(Jérusalem) À moins d’une semaine d’élections clés à sa survie politique, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a promis mardi la construction de 3500 logements pour colons dans un secteur de Cisjordanie occupée où vivent des Bédouins.

Agence France-Presse

« J’ai donné des instructions immédiates pour permettre le dépôt de plans en vue de la construction de 3500 unités en zone E1 », territoire situé à la sortie de Jérusalem, a dit M. Nétanyahou.    

Si Israël construit dans cette zone entre la colonie juive de Maalé Adoumim et Jérusalem, la Cisjordanie sera coupée en deux, ce qui empêcherait la création d’un éventuel État palestinien disposant d’une continuité territoriale, dénoncent les Palestiniens et des ONG.

Ce projet « viole le droit international et enfreint toutes les lignes rouges », a réagi un porte-parole du président palestinien Mahmoud Abbas.

« Si le projet se concrétise, cela mettra fin à l’idée d’un État palestinien viable », selon Angela Godfrey-Goldstein, codirectrice de l’ONG Jahalin Solidarity qui défend les familles bédouines établies dans le secteur E1.

Mme Godfrey-Goldstein a dit craindre le déplacement de nombreuses familles bédouines en raison de ce projet immobilier qui s’inscrit dans une suite d’annonces du premier ministre. « C’est un autre exemple montrant à quel point Bibi (surnom de M. Nétanyahou) est désespéré de gagner des votes […] », a-t-elle estimé.

M. Nétanyahou courtise ouvertement les électeurs de la droite nationaliste et du mouvement procolonies dans l’espoir de remporter les élections législatives de lundi face à son rival centriste Benny Gantz.

Ces élections sont d’autant plus cruciales pour M. Nétanyahou qu’il doit faire face, à partir de mi-mars, à la justice qui l’accuse de corruption, malversation, abus de confiance dans trois affaires.

Inflation

M. Nétanyahou avait promis la semaine dernière la construction de milliers de nouveaux logements dans des quartiers de colonisation à Jérusalem-Est, un projet aussitôt dénoncé par les Palestiniens et des chancelleries occidentales.  

Il avait promis d’ajouter 2200 logements à la colonie de Har Homa, fondée en 1997, et 3000 logements pour les « habitants juifs » dans le secteur de Givat Hamatos, aussi à Jérusalem.

Ce projet de colonie à Givat Hamatos « sape la viabilité d’un futur État palestinien », a fustigé mardi la diplomatie britannique, à l’instar du consulat de France après l’annonce la semaine dernière de M. Nétanyahou.

Selon l’ONG israélienne « La paix maintenant », qui suit de près ce dossier sensible, les autorités ont diffusé lundi un premier appel d’offres pour la construction de 1000 unités de colonisation à Givat Hamatos et vont étudier jeudi les plans pour un autre millier de nouvelles unités en Cisjordanie.

Le statut de Jérusalem est l’une des pierres d’achoppement du conflit israélo-palestinien, les Palestiniens entendant faire de la partie orientale de la ville, annexée par Israël,  la capitale de leur futur État tandis que les autorités israéliennes considèrent l’ensemble de la ville comme leur capitale.

Aujourd’hui, plus de 600 000 personnes habitent dans les colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. La colonisation de ces territoires, occupés depuis 1967 par Israël, s’est accélérée ces dernières années sous l’impulsion de M. Nétanyahou et de son allié à Washington, le président Donald Trump.

Ce dernier a présenté fin janvier un projet de règlement du conflit israélo-palestinien qui prévoit de faire de Jérusalem la capitale « indivisible » d’Israël et l’annexion de la Vallée du Jourdain et des plus de 130 colonies israéliennes en Cisjordanie.

Mardi, de nouvelles manifestations, émaillées de tirs de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc par l’armée israélienne, ont eu lieu à Tubas, en Cisjordanie occupée, pour dénoncer le projet Trump et une possible annexion de la vallée du Jourdain, selon un journaliste de l’AFP sur place.