(Jérusalem) La normalisation des relations entre Israël et les Émirats Arabes Unis va « tuer » la solution à deux États, « renforcer les extrémistes » et éloigner la possibilité d’une paix israélo-palestinienne, a soutenu dimanche l’Autorité palestinienne qui cherche à contrecarrer cette initiative.

Agence France-Presse

De l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, au pouvoir en Cisjordanie, aux islamistes du Hamas, contrôlant la bande de Gaza, la classe politique palestinienne a fustigé l’accord de normalisation des relations entre Israël et les Émirats arabes unis, jugé historique par le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou.

Selon les Palestiniens, cet accord, réalisé sous le parrainage de Washington, anéantit la solution à deux États, c’est-à-dire une future Palestine viable aux côtés de l’État hébreu. Une résolution du conflit israélo-palestinien est considérée par beaucoup comme un préalable à la paix entre Israël et le monde arabe, et musulman.

« Je crois sincèrement que (cet accord) va tuer la solution à deux États et vous savez pourquoi ? Parce que pourquoi Nétanyahou discuterait même de solution à deux États s’il pense que les pays arabes vont faire la file pour faire la paix avec lui », a déclaré le négociateur en chef des Palestiniens, Saëb Erekat, lors d’une visioconférence avec des journalistes.

« Des gens comme Nétanyahou et des extrémistes en Israël pensent donc que la solution à deux États n’est plus sur la table, et des extrémistes dans mon propre camp me disent : “nous te l’avions dit depuis le tout début, la solution à deux États n’est pas sur la table », a ajouté M. Erekat.

Résultat, « cela renforce les extrémistes israéliens […] et les extrémistes de notre côté », a-t-il poursuivi, qualifiant l’accord de « tentative désespérée » des États-Unis de sauver le plan Trump pour le Proche-Orient.

Ce plan prévoyait la normalisation des relations entre Israël et des pays du Golfe, ainsi que l’annexion par Israël de pans de la Cisjordanie occupée.

 Pressions

Les Palestiniens ont appelé à l’organisation de réunions d’urgence de la Ligue arabe et de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) pour dénoncer l’accord, mais n’ont eu aucun retour jusqu’à présent, selon M. Erekat.

Il a ajouté avoir écrit à l’Arabie saoudite et Bahreïn pour leur demander de faire pression sur les Émirats pour annuler l’accord.  

« J’ai reçu une réponse du ministre saoudien des Affaires étrangères m’assurant de nouveau que la position de l’Arabie saoudite est en faveur d’un accord de paix complet et pour la solution à deux États » tandis que Bahreïn « n’a pas encore répondu ».

Le président français Emmanuel Macron avait lui « salué » le « courage » des Émirats tout en plaidant pour une paix « juste et durable entre Palestiniens et Israéliens ».

Dimanche, M. Macron s’est entretenu au téléphone avec le président palestinien Mahmoud Abbas pour lui réitérer que des négociations de paix au Proche-Orient restaient « une priorité » pour Paris, selon un message sur Twitter.

D’après l’agence de presse officielle palestinienne Wafa, Emmanuel Macron a invité à Paris M. Abbas pour des « consultations » sur la « question palestinienne ». Le président palestinien a donné « son accord » à cette proposition, « à condition que la date soit établie rapidement ».

Le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis a lui eu un entretien téléphonique dimanche avec son homologue israélien pour marquer le début des liaisons téléphoniques directes entre les deux pays.