(Jérusalem) Au premier jour d’une nouvelle tournée au Moyen-Orient, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo s’est dit lundi « optimiste » à l’idée de voir « d’autres pays arabes » suivre l’exemple des Émirats arabes unis en normalisant leurs relations avec Israël en dépit des protestations palestiniennes.

Guillaume LAVALLÉE Agence France-Presse

Arrivé le visage barré d’un masque sanitaire aux couleurs du drapeau américain, M. Pompeo s’est entretenu à Jérusalem avec le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et des ténors du gouvernement.

« Je suis très optimiste (à l’idée) de voir d’autres pays arabes se rallier à cette opportunité, de reconnaître l’État d’Israël et de travailler avec lui », a déclaré M. Pompeo.

Depuis l’annonce le 13 août de l’accord de normalisation entre les Émirats et Israël, les spéculations vont bon train-Bahreïn, Oman, Soudan ou encore Maroc-sur les candidats possibles à une normalisation avec l’État hébreu.

Le secrétaire d’État n’a pas établi une liste de pays candidats à une normalisation avec Israël, mais doit se rendre au Soudan et à Bahreïn, en plus des Émirats, au cours de cette tournée de cinq jours au Moyen-Orient.

Au côté de M. Pompeo, M. Nétanyahou a évoqué « une nouvelle ère » où « d’autres pays » de la région pourraient suivre les traces des Émirats. « Nous avons discuté de cela et j’espère qu’il y aura du nouveau dans un futur rapproché. »

Le « Pont » de Londres

Le plan Trump pour le Moyen-Orient annoncé en janvier prévoit une coopération entre Israël et des pays arabes hostiles à l’Iran, ennemi de l’État hébreu et des États-Unis, ainsi que l’annexion de pans de la Cisjordanie par l’État hébreu.

Or, les Émirats assurent que l’accord avec Israël prévoit de « mettre fin à toute annexion supplémentaire » en Cisjordanie, territoire occupé par Israël depuis 1967, alors que M. Nétanyahou a évoqué un simple « report ».

Les Palestiniens, dont les ponts avec l’administration Trump sont rompus, considèrent eux l’accord Israël/Émirats comme un « coup de poignard dans le dos » et tentent de mobiliser d’autres puissances étrangères pour y faire obstacle.

Le chef de la diplomatie britannique Dominic Raab est arrivé lundi soir à Jérusalem où il doit s’entretenir avec Mike Pompeo, selon des sources diplomatiques. Mardi, il verra Benyamin Nétanyahou, puis à Ramallah le président palestinien Mahmoud Abbas.

« La suspension (du projet) d’annexion par Israël est une étape essentielle pour un Moyen-Orient plus pacifique. Il est important de construire sur cette dynamique », a déclaré dans un communiqué M. Raab, en disant travailler à la « reprise du dialogue entre Palestiniens et Israéliens ».  

D’ailleurs, les autorités israéliennes ont elles-mêmes réclamé lundi à Londres un « pont » avec les Palestiniens.

À Ramallah, des sources diplomatiques palestiniennes ont demandé au Royaume-Uni de convaincre Israël à mettre fin « définitivement » à son projet d’annexion comme l’une des conditions préalables à d’éventuels pourparlers de paix.

Au pouvoir à Gaza, autre territoire palestinien, le mouvement islamiste Hamas a lui appelé les leaders régionaux à « briser le silence » et faire pression sur Israël pour « mettre fin » à son blocus sur cette enclave.

« Avantage militaire »

La normalisation « permettra de changer la trajectoire de la région, d’un passé d’hostilités et de conflits à un autre d’espoir, de paix et de prospérité », a plaidé l’ambassadeur des Émirats à Washington, Youssef al-Otaïba, en référence à l’accord avec Israël, tout en prévenant que des « difficultés » pourraient survenir.

À ce titre, un sujet reste particulièrement sensible pour Israël : la vente possible par les États-Unis d’avions de combat F-35 aux Émirats.

Ces derniers disposent d’une soixantaine de Mirage 2000, un avion de combat polyvalent, mais selon le New York Times l’administration Trump a « accéléré » son offensive pour vendre des F-35 de nouvelle génération à Abou Dabi.

Historiquement, Israël s’oppose à la vente de F-35 aux autres pays du Moyen-Orient, y compris à la Jordanie et à l’Égypte-pays avec lesquels il a signé des accords de paix-, car il veut y maintenir sa supériorité technologique.

Benyamin Nétanyahou a réitéré lundi que l’accord avec les Émirats n’incluait pas de clause concernant le F-35, affirmant avoir reçu « des garanties » des États-Unis que « l’avance » militaire de son pays serait maintenue.

« Nous allons continuer de maintenir cette avance militaire qualitative », mais « nous voulons pouvoir aussi fournir (aux Émirats) l’équipement dont ils ont besoin pour protéger leur population de la même menace que constitue la République islamique d’Iran », a dit Mike Pompeo.

M. Pompeo souhaite « inonder notre région d’encore plus d’armes américaines », a ironisé sur Twitter son homologue iranien, Mohammad Javad Zarif.

Et, dans cette joute oratoire, M. Pompeo de rétorquer auprès du Jerusalem Post : « J’espère qu’un jour l’Iran va aussi normaliser (ses relations) avec Israël ».