(Washington) Toujours plus dépendante de l’appui des talibans, l’armée américaine poursuit les évacuations de civils d’Afghanistan dans des conditions encore plus périlleuses après un attentat-suicide particulièrement meurtrier à l’aéroport de Kaboul.

Sylvie LANTEAUME Agence France-Presse

« Nous avons vu par nous-mêmes à quel point cette mission est dangereuse », a souligné vendredi le général américain Hank Taylor, au lendemain de la mort de 13 soldats américains dans une attaque revendiquée par le groupe État islamique (EI) aux abords de l’aéroport de la capitale afghane, où se pressent depuis le 14 août des foules fuyant le nouveau régime taliban.

PHOTO ARMÉE AMÉRICAINE, VIA ASSOCIATED PRESS

Des soldats américains à l’aéroport de Kaboul le 27 août 2021.

« Mais l’EI ne nous dissuadera pas d’accomplir notre mission », a ajouté ce responsable de l’état-major américain alors que des milliers de personnes attendent toujours d’être évacuées à l’approche de la date butoir du 31 août pour le retrait des soldats étrangers d’Afghanistan.

Pourtant, « nous estimons qu’il y a toujours des menaces crédibles… des menaces précises et crédibles », a souligné le porte-parole du ministère américain de la Défense John Kirby.

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« Nous estimons qu’il y a toujours des menaces crédibles… des menaces précises et crédibles », a souligné le porte-parole du ministère américain de la Défense John Kirby.

La veille, le chef des forces américaines dans la région, le général Kenneth McKenzie, avait notamment évoqué la menace d’une voiture-piégée, soulignant qu’il était impossible d’éliminer tous les risques auxquels les soldats américains sur place font face.

Chaque candidat au départ de l’aéroport doit être fouillé pour éviter qu’un djihadiste se faisant passer pour un Afghan fuyant les talibans ne se fasse exploser à bord d’un avion, au risque de provoquer une catastrophe encore plus meurtrière.

« Il faut fouiller les gens avant qu’ils parviennent à rentrer dans l’aéroport », a-t-il expliqué. « On doit s’assurer qu’ils ne transportent pas une bombe ou une arme susceptible d’être embarquée dans un avion. »

On ne peut pas faire ça à distance, il faut toucher les vêtements de la personne qui se présente. En fin de compte, il faut mettre des Américains en situation de danger pour effectuer ces fouilles. Il n’y a pas d’autre solution.

Le chef des forces américaines dans la région, le général Kenneth McKenzie

Pour réduire les risques, l’armée américaine n’a d’autre choix que de compter sur son ennemi de 20 ans, les talibans, qui ont établi un premier périmètre de sécurité autour de l’aéroport et contrôlent les foules.

Les talibans en renfort

Pour tenter de renforcer la sécurité autour de l’aéroport pendant les derniers jours du pont aérien, l’armée américaine va « contacter les talibans qui assurent actuellement le cordon de sécurité extérieur autour de l’aéroport pour qu’ils sachent ce que nous attendons d’eux pour nous protéger », a déclaré le général McKenzie.

PHOTO KHWAJA TAWFIQ SEDIQI, ASSOCIATED PRESS

Pour réduire les risques, l’armée américaine n’a d’autre choix que de compter sur son ennemi de 20 ans, les talibans, qui ont établi un premier périmètre de sécurité autour de l’aéroport et contrôlent les foules.

Le chef du commandement central de l’armée américaine (Centcom) s’est montré étonnamment élogieux à l’égard des talibans.

« Certaines fouilles ont été bien faites, d’autres non », a-t-il noté, mais « nous pensons qu’ils ont déjoué plusieurs attentats ».

PHOTO WAKIL KOHSAR, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Un taliban examine le sac d’un Afghan près de l’aéroport de Kaboul le 16 août 2021.

Cette collaboration avec l’ancien ennemi a été critiquée aux États-Unis, mais pour les experts militaires, elle était inévitable.

« Je pense que c’était approprié de les contacter et de leur communiquer ce que nous tentions d’accomplir », a ainsi jugé vendredi sur la radio NPR l’ancien général Joseph Votel, prédécesseur immédiat du général McKenzie.  

Face à la menace de l’EI, les derniers jours d’évacuations seront d’autant plus difficiles qu’il faudra maintenir la sécurité à l’aéroport tout en réduisant peu à peu les effectifs militaires sur place afin que tout le monde soit parti le 31 août.

M. Kirby a prévenu vendredi que l’armée américaine s’abstiendrait dorénavant de chiffrer ses effectifs à l’aéroport de Kaboul et qu’elle resterait discrète sur ses opérations dans les prochains jours.

Questionné sur le risque que l’EI tente d’abattre un avion, le général McKenzie s’est montré rassurant. « Nous ne pensons pas qu’ils soient équipés de lance-missiles », a-t-il dit. « Ils ont tiré sur nos avions à plusieurs reprises sans succès. Nous pensons que ça va continuer. »