(Jérusalem) Le calendrier politique s’accélère mardi en Israël pour le nouveau gouvernement israélien, sur le point de mettre un terme aux 12 ans de mandat du premier ministre Benyamin Nétanyahou, avec un vote de confiance du Parlement et une investiture fixés à dimanche.

Michael BLUM Agence France-Presse

Le président du Parlement et maître des horloges dans ce feuilleton à multiples rebondissements, Yariv Levin, a annoncé mardi que le très attendu vote de confiance à la nouvelle coalition gouvernementale se tiendrait « dimanche 13 juin 2021 lors d’une session spéciale du Parlement ».

Cette consultation formelle est la dernière étape avant l’installation au pouvoir de la coalition hétéroclite formée in extremis le 2 juin par le chef de l’opposition Yaïr Lapid avec deux partis de gauche, deux du centre, trois de droite dont Yamina (radicale nationaliste) et la formation arabe israélienne Raam (islamiste).  

« Le gouvernement d’union est en route pour le bien des citoyens de l’État d’Israël », a réagi dans un tweet le centriste Yaïr Lapid.

Les grandes orientations, les conditions d’entrée ou de sortie de la coalition ainsi la répartition dans le détail des portefeuilles, sont encore à l’étude. Un document formel devra être déposé au Parlement avant le vote.  

Cet accord final entérinera notamment le principe de rotation à la tête du gouvernement. Le chef du parti Yamina, Naftali Bennett, en prendra la tête jusqu’en 2023 avant de céder la place de premier ministre à Yaïr Lapid jusqu’en 2025.

La nouvelle coalition, censée mettre un terme à plus de deux ans de crise politique marquée par quatre élections législatives, a été formée pour évincer M. Nétanyahou, premier ministre le plus pérenne de l’histoire du pays avec 15 ans au total au pouvoir (1996-1999 et de 2009 jusqu’à présent).

« Coalition du changement »

Mais sur le papier, tout oppose les membres de la « coalition du changement » divisés sur des questions économiques, de la colonisation, ou sur la question sensible de la relation entre État et religion.

L’un des projets phares de ce gouvernement annoncé comme fragile concerne ainsi le vote d’une loi qui permettrait d’écarter définitivement une nouvelle candidature de M. Nétanyahou, jugé pour fraude et corruption dans plusieurs affaires.  

« Ce n’est pas ad hominem, mais nous considérons qu’une personne inculpée ne peut pas servir comme premier ministre ou en recevoir le mandat du président », a déclaré la députée du parti Yesh Atid Karin Elharar.

Plus que jamais proche de la sortie, Benyamin Nétanyahou, 71 ans, a multiplié les mises en garde et les formules de dénigrement contre la nouvelle équipe, jusqu’à en inquiéter les services de sécurité locaux.  

Ultime bataille du premier ministre sortant : le soutien à l’organisation d’une très controversée « marche des drapeaux » initialement prévue jeudi à Jérusalem-Est, secteur palestinien occupé par Israël, à l’appel de figures de l’extrême droite.

Le parcours à haut risque de cette parade, perçue comme une provocation par les Palestiniens, n’a pas été approuvé par la police, poussant dans un premier temps les organisateurs à renoncer.

Selon la presse israélienne, M. Nétanyahou est à la manœuvre depuis dimanche, soutenu par plusieurs membres de son parti ayant déjà annoncé qu’ils marcheraient quand même, pour maintenir la manifestation, malgré la réprobation du ministre de la Défense et des chefs des services de sécurité.  

Le mouvement islamiste palestinien Hamas a lui menacé d’une nouvelle escalade si la marche était maintenue.  

« Nous espérons que la journée de jeudi ne devienne pas » un nouveau 10 mai, a lancé un ténor du Hamas, Khalil al-Hayya, en référence au début de l’escalade entre le Hamas et Israël qui a mené à une guerre de 11 jours.