(Washington) Deux djihadistes du groupe État islamique surnommés les « Beatles » ont été transférés mercredi aux États-Unis, où ils seront jugés pour la prise d’otage et le meurtre de quatre journalistes et humanitaires américains.

Charlotte PLANTIVE
Agence France-Presse

Détenus jusqu’ici en Irak, Alexanda Kotey, 36 ans, et El Shafee el-Sheikh, 32 ans, ont été présentés à une juge à Alexandria, près de Washington, et seront détenus dans un lieu tenu secret mais qui se trouve dans l’État de Virginie, selon le bureau du procureur.

Ils sont apparus par liaison vidéo en uniforme de prisonnier, menottés et masqués.

« Ils étaient les meneurs d’un groupe brutal responsable de la prise d’otage de citoyens européens et américains, entre autres, de 2012 à 2015 », selon l’acte d’accusation adopté la veille par un grand jury.

La magistrate Theresa Buchanan a lu les huit chefs retenus contre les deux hommes, qui ont semblé manifester une certaine confusion sur leur situation.  

El Shafee el-Sheikh a demandé s’il était en état d’arrestation, ce à quoi la juge a répondu « oui ».

Alexanda Kotey a lui dit attendre « d’être informé sur ce qui se passe, c’est nouveau pour moi ».

Ils doivent de nouveau comparaître devant la justice vendredi.

Les deux hommes, qui ont grandi et se sont radicalisés au Royaume-Uni, faisaient partie d’un quatuor surnommé par ses otages « les Beatles » en raison de leur accent anglais. Ils ont depuis été déchus de la nationalité britannique.

Leur groupe a enlevé plusieurs étrangers, torturé et décapité certains captifs, et a mis en scène leur calvaire dans des vidéos de propagande qui ont choqué le monde entier.

Leur procès, dont la date sera fixée ultérieurement et qui promet d’être hors normes, sera sans doute aussi celui du groupe État islamique.

« Première étape »

Parmi les victimes de leur groupe figurent quatre Américains : les journalistes James Foley et Steven Sotloff, tués en 2014, et les humanitaires Kayla Mueller et Peter Kassig.

Leurs familles ont salué dans un communiqué « une première étape dans la quête de la justice ».  

« Ces jeunes hommes n’étaient pas les instigateurs de ce plan […], j’espère qu’ils pourront en incriminer d’autres qui se cachent peut-être encore dans d’autres parties de l’Europe ou dans certains camps de réfugiés », a indiqué Diane Foley, la mère de James, à l’AFP.

Les « Beatles » ont également exécuté les Britanniques David Haines et Alan Hemming et les Japonais Haruna Yukawa et Kenji Goto et retenu en otage des Français et des Espagnols, notamment.

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a salué le transfert des deux djihadistes. « Les États-Unis ne connaîtront pas de repos tant que ces terroristes présumés n’auront pas été tenus responsables de leurs crimes et que justice aura été rendue aux familles de leurs victimes », a-t-il tweeté.  

Éléments de preuves

Capturés en janvier 2018 par les forces kurdes en Syrie, Alexanda Kotey et El Shafee el-Sheikh avaient été placés sous le contrôle de l’armée américaine en octobre 2019 en Irak, en raison de l’offensive turque dans le Nord syrien.

Les États-Unis avaient déposé dès 2015 une demande d’entraide judiciaire auprès des autorités britanniques pour obtenir des éléments à charge contre les trentenaires.

Mais en 2018, Londres avait mis cette collaboration en « pause ». Le gouvernement britannique avait alors essuyé une pluie de critiques pour s’être abstenu de demander à ce que la peine de mort leur soit épargnée s’ils étaient jugés, une entorse à son opposition de principe à la peine capitale.

Fin août, les États-Unis ont assuré qu’ils épargneraient la peine de mort aux deux djihadistes. Dans la foulée, la justice britannique avait avalisé l’entraide judiciaire, ce qui a permis la transmission des preuves réclamées.  

« Nous voulions construire le dossier le plus solide possible et, avec les preuves britanniques, je pense qu’on va y arriver », a estimé John Demers, un responsable du ministère américain de la Justice.

Figure la plus marquante de la cellule, Mohammed Emwazi, surnommé « Jihadi John », qui s’était distingué en apparaissant tout de noir vêtu avec un couteau de boucher sur des vidéos de propagande, a été tué dans un bombardement américain sur la Syrie en novembre 2015.  

Le quatrième « Beatle » reste emprisonné en Turquie.

« Mon message aux terroristes est le suivant. Si vous faites du mal à un Américain, vous connaîtrez le même sort que ces hommes », a assuré John Demers : « Vous ferez face à la force américaine sur les champs de bataille » ou « dans les tribunaux ».