L’armée afghane a appelé mardi la population de Lashkar Gah, une capitale provinciale du sud du pays, à évacuer la ville à la veille d’une offensive pour tenter de déloger les talibans, qui y mènent d’incessants combats. Alors que les blessés de guerre peinent à se rendre dans les hôpitaux, les organismes humanitaires sonnent l’alarme et redoutent de lourdes pertes civiles.

Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

Lashkar Gah, ville 200 000 habitants, est au cœur du conflit qui oppose les talibans et les forces afghanes. Avec l’intensification des combats dans cette zone, les échos des derniers jours sont inquiétants. « Cela mène à des tirs incessants, des frappes aériennes et des tirs de mortiers », raconte Martine Flokstra, responsable au centre opérationnel de Médecins sans frontières (MSF) à Amsterdam. « Des maisons ont été bombardées, et des gens ont été gravement blessés. »

Au moins 40 civils ont été tués et 118 autres blessés au cours des 24 dernières heures dans les combats de Lashkar Gah, a annoncé mardi la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (UNAMA).

Au cours des trois derniers jours, les équipes de MSF ont traité 70 blessés à l’hôpital Boost de Lashkar Gah. En une journée, le personnel médical a réalisé 23 opérations. « Voilà ce qui arrive à la population », se désole Martine Flokstra. Cette dernière recense plus de 480 blessés de guerre soignés depuis le printemps. Mais l’accès aux soins demeure difficile. « Plusieurs personnes comptent sur l’hôpital Boost pour des soins essentiels, mais elles ont peur de se déplacer », dit Martine Flokstra.

Depuis le début du retrait des troupes américaines en mai, les talibans tentent d’étendre leur contrôle sur les villes du pays, dont Lashkar Gah. Kandahar et Hérat, deuxième et troisième villes du pays, sont aussi dans la ligne de mire des insurgés.

Theodore McLauchlin, professeur agrégé au département de science politique de l’Université de Montréal (UdeM), s’inquiète pour les habitants. Il se demande si des moyens ont été mis en place par le gouvernement pour les aider.

Il y aura toujours des personnes qui n’auront pas les moyens de s’enfuir.

Theodore McLauchlin, professeur agrégé au département de science politique de l’UdeM

En attendant, les drames s’accumulent au sein de la population. « Un patient blessé aux deux bras nous a dit qu’il était responsable de subvenir aux besoins de toute sa famille, raconte Martine Flokstra. En raison de sa blessure, il estime ne plus pouvoir travailler. »

Malgré les annonces de combats à venir, cette dernière a assuré que Médecins sans frontières maintiendrait ses activités dans les zones afghanes.

Cible répétée

Avant cette offensive pour contrôler la ville, Lashkar Gah avait été la cible répétée des talibans, explique Vanda Felbab-Brown, analyste (senior fellow) à la Brookings Institution, à Washington. Ces derniers contrôlaient le territoire autour de la ville et pouvaient restreindre les allées et venues dans la région. Leur montée se préparait depuis un moment, bien avant le printemps.

Mettre de la pression sur une armée afghane affaiblie est une victoire en soi pour les insurgés, note l’analyste.

Prendre le contrôle de Lashkar Gah aurait un gros effet symbolique. Le moral des troupes, déjà bas, serait anéanti.

Vanda Felbab-Brown, analyste à la Brookings Institution

Depuis des années, les forces afghanes éprouvent des difficultés, soutient Theodore McLauchlin. « L’armée afghane connaît des taux de désertion très élevés », souligne-t-il.

Changements « terribles et tragiques » pour les femmes

Vanda Felbab-Brown soutient que les forces afghanes doivent maintenant se ressaisir. Sinon, les conséquences seront graves pour la population, et surtout pour les femmes. En zone rurale, elles sont déjà nombreuses à vivre dans les conditions restrictives imposées par les talibans.

L’analyste craint maintenant pour l’avenir des citadines. À certains endroits, les femmes se font dorénavant imposer un « gardien » pour sortir de chez elles. D’autres sont forcées de quitter leur emploi. Des conditions qui rappellent les années 1990, quand les talibans étaient au sommet de leur influence, soulève Vanda Felbab-Brown.

Ces cas pourraient devenir la norme dans la foulée du retrait en cours des dernières troupes américaines, prévient l’analyste. « Pour ces femmes, ces changements seront terribles, tragiques, affreux et dramatiques », se désole-t-elle.

La question des travailleurs afghans qui ont aidé la coalition internationale est une autre préoccupation. Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, a soutenu qu’Ottawa devrait adopter une approche pour accepter au pays la famille élargie de ces travailleurs.

Avec l’Agence France-Presse

Au moins quatre morts dans un attentat kamikaze à Kaboul

Quatre personnes ont été tuées mardi soir dans un attentat impliquant un véhicule piégé et des assaillants à pied à Kaboul, près du domicile du ministre de la Défense, qui est sain et sauf. À deux heures d’intervalle, deux explosions ont secoué la capitale. L’attentat n’a pas été revendiqué, mais Washington a estimé qu’il portait la « marque » des talibans. On compte aussi une vingtaine de blessés. « Il est important que les talibans reconnaissent qu’ils ne peuvent atteindre leurs objectifs en prenant le pouvoir par la violence », a ajouté le porte-parole de la diplomatie américaine, Ned Price, soulignant la volonté de Washington d’« accélérer les pourparlers de paix en cours ».

Agence France-Presse