Le gouvernement israélien, qui se félicitait il y a peu d’avoir limité l’impact de la pandémie de COVID-19 sur son territoire, est aux prises avec une flambée de cas d’infection l’obligeant à revoir en catastrophe son plan de déconfinement.

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

En début de semaine, le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, a prévenu la population qu’il était urgent d’agir pour éviter la multiplication de cas graves et un retour à un confinement « total » comme celui imposé pour faire face à la première vague.

L’État a notamment décidé lundi de refermer les bars, les salles de spectacles et les salles d’entraînement tout en limitant de façon draconienne la quantité de personnes pouvant être accueillies par les restaurants.

PHOTO AMIR COHEN, REUTERS

L’État israélien a décidé lundi de refermer les bars.

L’amende prévue pour les personnes qui refusent de porter le masque en public a été doublée et une fraction importante des fonctionnaires a été renvoyée en télétravail pour minimiser les contacts et favoriser un renversement de la tendance épidémiologique.

Selon le quotidien Haaretz, le pays, qui compte 9 millions d’habitants, a enregistré mardi un nombre record de 1137 cas d’infection, portant le total à plus de 32 000. Le nombre enregistré quotidiennement était largement inférieur à 100 tout le mois de mai avant de partir à la hausse en juin.

Des éclosions ont notamment été recensées au cours des dernières semaines dans de nombreuses écoles, forçant le renvoi en quarantaine de milliers d’élèves et d’enseignants.

Plusieurs dizaines d’établissements ont été fermés jusqu’à nouvel ordre, y compris une école de Jérusalem où plus de 150 cas d’infection ont été recensés.

Déconfinement « trop rapide »

La directrice des services de santé publique du ministère de la Santé, Siegal Sadetzki, qui jouait un rôle de premier plan dans le cadre de la première vague, a annoncé mardi qu’elle quittait son poste.

Elle a fustigé le gouvernement en lui reprochant d’avoir déconfiné le pays de manière « trop rapide », ce qui a compromis les bons résultats initiaux.

PHOTO MENAHEM KAHANA, AGENCE FRANCE-PRESSE

Des jeunes Israéliens s’exercent au « footvolley » sur une plage de Tel-Aviv.

Tamar Hermann, qui dirige en Israël le Centre Guttman sur l’opinion publique et la recherche publique, a indiqué mardi que le gouvernement avait agi rapidement dans un premier temps pour imposer des mesures de distanciation physique sévères, recevant un bon appui de la population.

Le contrôle du nombre de cas d’infections observés en mai et le faible nombre de décès – 342 en date du 7 juillet – ont convaincu les dirigeants qu’un relâchement était possible.

La crise économique liée au confinement, qui a poussé le taux de chômage au-delà de 20 %, a pesé lourd dans leur analyse, dit Mme Hermann.

De fortes pressions ont été exercées sur le gouvernement, qui a capitulé plutôt que de chercher calmement ce qu’il pouvait faire pour répondre à la crise économique sans compromettre la stratégie sanitaire suivie.

Tamar Hermann, professeure de science politique

Le resserrement en cours est mal vu par nombre d’Israéliens qui peinent à déceler un « plan clair » dans l’approche du gouvernement après la volte-face des derniers jours.

La popularité du premier ministre, qui a réussi après moult tergiversations à former un nouveau gouvernement en avril sur fond d’accusations de corruption, est affectée par la crise.

Dans un récent sondage, 62 % des Israéliens se déclarent insatisfaits de sa gestion de la crise économique et 49 % critiquent sa gestion de la crise sanitaire.

Les réserves de la population sont alimentées notamment par le manque de consensus des experts en santé publique, qui ne véhiculent pas tous un discours convergent sur l’importance des risques posés par le nouveau coronavirus et la marche à suivre pour le contrôler, dit Mme Hermann.

Bouclage en Palestine

La COVID-19 constitue aussi une préoccupation majeure pour l’Autorité palestinienne, qui a annoncé mardi son intention de prolonger de cinq jours le bouclage de la Cisjordanie.

PHOTO JAAFAR ASHTIYEH, AGENCE FRANCE-PRESSE

Un Palestinien masqué dans un marché de Naplouse

Selon un bilan du ministère de la Santé palestinien relayé mardi par l’Agence France-Presse, le nombre de cas d’infection demeure globalement limité, avec 4570 personnes touchées depuis le début de la crise, mais il a doublé en une semaine.