(Jérusalem) Six mois après sa formation, le gouvernement d’union en Israël a fait un premier pas mercredi vers sa chute, lors d’un vote préliminaire des élus appelant à la dissolution du Parlement et la convocation de nouvelles élections.

Guillaume LAVALLÉE
Agence France-Presse

Cette nouvelle crise s’accompagne d’une guerre de mots entre le premier ministre Benyamin Nétanyahou et son ministre de la Défense Benny Gantz, censé être son principal partenaire au sein de la coalition.

Accusant le gouvernement de M. Nétanyahou d’être le « pire de l’histoire d’Israël » et de ne pas avoir su gérer la crise du coronavirus, le chef de l’opposition Yaïr Lapid a demandé la tenue d’un vote pour dissoudre la Knesset.

La motion a obtenu 61 votes favorables y compris celui de Benny Gantz, qui avait dès mardi accusé M. Nétanyahou de servir ses intérêts plutôt que ceux du pays. 54 députés ont voté contre.

S’exprimant quelques heures après le vote, le premier ministre a appelé lors d’une conférence de presse M. Gantz à « freiner la descente vers des élections, à cesser ses attaques féroces et à changer de comportement. Il n’est pas trop tard ».

« Le pays ne peut pas être entraîné dans des élections alors que nous devons nous concentrer sur la lutte contre le coronavirus », a-t-il ajouté.

M. Gantz a aussitôt réagi dans un communiqué : « votre campagne de supercherie et de mensonges est finie. Le dommage infligé au peuple de ce pays […] suggère que vous avez perdu la tête ».

Trois autres votes

En avril dernier et après trois élections ayant placé au coude-à-coude M. Nétanyahou, le plus pérenne des chefs de gouvernement de l’histoire d’Israël, et Benny Gantz, ex-chef de l’armée, les deux hommes avaient convenu de forger un gouvernement d’union et d’urgence.

L’accord prévoyait une rotation au poste de chef de gouvernement, à commencer par Benyamin Nétanyahou.

Son objectif annoncé était de mettre fin à la plus longue crise politique de l’histoire d’Israël et assurer que le pays sorte le plus indemne possible de la pandémie de COVID-19.

Mais le vote à la Knesset témoigne d’emblée des limites du mariage de raison entre Benyamin Nétanyahou et Benny Gantz.

La motion peut désormais être débattue en commission parlementaire, ouvrant la voie à une dissolution de la Chambre et à la convocation de nouvelles élections, qui seraient les quatrièmes en moins de deux ans.   

Mais pour y parvenir, le projet de dissolution devra faire l’objet de trois autres votes et recueillir à chacune de ces étapes un minimum de 61 appuis, seuil de la majorité à la Knesset (120 députés).  

MM. Nétanyahou et Gantz s’opposent entre autres sur le budget 2020, qui n’a toujours pas été adopté laissant le pays sans cadre financier clair, et celui de 2021, année au cours de laquelle M. Gantz doit succéder à M. Nétanyahou.

Ecarté

Mardi, M. Gantz a exhorté M. Nétanyahou « à faire voter le budget, afin que les citoyens d’Israël ne se retrouvent pas aux urnes ».

Sans une approbation par les élus du budget d’ici le 23 décembre, la Knesset se dissoudra d’elle-même et de nouvelles élections législatives seront convoquées trois mois plus tard, en mars 2021.

Outre le différend sur le budget, M. Gantz ne semble pas dans la boucle pour certaines décisions stratégiques en lien avec les récents accords de normalisation entre Israël et des pays arabes-Émirats arabes unis, Bahreïn et Soudan.

Il semble avoir été écarté de celle concernant la visite secrète le 22 novembre de M. Nétanyahou en Arabie saoudite, selon la presse israélienne.

Plusieurs commentateurs israéliens jugent désormais inévitables de nouvelles élections.

Les derniers sondages créditent le Likoud de Benyamin Nétanyahou de la première place, devant la formation de droite radicale Yamina de Naftali Bennett, le parti centriste de Yaïr Lapid et la formation Bleu-Blanc de Benny Gantz.

M. Gantz a « peur des élections car ses appuis dégringolent », mais un scrutin en mars n’est pas non plus le scénario de choix pour Benyamin Nétanyahou qui comparaîtra alors dans son procès pour « corruption », estime Yohanan Plesner, président de l’Institut démocratique d’Israël (IDI), un centre d’analyse.