(Qaminas) Cinq soldats turcs ont été tués lundi en Syrie par des tirs d’artillerie de l’armée syrienne. C’est une nouvelle poussée de fièvre dans le nord-ouest du pays en guerre, où une offensive du pouvoir de Damas et son allié russe a fait près de 700 000 déplacés.

Omar HAJ KADOUR avec Hashem OSSEIRAN à Beyrouth
Agence France-Presse

Ces affrontements entre les forces d’Ankara et de Damas interviennent dans un contexte de tensions inédites entre les deux voisins, une semaine jour pour jour après des combats dans le Nord-ouest syrien ayant fait une vingtaine de morts dans les deux camps.

Une délégation russe se trouve d’ailleurs à Ankara pour des pourparlers sur la situation dans la province d’Idleb, où le régime de Bachar al-Assad a enchaîné les reconquêtes face aux djihadistes et rebelles ces deux derniers mois, ignorant les avertissements de la Turquie.

Lundi, cinq soldats turcs ont été tués par des tirs d’artillerie du régime, a annoncé le ministère turc de la Défense.

Cinq soldats turcs ont aussi été blessés dans ces tirs qui ont visé des positions turques dans la province d’Idleb, a indiqué le ministère dans un communiqué,  ajoutant que les forces d’Ankara avaient riposté.

De son côté, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a rapporté des tirs de roquettes du régime sur l’aéroport militaire de Taftanaz, dans la province d’Idleb, évoquant « des morts et des blessés » parmi les troupes turques qui y sont stationnées.

Il n’a pas fait état de victimes parmi les troupes du régime après la riposte d’Ankara.

La Turquie, qui soutient des rebelles et dont les troupes stationnent dans le Nord-ouest syrien, y a dépêché ces derniers jours des renforts et des blindés pour les déployer sur de nouvelles positions militaires.

Lundi, un correspondant de l’AFP a pu voir des soldats turcs dans le secteur de Qaminas, au sud de la grande ville d’Idleb.

« Villes entières vidées »

Ankara craint que les opérations du régime ne provoquent un nouvel afflux vers sa frontière fermée.

Selon Fabrice Balanche, spécialiste du conflit syrien, les renforts turcs visent à entraver toute future progression de Damas.

La Turquie « se méfie de la Syrie et de la Russie qui pourraient avoir envie de pousser leur avantage sur le terrain et imposer une reconquête plus large que prévu », explique l’expert.

Depuis début décembre, les violences dans les provinces voisines d’Idleb et d’Alep ont déplacé 689 000 personnes, a indiqué lundi à l’AFP David Swanson, un porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (Ocha).

« Des villes entières ont été vidées alors qu’un nombre croissant de civils fuient vers le nord », souvent près de la frontière turque, a souligné M. Swanson.

Avec la poursuite des bombardements, au moins neuf civils, dont six enfants, ont été tués dans la nuit de dimanche à lundi dans des raids russes sur le village d’Abine Semaan, dans l’ouest d’Alep, selon l’OSDH.

Ce nouveau bilan porte à 29 le nombre de civils tués depuis dimanche dans des bombardements du régime et de son allié russe, a indiqué l’OSDH.

Dans la nuit, des secouristes de la défense civile, connus sous le nom de « casques blancs », s’affairaient à porter secours aux blessés et dégager des personnes ensevelies sous les décombres.

Un secouriste portait la dépouille d’une petite fille recouverte par une couverture, a constaté un autre correspondant de l’AFP.

L’opération militaire lancée par le régime a tué plus de 350 civils depuis la mi-décembre, selon l’OSDH.

L’autoroute M5

Un peu plus de la moitié de la province d’Idleb et des secteurs attenants des régions voisines d’Alep, Hama et Lattaquié, est toujours dominée par les djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda).

Cette région de trois millions d’habitants abrite aussi d’autres groupuscules djihadistes et des groupes rebelles affaiblis.

Depuis dimanche, les frappes syriennes et russes se sont concentrées sur un secteur jouxtant l’ultime tronçon de l’autoroute stratégique M5 que le régime veut reconquérir.

Cette voie relie la grande ville d’Alep, dans le nord, à la capitale Damas et au sud du pays.

Seuls deux kilomètres de l’autoroute traversant l’ouest de la province d’Alep échappent toujours aux forces du régime. Elles ont repris l’intégralité du tronçon traversant la province d’Idleb, au terme de combats et de bombardements intensifs.

Cette progression n’a fait qu’attiser les tensions avec Ankara. Désormais, les forces du régime encerclent trois des 12 postes d’observation tenus par les soldats turcs dans le Nord-ouest syrien.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a d’ailleurs posé un ultimatum au régime syrien, exigeant qu’il éloigne ses troupes des postes d’observation militaires turcs d’ici fin février.

Le front de la région d’Idleb représente la dernière grande bataille stratégique du régime, qui contrôle plus de 70 % du pays.  

Le conflit en Syrie a fait plus de 380 000 morts depuis 2011 et jeté sur la route de l’exil plus de la moitié de la population d’avant-guerre.