(Jérusalem) Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo est attendu lundi à Jérusalem pour une tournée de cinq jours au Moyen-Orient axée sur l’accord de normalisation entre Israël et les Émirats arabes unis, voire sa possible extension à d’autres pays arabes.

Stephen WEIZMAN et Guillaume LAVALLÉE Agence France-Presse

M. Pompeo doit s’entretenir avec le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou de l’Iran, d’échanges économiques et de « l’approfondissement » des relations entre Israël et le reste du Moyen-Orient, a indiqué son porte-parole à Washington.

À la veille de cette rencontre, M. Nétanyahou a déclaré que lui et « son ami » allaient parler de « l’expansion du cercle de la paix dans notre région ».

Depuis l’accord de normalisation annoncé entre les Émirats arabes unis et Israël il y a dix jours, les spéculations vont bon train sur les autres candidats possibles à la normalisation avec l’État hébreu : Bahreïn, Oman, le Soudan ?

Après Israël, le chef de la diplomatie américaine se rendra à Khartoum pour discuter de la relation israélo-soudanaise et de la « transition » politique dans ce pays qui a tourné la page en 2019 de trois décennies sous l’autocratie d’Omar el-Béchir.  

Il se rendra ensuite à Bahreïn et aux Émirats arabes unis, selon son porte-parole.  

« Il y a de nombreux pays offrant des possibilités (de paix). Je ne veux en nommer aucun en particulier […] mais nous espérons des développements très rapidement, dans les semaines ou mois à venir », a déclaré l’ambassadeur israélien à Washington, Ron Demer, à la chaîne Al-Arabiya.  

À la faveur de la normalisation, Israël et les Émirats ont dit vouloir multiplier les échanges commerciaux, la vente de pétrole émirati à Israël, et de technologie israélienne aux Émirats, en plus de doper le secteur du tourisme, avec des projets de vols directs entre Tel-Aviv et Dubaï et Abou Dabi.

M. Nétanyahou a dit souhaiter que ces vols traversent l’espace aérien de l’Arabie saoudite mais Riyad a exclu tout accord avec Israël avant un règlement de paix israélo-palestinien.

« Changer la trajectoire »

Annoncé en janvier dernier, le plan Trump pour le Moyen-Orient prévoyait une coopération entre Israël et des pays arabes hostiles à l’Iran, ennemi juré de l’État hébreu, ainsi que l’annexion de pans de la Cisjordanie par Israël.

Les Émirats assurent que l’accord conclu avec l’État hébreu prévoit de « mettre fin à toute annexion supplémentaire » en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967. M. Nétanyahou a lui déclaré que l’annexion était simplement « reportée ».

Après l’annonce de l’accord, la direction palestinienne a dénoncé un « coup de poignard dans le dos », les Émirats ayant normalisé les liens avec l’État hébreu sans paix israélo-palestinienne préalable.

La normalisation « permettra de changer la trajectoire de la région, d’un passé d’hostilité et de conflits à un autre d’espoir, de paix et de prospérité », a plaidé l’ambassadeur des Émirats à Washington, Youssef al-Otaïba, dans une lettre publiée vendredi en Une du journal Yediot Aharonot, le plus vendu en Israël.

Mais il a aussi prévenu que des « difficultés » pourraient advenir, sans toutefois remettre selon lui en cause l’accord.

Pas de F-35 ?

Un sujet reste particulièrement sensible pour Israël : la vente possible d’avions de combat F-35 par les États-Unis aux Émirats.

Ces derniers disposent d’une soixantaine de Mirage 2000, un avion de combat polyvalent, mais selon le New York Times l’administration Trump a « accéléré » son offensive pour vendre des F-35 de nouvelle génération aux Émirats dans la foulée de son rapprochement avec Israël.

Historiquement, Israël s’est opposé à la vente de F-35 aux autres pays du Moyen-Orient, y compris à la Jordanie et à l’Égypte avec lesquels elle a déjà signé des accords de paix, car il veut maintenir sa supériorité technologique dans la région.  

M. Nétanyahou a soutenu que l’accord avec les Émirats n’incluait pas de clause pour la vente de F-35  

« Les Emiratis disent qu’il y a eu une promesse, Israël dit non […] mais il y a des arrangements qui peuvent être réalisés pour satisfaire Israël », explique à l’AFP Joshua Teitelbaum, spécialiste du Golfe à l’université israélienne Bar-Ilan. Il évoque des accords passés en coulisses pour faciliter la vente de F-15 à Riyad et à l’État hébreu.  

Les Palestiniens, du Fatah laïc de Mahmoud Abbas aux islamistes du Hamas au pouvoir à Gaza, tentent eux de mobiliser des puissances régionales comme la Turquie et l’Arabie saoudite, voire l’Iran et le Qatar, pour faire obstacle à la normalisation.