(Ryad) Les rebelles Houthis au Yémen ont rejeté jeudi un cessez-le-feu décrété par la coalition menée par l’Arabie saoudite, qualifiant de « manœuvre » cette initiative présentée comme visant à enrayer la propagation du nouveau coronavirus.

Agence France-Presse

Les États-Unis ont salué le cessez-le-feu et appelé les rebelles à adhérer eux aussi à cette trêve.

La coalition, qui soutient depuis 2015 le gouvernement yéménite face aux rebelles, avait indiqué que le cessez-le-feu unilatéral entrerait en vigueur jeudi à 5 h HE. Elle soutenait que cette trêve, de deux semaines, pourrait être prolongée et ouvrir la voie à une solution politique plus large au conflit qui fait rage depuis plus de cinq ans.  

Mais un porte-parole des rebelles Houthis, qui contrôlent la capitale Sanaa et d’autres régions du pays, a accusé jeudi la coalition d’avoir violé le cessez-le-feu après son entrée en vigueur.

« L’agression n’a pas cessé […] et jusqu’à ce moment il y a des dizaines de frappes aériennes continues », a déclaré en soirée Mohamed Abdelsalam à la chaîne Al Jazeera.

« Nous considérons que ce cessez-le-feu est une manœuvre politique et médiatique » pour améliorer l’image de la coalition « dans ce moment critique où le monde est confronté à une pandémie », a-t-il ajouté.

Plus tôt, Yasser al-Houri, secrétaire général du Conseil politique, une haute instance dirigeante des rebelles, avait estimé que l’annonce saoudienne visait à « éluder » un plan de paix en cinq points présenté à l’émissaire des Nations unies Martin Griffiths par les Houthis avant l’annonce du cessez-le-feu.

Dans ce document publié par les rebelles, les Houthis appellent au retrait des troupes étrangères du Yémen et à la fin du blocus de la coalition sur les ports et l’espace aérien du pays.

Ils exigent également que la coalition paie les salaires des fonctionnaires pour la prochaine décennie, et finance la reconstruction, notamment des bâtiments détruits lors des frappes aériennes.

L’annonce de la coalition mercredi soir fait suite à une escalade des combats au Yémen, malgré l’appel de l’ONU à une cessation immédiate des combats pour protéger de la pandémie les civils du pays le plus pauvre du monde arabe.

Le chef des Nations unies, Antonio Guterres, avait estimé que seul « le dialogue » permettrait aux parties de « se mettre d’accord sur un mécanisme permettant de maintenir un cessez-le-feu à l’échelle nationale ». Il avait appelé à « la reprise d’un processus politique pour parvenir à un règlement global ».

L’annonce du cessez-le-feu est intervenue alors que l’Arabie saoudite, confrontée à la chute des prix du pétrole, cherche à se sortir d’un conflit coûteux qui a tué des dizaines de milliers de personnes et déclenché ce que les Nations unies qualifient de pire crise humanitaire au monde.

Mercredi, le vice-ministre saoudien de la Défense, le prince Khaled ben Salmane, avait appelé les rebelles à « faire preuve de bonne volonté ».

« Le cessez-le-feu de deux semaines créera, espérons-le, un climat de nature à apaiser les tensions » et à aider les efforts onusiens en vue d’« un règlement politique durable », avait-il déclaré sur Twitter.

Mais selon Fatima Abo Alasrar, chercheuse au Middle East Institute, « les Houthis ont ouvert de multiples fronts qu’ils ne peuvent pas se permettre de fermer ».

Le Yémen n’a annoncé jusqu’ici aucun cas de contamination par le nouveau coronavirus, mais des organisations humanitaires ont averti d’un impact catastrophique, alors que les combats se sont récemment intensifiés entre les rebelles et les troupes yéménites soutenues par Riyad.

Les affrontements ont lieu autour de zones stratégiques des provinces de Jouf et de Marib, au nord et à l’est de Sanaa, après des mois d’accalmie.

Et les défenses antiaériennes saoudiennes ont intercepté des missiles des rebelles au-dessus de Riyad et de la ville frontalière de Jazan fin mars.

Il s’agissait de la première grande attaque contre l’Arabie saoudite depuis que les rebelles ont proposé en septembre dernier de mettre fin à ces opérations contre le royaume après des attaques dévastatrices contre les installations pétrolières saoudiennes.

La semaine dernière, la coalition a effectué de multiples frappes aériennes sur Sanaa en représailles aux tirs de missiles.

Le dernier cessez-le-feu accepté par les belligérants avait été négocié par les Nations unies dans la ville portuaire stratégique de Hodeida (ouest) lors de pourparlers interyéménites en Suède fin 2018.