(Nassiriya) Trois Irakiens condamnés à mort pour « terrorisme » ont été exécutés mercredi dans la prison de Nassiriya (sud), ont indiqué des responsables locaux à l’AFP, une nouvelle série de peines capitales mises en œuvre dans l’un des pays qui exécute le plus au monde.

Agence France-Presse

Ces exécutions interviennent deux jours avant une visite historique du pape François dans le pays.

Depuis la proclamation par l’Irak de sa « victoire » contre le groupe djihadiste État islamique (EI) fin 2017, des centaines de d’Irakiens ont été condamnés à mort pour appartenance à cette organisation qui avait occupé de vastes régions du pays pendant trois ans.

Les exécutions sont réclamées par une partie de la population irakienne ayant souffert sous le joug de l’EI ou des attentats du groupe djihadiste.

En janvier et février, après un rare attentat sanglant au cœur de Bagdad, au moins huit Irakiens condamnés pour « terrorisme » ont été exécutés dans la même prison de Nassiriya – surnommée « al-Hout », la baleine en arabe, car quand on y rentre, on ne sort que mort, expliquent ironiquement les condamnés.

En novembre 2020, la communauté internationale a mené campagne après l’exécution de 21 condamnés, quasiment tous pour « terrorisme », tentant de faire cesser la machine de mort en Irak.

L’AFP a eu connaissance d’une trentaine d’exécutions en 2020. L’Irak est le quatrième pays qui exécute le plus au monde derrière la Chine, l’Iran et l’Arabie saoudite, selon Amnistie internationale.

Mais des sources à la présidence irakienne ont récemment indiqué à l’AFP que plus de 340 condamnations pour « des faits criminels ou terroristes » ont été ratifiées depuis 2014 par le président Barham Saleh et son prédécesseur. M. Saleh, qui accueillera le pape François vendredi, est connu pour être contre la peine de mort.

L’Irak a procédé en 2019 à plus d’une exécution sur sept dans le monde – soit 100 condamnés pendus en un an.

Pour les défenseurs des droits humains, la peine de mort est « un outil politique » en Irak pour des dirigeants pris entre une opinion publique réclamant vengeance et des appareils politique, sécuritaire et judiciaire incapables d’arrêter les attentats.

Pour la Haute-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU Michelle Bachelet, il y a en Irak « de fréquentes violations des droits à un procès équitable, une représentation juridique inefficace, une trop grande confiance dans les aveux et de nombreuses accusations de torture et de mauvais traitements ».

Donc l’application de la peine de mort y relève plutôt « de la privation arbitraire de la vie par l’État », indiquait-elle fin 2020.

Depuis plusieurs années, les tribunaux irakiens ont ordonné des centaines de peines capitales et de condamnations à perpétuité, car le Code pénal prévoit une sentence jusqu’à la mort pour quiconque a rejoint « un groupe terroriste », que l’accusé ait combattu ou non dans ses rangs.

Jusqu’ici, aucun des étrangers de l’EI condamnés à mort en Irak n’a été pendu, mais onze Français et un Belge attendent actuellement leur exécution.