(Jérusalem) L’attaque d’un pétrolier en mer d’Oman a fait deux morts au sein de l’équipage, a annoncé vendredi son armateur Zodiac Maritime, détenu par un milliardaire israélien, l’État hébreu accusant son ennemi juré, l’Iran, d’être à l’origine de l’incident.

Daniella CHESLOW Agence France-Presse

« L’Iran sème la violence et la destruction dans tous les coins de la région », a dénoncé un responsable du gouvernement israélien dans un communiqué, ajoutant que, « voulant cibler Israël », Téhéran s’était « incriminé en tuant des civils étrangers ».  

« L’Iran n’est pas seulement le problème d’Israël, c’est un problème mondial, et son comportement met en danger la liberté de navigation et de commercer dans le monde », a-t-il ajouté.

Des experts en sécurité ont aussi évoqué l’hypothèse d’une origine iranienne dans cette attaque, qui a eu lieu dans une zone stratégique où des bateaux israéliens ont déjà été visés.

L’armée américaine a déclaré dans un communiqué que des forces de la marine américaine, répondant à un appel de détresse, étaient venues en aide à l’équipage et avaient pu voir des preuves d’une attaque. Les premières constatations « indiquent clairement » une attaque de type drone, poursuit l’armée, précisant que des bâtiments de l’US Navy escortaient le pétrolier, avec du personnel américain à bord.

Plus tôt vendredi, Zodiac Maritime, société internationale dont le siège est situé à Londres, avait annoncé sur Twitter « la mort de deux membres de l’équipage : un ressortissant roumain et un ressortissant britannique » lors d’un incident à bord du M/T Mercer Street.  

Celui-ci navigue désormais « sous contrôle de son équipage vers un lieu sûr, avec une escorte navale américaine », a ajouté plus tard la firme qui appartient à l’homme d’affaires et milliardaire israélien Eyal Ofer.

Aux États-Unis, allié d’Israël et ennemi de l’Iran, l’administration de Joe Biden est restée prudente. « Nous surveillons la situation de près », s’est contentée de dire une porte-parole du département d’État, Jalina Porter. « Nous coopérons avec nos partenaires étrangers pour établir les faits. »

« Incident de sécurité »

Selon le site des opérations maritimes UKMTO, un organisme de lutte contre la piraterie qui dépend de la marine britannique, l’attaque a été signalée jeudi à 18 h GMT, alors qu’elle était en cours, à environ 152 miles nautiques (280 kilomètres) des côtes d’Oman.

Un responsable du centre de sécurité maritime d’Oman a indiqué vendredi que le centre avait reçu des informations sur un « incident hors des eaux territoriales » du sultanat et envoyé un navire ainsi que des avions militaires pour survoler la zone.

Le ressortissant britannique décédé dans l’attaque travaillait pour la société de sécurité Ambrey, qui a confirmé via son porte-parole la mort « tragique » de son employé dans un « incident de sécurité ».

Un porte-parole du ministère britannique de la Défense a indiqué que ses quartiers généraux dans la région menaient actuellement des investigations.

Au moment de l’incident, le pétrolier naviguait sans cargaison de Dar es Salaam en Tanzanie à Fujaïrah, ville côtière des Émirats arabes unis, selon l’armateur, qui exploite ce navire japonais.

La mer d’Oman est située entre l’Iran et Oman, à la sortie du stratégique détroit d’Ormuz par lequel transite une grande partie du pétrole mondial et où opère une coalition dirigée par les États-Unis.

La navigation dans la zone était la cible de fréquents actes de piraterie il y a une décennie, mais les incidents ont nettement diminué ces dernières années après l’intensification des patrouilles menées par les forces maritimes de plusieurs pays.

« Escalade significative »

Des analystes ont rapproché l’attaque d’incidents antérieurs.  Deux navires exploités par la société israélienne Ray Shipping avaient ainsi été attaqués plus tôt cette année.

Meir Javedanfar, un expert en sécurité à l’université israélienne IDC Herzliya, a estimé que l’Iran était « très probablement » derrière cette attaque.

Selon lui, les Iraniens « se sentent désavantagés quand il s’agit de répondre à des attaques ayant eu lieu en Iran et associées à Israël », dont l’explosion du 11 avril au complexe nucléaire de Natanz, imputée par Téhéran à l’État hébreu.

« L’attaque du MT Mercer Street est maintenant considérée comme la cinquième attaque contre un navire connecté à Israël », ont relevé les analystes de Dryad Global, société spécialisée dans la sécurité maritime basée à Londres, évoquant de nouvelles « représailles dans la guerre de l’ombre que se livrent les deux puissances » ennemies.

En Iran, la chaîne en arabe de la télévision d’État a cité des « sources informées dans la région » qui affirment que l’attaque était une réponse à une « récente attaque israélienne » en Syrie, sans donner plus de détails.

La mort de deux membres de l’équipage représente cependant « une escalade significative des évènements », a jugé Dryad Global, informant ses clients que le risque pour les navires commerciaux associés à Israël et à l’Iran dans la voie navigable du Golfe était désormais « accru ».