(Téhéran) L’Iran a voté vendredi pour élire ses députés lors d’un scrutin marqué par un faible empressement des électeurs et qui devrait consacrer le renforcement des conservateurs après la disqualification massive de candidats réformateurs et modérés.

Amir HAVASI
Agence France-Presse

Le scrutin a été officiellement clos à minuit (17 h 30 heure du Québec) après pas moins de cinq prolongations successives afin de permettre à un maximum d’électeurs d’accomplir ce que le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a qualifié avant l’élection de devoir non pas seulement civique, mais aussi « religieux ».

Après avoir ouvert symboliquement le scrutin, M. Khamenei avait renouvelé le matin son appel aux quelque 58 millions d’électeurs à voter « avec enthousiasme » afin de « garantir l’intérêt national ».

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Une juive iranienne, dans un bureau de scrutin de Téhéran, montre index marqué à l’encre rouge, qui indique qu’elle a voté.

Selon l’agence Fars, proche des ultraconservateurs, la participation se situait autour de 40 % à 18 h (9 h 30 heure du Québec), l’heure à laquelle les bureaux de scrutin auraient dû fermer initialement.

Résultat annoncé seulement dimanche

Le taux de participation final officiel ne devrait être annoncé que samedi, et les résultats définitifs ne devraient pas être connus avant dimanche.

Les autorités ont annoncé que les écoles seraient fermées samedi dans des dizaines de grandes villes pour permettre les opérations de dépouillement.

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Un Iranien s’inscrit dans un bureau de scrutin mobile à Téhéran le 21 février.

Depuis 40 ans, la participation aux législatives a toujours été supérieure à 50 %, selon le ministère de l’Intérieur.

À Téhéran, de longues queues ont été observées le matin devant des bureaux des quartiers sud, acquis aux conservateurs, contrastant avec le nord de la ville (qui a voté majoritairement Hassan Rohani lors de la présidentielle de 2013 et 2017), où l’engouement était nettement moindre.

Le coronavirus s’invite au scrutin

Les élections se sont tenues deux jours après l’annonce officielle de l’arrivée du nouveau coronavirus en Iran. La maladie a fait quatre morts, et 14 personnes sont infectées, selon les derniers chiffres officiels publiés pendant le scrutin.

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Une femme portant un masque de protection dépose son bulletin de vote dans l’urne dans un bureau de scrutin de Téhéran.

Les 290 députés de la onzième législature à sortir des urnes depuis la révolution islamique de 1979 commenceront leur travail alors que l’Iran traverse une violente récession et dans un contexte de tensions exacerbées entre Téhéran et Washington.

Les élections se sont ainsi déroulées près d’un mois et demi après que les forces armées iraniennes eurent annoncé avoir abattu « par erreur » un avion de ligne ukrainien.

L’aveu tardif des autorités de leur responsabilité dans ce drame avait provoqué des manifestations, limitées, faisant voler en éclats l’apparence d’unité nationale manifestée à l’occasion des funérailles du général iranien Qassem Soleimani, tué par une frappe américaine en Irak le 3 janvier.  

À Téhéran, Bahador Marzpour, étudiant qui n’a pas été voter, dit à l’AFP qu’il n’y a « pas d’emplois pour les jeunes » et reproche aux politiciens de « faire des promesses qu’ils ne tiennent pas ».

« Pas d’emplois »

Mais dans un bureau de vote du nord de la capitale, Mohsen Jallali, employé de 37 ans, assure que sa participation permet de « montrer à l’Amérique que nous soutenons pleinement » l’ayatollah Khamenei.

La disqualification de milliers de candidats réformateurs et modérés réduit pratiquement le scrutin à un affrontement entre conservateurs et ultraconservateurs.

En fonction des résultats, la plus ou moins grande représentation des ultras dans la future Assemblée déterminera la marge de manœuvre qui restera au président Rohani jusqu’à la fin de son mandat en 2021, et pourrait influer sur la poursuite de sa politique extérieure d’ouverture.

Car les ultraconservateurs sont opposés à toute négociation avec l’Occident et sont impatients de sortir de l’accord international sur le nucléaire iranien, dénoncé unilatéralement par le président américain Donald Trump en 2018.

Le président Rohani voyait dans ce pacte conclu en 2015 à Vienne l’espoir d’une ère de prospérité pour l’Iran.

« Tout s’est effondré »

Au lieu de cela, le retour des sanctions américaines a plongé son pays dans une violente récession.

« Après l’élection de Rohani, tout s’est effondré. Il a signé un très mauvais accord » à Vienne, « sans garanties solides », déclare dans un bureau de vote Aliréza Hachémi, 25 ans.

Dans la situation morose que traverse le pays, le Groupe d’action financière (Gafi) a administré vendredi un nouveau coup susceptible de nuire encore davantage à l’économie iranienne.

Cet organisme coordonnant les efforts internationaux de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme a annoncé avoir rétabli toutes ses sanctions contre l’Iran en reprochant à la République islamique de ne pas avoir pris les mesures attendues d’elle dans ces domaines.

M. Rohani et son camp ont appelé les électeurs à voter même s’ils ne sont pas satisfaits du gouvernement.

Les États-Unis ont accusé jeudi le Conseil des gardiens de la Constitution, institution chargée de valider les candidats et responsable des disqualifications massives, de « manipulation » du scrutin et ont annoncé des sanctions – essentiellement symboliques – contre cinq de ses membres responsables.  

Guère impressionné, le chef du Conseil, l’ayatollah nonagénaire Ahmad Jannati a ironisé : « Maintenant, nous ne pouvons même plus […] fêter Noël » aux États-Unis.