À Beyrouth, le désespoir laisse place à la colère. Au lendemain de la double explosion, les Libanais dénoncent la mauvaise gestion de leur gouvernement, alors que les douanes libanaises avaient prévenu à maintes reprises les autorités des risques liés à la présence de nitrate d’ammonium dans le port de la ville.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

La capitale libanaise se réveille mercredi matin après une sanglante catastrophe. Deux explosions successives ont fait plus de 100 morts et 4000 blessés, un bilan appelé à s’alourdir. Près de 300 000 personnes sont à la rue. Les dommages sont estimés à plus de 3 milliards de dollars, selon le gouverneur de Beyrouth.

La cause probable du drame ? 2750 tonnes de nitrate d’ammonium, planquées dans un hangar du port de Beyrouth. Le risque causé par cette substance stockée depuis six ans sans aucune précaution préalable était connu des hautes sphères politiques, rapporte Al-Jazeera mercredi.

En 2014, des mois après l’arrivée du cargo transportant la substance, le directeur des douanes libanaises, Shafik Merhi, avait demandé à des responsables gouvernementaux que la question soit réglée, peut-on lire dans des documents publiés en ligne.

Les autorités douanières ont envoyé au moins cinq lettres dans les trois dernières années pour demander conseil. Trois options ont été proposées : exporter le nitrate d’ammonium, le transférer à l’armée libanaise ou le vendre à une compagnie privée, détaille Al-Jazeera.

Le président du pays, Michel Aoun, a dénoncé le manque d’initiative, qu’il décrit comme « inacceptable. »

Le premier ministre libanais Hassan Diab a promis mardi que les responsables de la catastrophe allaient en payer le prix. Trois jours de deuil national ont été déclarés.

Au lendemain de la tragédie, la fumée circule toujours dans l’air à travers les édifices éventrés et les trottoirs encombrés de débris.

Les hôpitaux déjà débordés ont accueilli des milliers de blessés, mais certains patients ont dû être soignés dans des hôpitaux en périphérie.

L’Union européenne compte envoyer de l’aide à Beyrouth pour localiser les dizaines de disparus. Une centaine de pompiers sont attendus sur les lieux des explosions.

Sur « locatevictimsbeirut », un des nombreux comptes Instagram crées dans la foulée du drame, des dizaines de photos de victimes recherchées par leurs proches défilent. Les familles partagent leur coordonnées dans l'espoir de localiser enfants, oncle, parents ou neveux.

La détonation a détruit deux silos à céréales près du port. L’Agence des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) s’inquiète d’une pénurie de farine alors qu’une importante crise économique frappe le pays, rapporte l’AFP. Le port de Beyrouth est une importante porte d’entrée au Liban, qui importe la majorité de ses denrées.

L'explosion est la plus puissante que la capitale ait connue. Dans son histoire, le Liban a été traversé par de nombreux conflits, une guerre civile et plusieurs bombardements.