(Washington) Le chef d’état-major américain a discuté d’une « réduction de la violence » en Afghanistan au cours d’une rare rencontre avec les négociateurs talibans à Doha, au moment où Donald Trump accélère le désengagement des États-Unis d’une guerre de près de 20 ans.

Sylvie LANTEAUME Agence France-Presse

Désireux de mettre un terme aux « guerres sans fin », le président républicain sortant a décidé de ramener le 15 janvier à 2500 soldats la présence militaire américaine dans le pays, laissant à son successeur Joe Biden la décision d’un retrait total alors même que les pourparlers de paix entre le gouvernement afghan et les talibans ont été suspendus jusqu’au 5 janvier.  

Le général Mark Milley a évoqué mardi avec les négociateurs talibans « la nécessité de réduire immédiatement la violence et d’accélérer les progrès vers une solution politique qui contribue à la stabilité de la région et sauvegarde les intérêts des États-Unis », selon un communiqué du Pentagone publié jeudi.

Au cours d’une tournée non annoncée de quatre jours au Moyen-Orient, le plus haut gradé de l’armée américaine s’est rendu le lendemain en Afghanistan où il a rencontré le président afghan Ashraf Ghani, a précisé l’armée américaine.

Pour des raisons de sécurité à l’approche du premier anniversaire de l’élimination par les États-Unis du général iranien Qassem Soleimani, aucune information n’a été divulguée sur cette tournée, y compris par les trois journalistes américains qui accompagnaient le chef d’état-major, avant qu’il quitte la région.

C’est la deuxième rencontre du général Milley avec les talibans. Il s’était déjà rendu en juin au Qatar, où les talibans ont leur bureau politique, mais cette première rencontre n’avait pas été rendue publique.

En vertu d’un accord séparé avec les talibans conclu en février à Doha, les États-Unis ont accepté de retirer toutes leurs troupes d’Afghanistan d’ici mai 2021 en échange de garanties en matière de sécurité et d’un engagement des talibans à discuter avec Kaboul.

L’armée américaine comptait 13 000 hommes en Afghanistan il y a un an, et la présence américaine avait été ramenée à 5000 soldats en juin puis 4500 en novembre.

« Impasse stratégique »

Le Pentagone prévoyait de maintenir le contingent américain à ce niveau début 2021 en attendant de constater des avancées dans les pourparlers interafghans, mais Donald Trump a exigé de réduire le contingent américain à 2500 avant la fin de son mandat.

Le retrait est en cours, précise-t-on au Pentagone.

Le retrait américain suscite l’inquiétude d’élus et d’experts qui considèrent que ce nombre n’est pas suffisant pour contrer une résurgence des insurgés djihadistes. Les alliés des États-Unis au sein de l’OTAN ont maintenu leurs effectifs en Afghanistan.

L’Alliance atlantique a annoncé qu’elle déciderait de la suite à donner à sa mission dans le pays en février, soit après la prise de fonctions du nouveau président américain Joe Biden.

Or l’Afghanistan est en proie à une recrudescence des violences, les talibans ayant mené ces dernières semaines des attaques quasi quotidiennes contre les forces gouvernementales, et il n’est pas certain qu’une nouvelle administration démocrate acceptera le retrait total prévu selon les termes de l’accord de Doha.

M. Biden n’a pas présenté de plan détaillé sur l’Afghanistan, mais il a promis pendant la campagne de « mettre fin aux guerres interminables » et de rapatrier « la grande majorité » des troupes américaines d’Afghanistan, tout en y maintenant une mission contreterroriste pour contrer Al-Qaïda et le groupe djihadiste État islamique.

Lorsqu’il était vice-président de Barack Obama, il s’était opposé à l’envoi de renforts dans le pays en 2009, mais son point de vue ne l’avait pas emporté.

L’intervention en Afghanistan, lancée en octobre 2001, a coûté plus de 1000 milliards de dollars aux États-Unis et la vie à quelque 2400 militaires américains. Mais après avoir chassé rapidement du pouvoir les talibans, accusés d’avoir hébergé Al-Qaïda, la nébuleuse djihadiste responsable des attentats du 11-Septembre, la victoire n’a jamais été proche sur le terrain.

« Après deux décennies d’efforts permanents, nous avons obtenu des succès modestes », admettait début décembre le général Milley. « Je dirais aussi que depuis au moins 5 à 7 ans, nous sommes dans une impasse stratégique. »