(Londres) Une agence de sécurité maritime britannique a rapporté mardi le « potentiel détournement » d’un navire au large des Émirats arabes unis, cinq jours après une attaque contre un pétrolier dans le Golfe.

Agence France-Presse

L’agence UKMTO (United Kingdom Maritime Trade Operations), qui dépend de la marine britannique, a recommandé aux navires transitant dans la zone de faire preuve d’une « extrême prudence ».

Ce « potentiel détournement » est localisé à environ 60 milles nautiques de l’émirat de Fujairah, membre de la fédération des Émirats arabes unis, pays pétrolier du Golfe.

« Les premières informations sont très inquiétantes », a jugé pour sa part la porte-parole de la Maison-Blanche Jen Psaki à propos de l’incident, mais sans se prononcer sur sa nature.

GRAPHIQUE KEVIN S. VINEYS, ASSOCIATED PRESS

Cette carte diffusée par l’agence de presse américaine Associated Press situe l’endroit où un détournement de navire serait en cours dans le golfe d’Oman.

« Nous suivons l’évolution de la situation et nous sommes en contact étroit avec Londres et d’autres partenaires », a-t-elle ajouté.

« Nous avons observé un comportement belliqueux très préoccupant de la part de l’Iran, y compris dans le domaine maritime. […] En ce qui concerne cet incident, il est toutefois trop tôt pour avancer une explication », a dit de son côté Ned Price, porte-parole du département d’État américain.

PHOTO GOUVERNEMENT IRANIEN, VIA ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

De nombreux incidents récents rendent la navigation commerciale hasardeuse dans le golfe persique, le détroit d’Ormuz et la mer d’Oman. Ci-haut, le pétrolier sud-coréen Hankuk Chemi, durant son arraisonnement par les Gardiens de la révolution islamique iraniens le 4 janvier 2021.

Selon des analystes de la société Dryad Global, spécialisée dans la sécurité maritime, le navire en difficulté bat pavillon panaméen et s’appelle Asphalt Princess.

Selon le site de la revue Lloyd’s List, référence dans le secteur, le navire se dirige vers l’Iran sous le contrôle d’hommes armés.

Et d’après le site spécialisé MarineTraffic, le navire transporte de l’asphalte et du bitume, et se rendait à Sohar, un port du nord du sultanat d’Oman, pays voisin des Émirats et séparé de l’Iran par le détroit d’Ormuz.  

« Drones explosifs »

Cet incident, survenu non loin de l’embouchure du détroit d’Ormuz, par où transite le tiers du pétrole transporté par voie maritime dans le monde, intervient après une attaque le 29 juillet contre un pétrolier géré par la société d’un milliardaire israélien, Eyal Ofer, qui a fait deux morts : un Britannique et un Roumain.

Le pétrolier – attaqué par des « drones explosifs » selon Washington – a jeté l’ancre mardi au large de Fujairah.

Israël, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Roumanie ont accusé Téhéran d’avoir mené l’attaque, mais l’Iran a démenti et prévenu qu’il riposterait à tout « aventurisme » après des menaces de représailles israélienne et américaine.

Mardi soir et après les informations en provenance de Londres sur le « potentiel détournement » d’« Asphalt Princess », le porte-parole iranien des Affaires étrangères a affirmé que « la publication d’informations sur des incidents successifs liés à des bateaux dans le Golfe persique et en mer d’Oman est totalement suspecte ».

Dans un communiqué sur Twitter, Saïd Khatibzadeh a mis en garde contre « la création d’une situation faussée à des fins politiques », réaffirmant « la disposition de l’Iran à apporter toute aide en cas d’accidents maritimes » dans la zone.

Lundi, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a affirmé que « les actes iraniens sont une menace directe contre la liberté de navigation ».

Le Golfe a connu ces dernières années plusieurs attaques de navires attribuées à la République islamique d’Iran, régulièrement accusée de menacer la liberté de navigation.

Pays riverains du Golfe, les Émirats et l’Iran maintiennent des relations diplomatiques, mais se trouvent traditionnellement dans des camps opposés concernant les enjeux régionaux, notamment les relations avec Israël, avec lequel les Émirats ont normalisé les liens en 2020.