(Nations unies) Le sort de la mission politique onusienne en Afghanistan après la prise de pouvoir des talibans suscite des inquiétudes au sein de l’ONU, alors que des vols humanitaires ont récemment repris dans le nord et sud du pays.

Philippe RATER Agence France-Presse

Le mandat de cette mission d’assistance appelée Manua en français (Unama en anglais) arrive à échéance le 17 septembre et un débat sur sa prolongation est prévu le 9 septembre au Conseil de sécurité de l’ONU.

« La situation reste très incertaine » et ce serait « une approche raisonnable à ce stade » d’effectuer un « renouvellement technique » du mandat, estiment sous couvert d’anonymat plusieurs sources onusiennes. Mais que voudront les islamistes, dont le gouvernement est attendu incessamment ?

Pour l’Organisation et les Occidentaux, l’objectif est « de ne pas perdre certains aspects » du mandat actuel, « incluant les droits humains, la protection des civils » et la coordination de l’aide humanitaire internationale.

Au siège de l’ONU, l’inquiétude porte notamment sur le traitement des femmes et des filles par les talibans.

Pour l’Irlande, présidente en exercice du Conseil de sécurité de l’ONU en septembre, la question des droits humains est centrale et « les talibans seront jugés sur leurs actes, pas sur leurs mots ».

Et d’envisager qu’aucune femme ne participe à des postes importants au gouvernement « n’est pas acceptable pour l’Irlande. Ce n’est pas la participation pleine et égale [des femmes] que nous recherchons », a souligné cette semaine devant des médias son ambassadrice, Geraldine Byrne Nason, jugeant que le pays avait plus que jamais besoin de l’ONU et de ses capacités d’aide humanitaire.

« Les yeux du monde »

En Afghanistan, 18 millions de personnes sont dans une situation humanitaire désastreuse. Un nombre équivalent pourrait les rejoindre, a récemment averti l’ONU en appelant à des dons internationaux.

Jeudi, le porte-parole de l’Organisation, Stéphane Dujarric, a annoncé que des vols humanitaires opérés par le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) avaient « récemment repris » permettant « à 160 organisations humanitaires de poursuivre leurs activités vitales dans les provinces afghanes ».

Les vols ont relié Islamabad à Mazar-i-Sharif (nord) et Kandahar (sud), a-t-il précisé. Entre 2002 et 2021, des vols onusiens ont desservi plus de 20 destinations en Afghanistan et l’objectif est de revenir vers une telle amplitude dès que la sécurité et le financement des opérations seront assurés, a dit le porte-parole.

Depuis leur prise de contrôle du pays, les talibans n’ont pas fait savoir à l’ONU comment ils voyaient l’avenir de la Manua, ni même qui pourrait représenter le pays lors de l’Assemblée générale annuelle de l’ONU prévue en fin de mois à New York au niveau des dirigeants de la planète.

Ce qui semble acquis, indiquent des diplomates, c’est que les islamistes comptent sur une « poursuite d’une assistance, à la fois humanitaire et en matière de développement ». Ce dernier domaine n’est toutefois pas du ressort de la mission politique onusienne actuelle, relève une source sous couvert d’anonymat.

Dans un communiqué jeudi, l’ONG Human Rights Watch a réclamé au Conseil de sécurité de l’ONU un renouvellement du mandat de la Manua afin « de fournir une aide vitale » à la population afghane « et surveiller pleinement les droits humains » en Afghanistan.

« Les talibans ont un bilan catastrophique en matière de droits humains et de violations des droits des femmes et des filles en particulier », a souligné son directeur chargé des Nations unies, Louis Charbonneau. « La mission de l’ONU doit être les yeux du monde sur le terrain pour rendre compte publiquement de la situation en Afghanistan », a-t-il plaidé.