(Jérusalem) Israël a lancé des appels d’offres pour plus de 2500 nouveaux logements dans ses colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est à la veille de l’arrivée à la Maison-Blanche de Joe Biden, hostile à la poursuite de la colonisation israélienne, ont confirmé mercredi les autorités locales.  

Publié le 20 janv. 2021
Guillaume LAVALLÉE Agence France-Presse

La semaine dernière, le premier ministre Benyamin Nétanyahou, en campagne électorale pour les législatives du 23 mars, avait annoncé la construction de 780 nouveaux logements dans les colonies en Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967 par l’armée israélienne.

Mardi, les autorités ont publié des appels d’offres pour la construction de 2572 autres unités, 2112 en Cisjordanie et 460 à Jérusalem-Est, partie orientale de la Ville sainte annexée par Israël, mais dont les Palestiniens espèrent faire la capitale d’un futur État, a indiqué mercredi l’Autorité israélienne des terres (ILA), confirmant des informations de l’ONG La Paix Maintenant.  

Le gouvernement de M. Nétanyahou tente « d’étendre le plus possible les colonies jusque dans les dernières minutes avant le changement d’administration à Washington », a déploré dans un communiqué l’organisation anticolonisation qui documente ce dossier.  

« Nétanyahou signale au futur président (Joe Biden) qu’il n’a même pas l’intention » de tenter de « résoudre le conflit avec les Palestiniens », poursuit La Paix Maintenant.

« Fait accompli »

Quelques heures avant la prestation de serment de Joe Biden mercredi, l’Autorité israélienne des terres a aussi annoncé les gagnants d’appels d’offres pour la construction de 1257 unités de logement à Givat Hamatos, un secteur inhabité de Jérusalem-Est, à côté du quartier palestinien de Beit Safafa.

L’ONG israélienne Ir Amim avait déposé une requête contre ces appels d’offres qui avaient été suspendus. « Mais hier (mardi), la justice a annulé ce gel et le gouvernement s’est empressé d’annoncer les vainqueurs de l’appel d’offres avec le but de présenter la chose comme un fait accompli » avant la prestation de serment, a indiqué mercredi l’ONG.  

Pour l’Autorité palestinienne, Israël entreprend « une course contre la montre pour éliminer ce qu’il reste d’une solution à deux États et met de plus en plus d’obstacles face à la nouvelle administration américaine », d’après Nabil Abou Roudeina, porte-parole du président Mahmoud Abbas.

À Amman, le porte-parole du ministère jordanien des Affaires étrangères, Dhaifallah Ali Al-Fayez, a condamné une « politique de colonisation (…) ni légitime ni légale ».

« Elle viole le droit international et sape les fondements de la paix », a-t-il ajouté avant d’appeler à faire pression sur Israël dont les colonies en territoires occupés sont jugées illégales, notamment par l’ONU.

La France a « condamné » mercredi ces mesures et appelé les autorités israéliennes à ne pas les mettre en œuvre, a indiqué le ministère français des Affaires étrangères. Paris « appelle les parties à éviter toute mesure unilatérale remettant en cause la solution des deux États (un État palestinien viable aux côtés d’Israël, NDLR) fondée sur le droit international », a-t-il ajouté.

« Mesures unilatérales »

Depuis 2009, date du retour au pouvoir de M. Nétanyahou en Israël, la population dans les colonies a bondi de 50 % selon les données des autorités israéliennes, avec un essor marqué des mises en chantier et des appels d’offres pendant le mandat de son allié à Washington, Donald Trump.

Mais le démocrate Joe Biden voit d’un mauvais œil l’expansion des colonies. Aujourd’hui, près de 475 000 Israéliens résident dans des colonies en Cisjordanie, où vivent 2,8 millions de Palestiniens, selon les dernières données. Et plus de 200 000 Israéliens vivent aussi dans des colonies à Jérusalem-Est.

M. Biden appelle à « éviter des mesures unilatérales » qui rendent « encore plus complexe » la réalisation de la solution à deux États, a indiqué mardi le futur chef de la diplomatie américaine Antony Blinken.

Il y a un an, le président Trump avait présenté un projet de résolution du conflit israélo-palestinien qui prévoyait notamment l’annexion par Israël de la quasi-totalité des colonies et la reconnaissance, comme l’a fait son administration, de l’ensemble de Jérusalem comme la capitale d’Israël.

Si elle se veut critique de la colonisation et du projet d’annexion de pans de la Cisjordanie, la nouvelle administration démocrate ne reviendra pas sur le statut de Jérusalem comme capitale d’Israël, a indiqué mardi M. Blinken. Et elle a été appelée mercredi par Benyamin Nétanyahou à « renforcer l’alliance » entre Israël et les États-Unis.