(Beyrouth) Le Liban a adopté fin avril un vaste plan de réformes et sollicité l’aide du Fonds monétaire international (FMI) dans l’espoir de sortir d’une crise économique sans précédent depuis trois décennies.

Layal ABOU RAHAL
Agence France-Presse

Comment le pays en est-il arrivé là ? L’aide du FMI suffira-t-elle à elle seule à relancer l’économie d’un pays longtemps otage des divisions politiques et communautaires ?

Pourquoi l’effondrement ?

Après la fin de la guerre civile (1975-1990), le Liban s’est engagé dans une spirale d’endettement, en vue de la reconstruction.

L’économie s’est bâtie sur les services, le tourisme et les investissements étrangers, notamment du Golfe, fortement tributaire des conjonctures politiques et sécuritaires.

Cette vulnérabilité s’est exacerbée avec l’absence de réformes et une négligence des services publics, sur fond de corruption et de clientélisme, alimentés par un système de partage communautaire du pouvoir.

C’est ainsi que le secteur de l’électricité est devenu un gouffre financier, engloutissant la moitié de la dette entre 2008-2017, d’après la Banque mondiale. Et malgré des millions injectés pour le revitaliser, il reste en déliquescence.

La dette publique atteint aujourd’hui 170 % du PIB, sur fond de ralentissement économique et de taux d’intérêt élevés qui ont gonflé le secteur bancaire.

Cela s’est accompagné d’une baisse des réserves de la Banque centrale, cruciales pour garantir la stabilité monétaire, dans un pays où la monnaie est indexée au dollar US depuis 1997 au taux de 1507 livres/dollar.

Les premiers signes d’effondrement sont apparus en 2019, avec une pénurie de dollars puis des restrictions bancaires sur les retraits et des virements vers l’étranger.

La livre libanaise a connu une forte dépréciation avant d’atteindre en avril un plus bas historique, à 4000 livres pour un dollar sur le marché parallèle.

Le naufrage est aussi le résultat des crises politiques à répétition.

Après l’assassinat en 2005 de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, le pays a vécu au rythme de dissensions politiques opposant deux camps : l’un anti-Syrie, ancienne puissance de tutelle, l’autre pro-Damas, emmené par le Hezbollah chiite.

Cette période a été jalonnée d’assassinats et de paralysies institutionnelles, outre la guerre de juillet 2006 entre Israël et le Hezbollah.

La polarisation a été ravivée en 2011 avec le conflit syrien. Outre une série d’attentats jusqu’en 2013, le pays a connu deux ans et demi de vacance présidentielle (2014-2016).

Quelles solutions ?

Le montant que le Liban pourrait obtenir du FMI reste inconnu. Le pays espère plus de 20 milliards de dollars d’aides étrangères, dont plus de 11 milliards approuvés en 2018 lors d’une conférence internationale (CEDRE), mais jamais débloqués faute de réformes.

Certaines réformes risquent d’exacerber la grogne sociale, dans un pays secoué depuis octobre par un soulèvement inédit contre la classe politique.

Le plan quinquennal adopté fin avril vise à réduire le déficit public et à revoir la balance des paiements. Il prévoit une restructuration de la dette et du secteur bancaire.

Le texte annonce des hausses d’impôts, mais aussi un gel de l’emploi dans le secteur public. Il y est aussi question d’une hausse tarifaire de l’électricité et une baisse des subventions.

Le plan entérine un flottement à venir du taux de change, adoptant un taux estimé à 3500 livres pour un dollar.

L’objectif est de « résoudre une crise épineuse, à travers des outils financiers et comptables, pour obtenir un soutien extérieur à travers le FMI », estime l’analyste Nasser Yassin.

Mais cela implique une révision des « avantages sociaux » et « des mesures d’austérité », précise-t-il.

« Les pauvres et la classe moyenne vont payer le prix, avec une inflation élevée et une contraction de l’économie attendues ».

Exécution du plan : mission impossible ?

Pour le chercheur, des consultations élargies auraient été nécessaires avant un tel plan, qui adopte « une révision totale de l’économie et de la gestion financière de l’État », dans un pays longtemps habitué au libéralisme.

D’ailleurs l’Association des banques a rapidement refusé la restructuration proposée.

La réussite du plan dépend d’une réelle volonté de changement, dans un pays où la classe politique est accusée d’encourager un climat d’affairisme, tout en gouvernant à travers des tractations interminables, qui paralysent parfois l’appareil de l’État.

Mahmoud Faour, économiste à l’Université de Dublin, pointe du doigt le « degré de coopération de la classe politique et l’adoption des législations au Parlement ».

Plusieurs réformes nécessitent un vote du Parlement. Le chef de l’État a convié les chefs des principaux blocs parlementaires à une réunion mercredi.

Le consensus politique est d’autant plus crucial que le gouvernement, soutenu par le camp du Hezbollah, ne jouit d’aucun soutien populaire, tandis que la contestation gronde toujours dans la rue.