étaient également chargés d’appliquer strictement d’autres interprétations strictes de l’Islam, telles que l’obligation d’assister aux prières et l’interdiction pour les hommes de se raser.